Quel est le risque le plus important pour l’industrie agricole en 2015? La demande!

Durant notre tournée d’événements Perspectives agricoles FAC 2015, j’ai passé beaucoup de temps à réfléchir à l’année 2015.

De nombreux facteurs agroéconomiques sont très favorables à l’heure actuelle. Les prix du pétrole poursuivent leur dégringolade. Le dollar canadien est à son plus bas niveau depuis les cinq dernières années, et les taux d’intérêt sont faibles depuis maintenant un bon moment.

Les marges de profit sont considérablement plus élevées que la moyenne dans le secteur du bétail. Bien sûr, les profits sont plus serrés pour le secteur des céréales et des oléagineux, mais le marché semble vouloir sortir de son creux.

Nous publierons bientôt nos projections pour 2015, alors continuez de consulter cette page pour en savoir plus. Néanmoins, nous ne dévoilons pas de secret en affirmant qu’une forte rentabilité est prévue pour le secteur du bétail. La rentabilité des cultures de l’an prochain dépendra de la taille des récoltes en 2015, au Canada et ailleurs. Par ailleurs, la demande pour des produits agricoles de base canadiens semble demeurer forte, et cela est en soi une raison d’être optimistes.

Alors, qu’est-ce qui pourrait mal aller en 2015? C’est une question qu’on me pose souvent. Je suis profondément convaincu que le tout repose sur la force de la demande, au pays comme dans les marchés émergents.

Pétrole, le facteur inconnu

La chute actuelle des prix du pétrole est principalement causée par l’offre. Cependant, des prix du pétrole qui chuteraient considérablement sous la barre des 60 $ le baril et qui resteraient à ce seuil pendant une longue période suggéreraient une demande qui fléchit. Et un tel ralentissement de la demande pourrait se répercuter sur des produits de base autres que le pétrole.

En fait, nous pouvons utiliser les prix du pétrole pour évaluer la santé de l’économie mondiale, ce qui, franchement, mérite un examen attentif.

Une économie mondiale incertaine

Les pays européens sont aux prises avec une déflation. La croissance économique est anémique non seulement en Europe, mais aussi au Japon. L’économie de la Chine se ralentit. Une implosion du secteur bancaire parallèle en Chine ou un déclin important de son marché de l’immobilier toucherait négativement le pouvoir d’achat des consommateurs chinois.

Prise isolément, aucune de ces situations n’incite à se préoccuper de la santé de l’industrie agricole. Cependant, un affaiblissement important de l’économie mondiale pourrait être préoccupant puisque l’offre de produits agricoles de base ne pourra qu’augmenter, sauf si des conditions météorologiques adverses l’en empêchent.

Gardons donc un œil sur les prix du pétrole. La chute actuelle ne devrait pas être une préoccupation outre mesure pour l’industrie agricole. Du moins, pas encore. Par contre, une chute supplémentaire, combinée à une période prolongée de prix faibles, serait symptomatique d’une demande qui fléchit, créant par conséquent une faiblesse dans l’économie mondiale. Un environnement léthargique pour la croissance économique mondiale entraînerait une plus faible demande de produits agricoles de base à l’échelle internationale. Et voilà le risque le plus important que nous devrons affronter en 2015.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef