Comment conserver une bonne situation financière lorsque les taux d’intérêt grimpent

  • 27 mars 2018

Les taux d’intérêt quittent lentement leurs creux historiques et l’équipe de l’Économie agricole de FAC veut vous aider à fortifier la santé financière de votre exploitation agricole. Tout au long du mois de mars, nous publierons des billets pour vous aider à situer les données financières de votre exploitation pour 2018 dans le contexte canadien. Nous vous expliquerons également à quoi les principaux outils financiers peuvent vous servir. Consultez notre blogue chaque semaine pour suivre l’évolution de l’agriculture canadienne et apprendre comment garder une longueur d’avance.

Les revenus agricoles qui s’annoncent stables, conjugués aux hausses prévues des taux d’intérêt, accroissent le risque que les exploitations agricoles subissent de la pression financière en 2018. Toutefois, je pense qu’il y a suffisamment d’occasions favorables pour les producteurs canadiens afin de surmonter les difficultés éventuelles au cours de l’année à venir.

L’agriculture canadienne demeure dans une bonne situation financière

La seule façon d’évaluer la santé financière de l’industrie agricole du Canada est d’examiner plusieurs ratios financiers. L’un des plus importants est le ratio d’endettement, que l’on obtient en divisant le passif total du secteur agricole par la valeur des actifs agricoles. En 2016, le ratio d’endettement de l’industrie agricole canadienne s’établissait à 0,154, ce qui indique que, pour chaque dollar d’actif, une proportion de 0,15 $ était financée par emprunt.

La dette totale a augmenté de 43,8 % au cours des cinq dernières années, et elle s’est accrue de 7,5 % en 2016. Étant donné que la valeur des actifs a progressé de 5,04 % en moyenne à l’échelle nationale en 2016 (et de 36,5 % au cours des cinq dernières années), la valeur des actifs a, de façon générale, dépassé les niveaux de la dette.

En 2016, le ratio d’endettement de l’agriculture canadienne a augmenté pour la première fois, après des baisses consécutives depuis 2009. On prévoit que le ratio d’endettement de l’industrie agricole canadienne continuera à augmenter en 2017 et en 2018. Malgré tout, les ratios prévus témoignent d’un secteur en bonne santé financière.

(Source : Statistique Canada, calculs de FAC)

Le portrait financier des fermes en particulier peut différer de celui de l’industrie en général. Certaines exploitations en phase d’expansion affichent un niveau d’endettement beaucoup plus élevé que celui de l’industrie. Pourquoi est-ce important? Parce qu’un ratio d’endettement faible offre la possibilité à une entreprise d’emprunter un montant plus élevé si une possibilité d’investissement se présente. Comment évalue-t-on la capacité d’endettement d’une ferme, en particulier dans un contexte où les taux d’intérêt sont à la hausse?

La hausse des taux d’intérêt peut affaiblir la vigueur financière, mais jusqu’à quel point?

Les obligations au titre du remboursement de la dette risquent d’augmenter si le revenu demeure stable en 2018 et que les taux d’intérêt augmentent comme prévu. Les exploitations qui ont des dettes sous forme de lignes de crédit ou de prêts à taux variable verront en général leurs charges d’intérêt augmenter. Une façon d’évaluer la mesure dans laquelle une exploitation est apte à composer avec des hausses de taux d’intérêt est de calculer le ratio de couverture du service de la dette (RCSD = capacité à assurer le service de la dette/obligations au titre du service de la dette). On obtient ce ratio en divisant les revenus d’exploitation nets (ou le bénéfice avant intérêts, impôts et dotations aux amortissements) d’une exploitation par ses paiements annuels du service de la dette. Ce ratio mesure les liquidités dont dispose une exploitation pour honorer ses obligations au titre du service de la dette au cours de cette même période.

Voici un exemple : une exploitation enregistre des revenus d’exploitation nets de 75 000 $ et a un prêt de 500 000 $ amorti sur dix ans. Si l’on suppose un taux d’intérêt de 3 %, le RCSD s’établit à 1,29 (voir le tableau plus bas). Une hausse de 2,0 % du taux d’intérêt ferait diminuer le ratio à 1,18, ce qui indique une plus grande somme prélevée sur le revenu net.

Les taux d’intérêt ne sont pas la seule source de risque à prendre en considération. En effet, une diminution des revenus disponibles pour assurer le service de la dette aura une incidence sur la vitalité financière d’un producteur. Une réduction de 10 % des revenus d’exploitation nets, conjuguée à une hausse de taux d’intérêt de 2 %, porterait le RCSD à 1,06, ce qui indique une capacité de remboursement limitée.

Un RCSD inférieur à 1 indique que l’exploitation ne dispose pas des fonds suffisants pour honorer ses obligations au titre de la dette. À l’inverse, un RCSD supérieur à 1,25 laisse de la marge de manœuvre en cas de changement imprévu de l’environnement financier ou économique.

Les producteurs n’ont aucune emprise sur l’évolution des taux d’intérêt. C’est pourquoi il est important de se concentrer sur les décisions de gestion comme l’application de la règle du 5 % pour maîtriser les coûts, accroître les revenus et la productivité et, en définitive, être prêt à affronter des fluctuations défavorables des taux d’intérêt ou du revenu.

Savez-vous comment utiliser les états financiers pour mieux gérer votre exploitation? Un bon point de départ serait de discuter avec votre comptable ou un directeur des relations d’affaires de FAC.

Amy Carduner
Économiste agricole

Amy s’est jointe à l’équipe de l’Économie agricole de FAC en 2017 afin d’observer les tendances en agriculture et de cerner les occasions et les défis dans le secteur. Elle a grandi sur une ferme mixte familiale de la Saskatchewan, qu’elle continue de soutenir. Amy possède une maîtrise en économie appliquée et en gestion de l’Université Cornell ainsi qu’un baccalauréat en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.

@ACarduner


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