La Chine surpassée? Pas pour demain!

Selon les prévisions de la Banque mondiale, l’Inde sera l’économie qui affichera la croissance la plus rapide au monde d’ici 2017. Si c’est le cas, elle surpasserait le pays-vedette des dix dernières années en termes de croissance économique.  

Ce serait tout un accomplissement pour l’Inde, en grande partie grâce au gouvernement du Premier ministre Norendra Modi, qui a mis en œuvre ou prévoit mettre en œuvre des réformes dont le pays avait vraiment besoin. Nous avons écrit au sujet du potentiel inexploré de l’Inde, soulignant que son influence sur les marchés alimentaires internationaux dépendra de sa croissance économique globale future. Il ne fait aucun doute que sa croissance économique prévue fera grimper les revenus des ménages indiens, ce qui augure bien pour la croissance des exportations agricoles canadiennes.

Il existe d’ailleurs un fort potentiel de croissance de la demande d’aliments en Inde. En effet, selon les estimations de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture, la consommation alimentaire quotidienne moyenne en Inde est inférieure à 2 500 kcal par personne. En comparaison, celle du Canada est de 3 500 kcal.  

Toutefois, en raison de la place prépondérante des légumineuses dans le régime alimentaire indien, il est peu probable, selon la plupart des prévisions, que l’Inde surpasse, dans un avenir proche, la Chine comme moteur de croissance de la demande de produits agricoles. Bien que l’économie de la Chine soit en transition, le pouvoir d’achat des ménages chinois continue de croître, entraînant une demande accrue de viandes, de grains et d’oléagineux sur les marchés mondiaux.   

Croissance des exportations canadiennes vers l’Inde?

Si l’on jette un coup d’œil aux cinq principaux produits agricoles et aliments canadiens exportés vers l’Inde et lorsque je parle des « cinq principaux » produits et aliments, je parle surtout des « deux principaux ». En effet, les lentilles et les pois représentent plus de 95 % de nos exportations. Les aliments pour animaux, l’huile de canola et l’huile végétale se classent respectivement troisième, quatrième et cinquième produits d’exportation en importance, mais très loin derrière les légumineuses.  

Les perspectives pour les légumineuses du Canada semblent particulièrement positives. Au cours des dix dernières années, les superficies ensemencées ont augmentées à la fois pour les lentilles (57 %) et pour les pois (18 %). Comme la forte demande de l’Inde pour ces produits est susceptible de croître, la seule question est de savoir si nous serons en mesure d’accroître notre production. Le Canada est actuellement la principale source d’importation de l’Inde pour les pois (71 % des importations totales) et pour les lentilles (79 % des importations totales).

Les perspectives prometteuses sur le plan de la demande permettent de prévoir des perspectives de production tout autant positives pour les producteurs de l’Inde puisque la croissance économique sous-tend une confiance accrue des entreprises, des investissements plus élevés et, en fin de compte, des gains de productivité.    

Et en conclusion?

Je crois que la Chine demeurera le moteur de la croissance sur les marchés agricoles dans un avenir prévisible. Mais la manchette « L’Inde en pleine croissance » est de bon augure pour l’industrie agricole canadienne. C’est un pays à potentiel élevé pour favoriser la diversification de notre production agricole de base.  

 

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef