Héritage : Les Canadiens en agriculture

En ce 1er juillet, l’équipe de l’Économie agricole de FAC est fière de célébrer notre anniversaire collectif par un article sur un Canadien qui a joué un rôle déterminant dans le domaine agricole. Dans ce billet, nous rendons hommage à Dexter Beach d’Ernfold, en Saskatchewan.

Dexter Beach était un jeune homme dans les années 1930. Ayant grandi à Ernfold, en Saskatchewan, Dexter était l’aîné de 12 enfants. Après avoir terminé l’école secondaire, il est revenu à la ferme pour aider la famille à subvenir à ses besoins. Ces années étaient particulièrement difficiles pour un agriculteur, surtout dans les Prairies.

Il lui a fallu travailler neuf ans afin d’amasser suffisamment d’argent pour fréquenter l’Université de la Saskatchewan. En 1945, Dexter a obtenu son diplôme en génie agricole et est retourné en agriculture. Il adorait la ferme; c’est ce qu’il aimait par-dessus tout.

Il aurait pu se contenter d’une vie heureuse en agriculture – aux côtés de sa femme, rencontrée à l’université, et de ses trois filles – si la grêle n’avait pas détruit sa terre trois années de suite. Ayant enseigné et fait de la recherche à l’Université de la Saskatchewan durant cette période sur les propriétés lubrifiantes de l’huile de colza dans les moteurs à combustion interne, Dexter a quitté définitivement l’agriculture en 1954. En 1958-1959, il a effectué une maîtrise en génie mécanique, en Australie.

Ce furent les débuts d’une carrière dévouée à l’huile de colza et à l’huile végétale. Sa vie fut remplie de succès, couronnée en 2010 par son intronisation au temple de la renommée de l’agriculture de la Saskatchewan, six ans après sa mort.

Le canola : la quintessence de l’agriculture canadienne

Le canola est la grande vedette de l’arsenal agricole du Canada. En 2014, les exportations de canola ont représenté près de 9,7 millions de tonnes de graines, 2,4 millions de tonnes d’huile et 3,5 millions de tonnes de farine destinées principalement aux États-Unis, où une interdiction récente des gras trans pourrait faire augmenter davantage son utilisation. Il s’agit de la deuxième culture la plus produite après le blé, et ses partisans affirment qu’il s’agit de l’huile comestible la plus saine sur le marché actuel.

Le canola est résolument canadien : son nom même – maintenant utilisé mondialement comme terme générique pour cette denrée – est une combinaison des éléments « can » pour Canada et « ola » pour huile (oil). Il a été conçu aux fins de production dans les Prairies canadiennes, où les conditions ont empêché la croissance de nombreuses cultures. Mais dans les années 1950, le Canada avait besoin d’au moins une autre culture pour la production dans les Prairies, pour ces années où les conditions économiques du marché du blé n’étaient pas optimales.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, le colza fut cette culture. Parce que le colza canadien convenait à la lubrification des moteurs à vapeur utilisés dans l’effort de guerre, sa production a monté en flèche jusqu’en 1949, où les prix chutèrent à une fraction de leurs récents sommets. Bien qu’il fût utile comme lubrifiant, le colza ne pouvait pas être utilisé pour l’alimentation humaine ou animale. C’est uniquement lorsque les scientifiques canadiens mirent au point une semence faible en acide érucique et en glucosinolate que soudainement, le Canada put produire une huile pour la consommation humaine et de la farine pour les aliments pour animaux. De plus, la nouvelle semence a réussi à survivre dans les terres des Prairies, malgré le froid, cultivée par des agriculteurs qui n’avaient pas besoin d’acheter de nouvel équipement.

La première graine de canola convenant à la consommation humaine et animale a été conçue par B.R. Stefansson et R.K. Downey, récipiendaires du Prix de la Banque Royale et de l’Ordre du Canada en reconnaissance de leurs contributions. La recherche menant au développement de la semence, menée principalement à Saskatoon et au Manitoba, a pris trente ans et en 1974, le Canada est devenu un chef de file mondial avec l’avènement de la variété « Tower ».

Entre-temps, Dexter était revenu au Canada et enseignait à l’Université de la Saskatchewan. C’est là qu’il a rencontré Chuck Stewart, Ph.D., et Ben Torchinsky. Ensemble, les trois hommes ont fondé Agra Vegetable Oil Products et en 1961, ont ouvert la première usine d’extraction de la Saskatchewan, à Nipawin.

Dexter est l’ingénieur à l’origine du processus de fabrication. En 1971, il devint directeur général de l’usine. En 1973, l’usine a pris de l’expansion pour y inclure le conditionnement de la margarine, doublant la capacité de production à Nipawin. Cela a permis à Agra de pénétrer le marché international avec sa première exportation importante d’huile brute de colza au Chili, au Mexique et en Inde. Dexter est ensuite devenu conseiller pour différents projets mondiaux à titre d’expert de l’industrie de la trituration.

Aujourd’hui, l’usine qu’ils ont construite à Nipawin est toujours en activité comme usine contemporaine, sous le nom de Bunge. L’huile de colza brute qu’ils traitaient initialement est devenue du canola, dont la transformation s’est répandue bien au-delà des frontières de la Saskatchewan. Industrie mondiale en 2014, on comptait 13 usines de trituration et de raffinage partout au Canada. Selon le Conseil canadien du canola, l’industrie fournit plus de 249 000 emplois et rapporte 19,3 milliards de dollars à l’économie au Canada seulement. C’est une véritable histoire de réussite canadienne, dont les racines sont bien ancrées dans les terres mêmes des Prairies canadiennes, caractérisées par le dur labeur.

Martha Roberts, Spécialiste en recherche économique