En juillet, les perspectives pour les cultures canadiennes demeurent positives malgré l’incertitude

L’équipe de l’Économie agricole de FAC jette un regard de mi-année sur nos perspectives de janvier 2018. Au cours du mois de juillet, nous mettrons à jour nos attentes au sujet de la rentabilité dans six secteurs agricoles canadiens (cultures Est et Ouest, porcs, bovins, lait et transformation alimentaire). Nous décrirons ce qui s’est produit en 2018 jusqu’ici et ce que nous croyons que vous devriez surveiller au cours des six prochains mois.

Alors que l’année commerciale 2017-2018 tire à sa fin, nos prévisions de janvier tiennent toujours pour plusieurs cultures canadiennes. La production de maïs devrait demeurer rentable en 2018. Le canola devrait aussi afficher des marges positives jusqu’à la fin de l’année, bien que le secteur devrait subir davantage de pression qu’au cours de la première moitié de l’année. Nous nous attendons toujours à ce que les marges dans le secteur des lentilles rouges soient négatives. Le secteur des pois verts devrait, pour sa part, connaître une légère amélioration et devenir plus rentable pendant le reste de l’année. La production de blé ne sera vraisemblablement pas rentable malgré une progression récente des prix, et l’incertitude mondiale a contribué à réduire les prix du soya à des niveaux qui, s’ils se maintiennent, permettront au secteur d’atteindre le seuil de rentabilité ou un peu plus.

Le huard à 0,78 $ US a contribué à la croissance des recettes canadiennes au cours des six premiers mois, contrebalançant les hausses des taux d’intérêt et des prix du carburant et de l’engrais.

Maïs

Une hausse de la production mondiale est prévue en 2018 par rapport à l’année précédente, ce qui aidera à combler la demande mondiale qui devrait croître de 2 % d’ici la fin de l’année commerciale 2018-2019. Malgré cette hausse de la production, on prévoit une diminution de 38 millions de tonnes métriques des stocks mondiaux en fin de campagne. Or, si cette prévision se réalise, il s’agirait des plus faibles stocks enregistrés depuis 2012-2013.

Étant donné la diminution des acres consacrés au maïs et la diminution prévue des rendements, la production de maïs sur douze mois aux États-Unis devrait être inférieure en 2018. Les exportations et l’utilisation intérieure devraient toutes deux diminuer en 2018‑2019, sauf dans le cas du maïs utilisé pour la production d’éthanol étant donné la hausse prévue de la consommation d’essence. Comme l’offre diminue davantage que la demande, on prévoit une baisse de 525 millions de boisseaux des stocks en fin de campagne de 2018-2019 aux États-Unis par rapport à l’an dernier.

Bien que le prix reçu pour le maïs en 2017-2018 (3,25 $ US) n’ait pas changé depuis janvier, les prix à terme du maïs pour la récolte de 2018 ont progressé jusqu’à la fin mai en raison des faibles niveaux de stocks prévus. Le prix à la ferme reçu pour le maïs aux États-Unis en 2018‑2019 devrait atteindre en moyenne 3,80 $ US selon le USDA, en hausse de 0,50 $ US par rapport à la moyenne de 2017-2018. Par contre le prix du contrat à terme de décembre subit des pressions en raison d’une hausse possible de la production aux États-Unis. En présumant que cela se traduira par une pression proportionnelle des prix du maïs canadiens, l’augmentation annuelle de 2 % des acres affectés au maïs au Canada en 2018 ne sera pas assez forte pour entraîner une hausse des revenus.

Soya

Nous prévoyons aussi des stocks de fin de campagne inférieurs pour le soya des États-Unis dans l’année commerciale 2018-2019. La récolte record de 2017 aux États-Unis diminuera vraisemblablement cette année en raison d’une baisse prévue des acres ensemencés. Bien que l’on s’attende à ce que la forte demande intérieure et le rythme soutenu de la croissance des exportations réduisent les stocks de fin de campagne mondiaux en 2018-2019, les importations et les prix du soya sont maintenant incertains en raison des tensions commerciales accrues entre la Chine et les États-Unis.

Il ne s’agit pas nécessairement d’une victoire sûre pour le Canada. Il est possible que les acheteurs chinois achètent davantage de soya canadien en raison des tarifs imposés par les États-Unis, mais cet impact positif pourrait être plus que neutralisé par des conséquences négatives. Étant donné que la Chine est en mesure de déterminer le prix mondial (elle importe près des deux tiers du total des importations mondiales de soya), elle peut changer les flux commerciaux mondiaux entre et parmi les principaux négociants mondiaux, de façons qui pourraient désavantager le Canada et, ultimement, réduire le prix de référence des États-Unis. 

L’incertitude créera, à tout le moins, une volatilité des prix et de l’ambiguïté au sujet des prix à la ferme aux États-Unis (8,75 à 11,25 $ US le boisseau comparativement à 9,35 $ US le boisseau en 2017-2018). Malgré le risque potentiel, nous nous attendons à ce que le secteur surmonte les difficultés. On prévoit que la superficie totale ensemencée en soya au Canada diminuera fortement en 2018 après avoir atteint un niveau record de 7,3 millions d’acres en 2017.

Canola

Comme la production mondiale d’oléagineux devrait, selon les projections, croître en 2018‑2019 par rapport à l’année commerciale précédente, les exportations mondiales devraient augmenter également, bien que l’on s’attende à ce que le soya (depuis juin) soit à l’origine de la majeure partie de cette augmentation. La production supplémentaire sera utilisée davantage pour la trituration au cours de la prochaine année commerciale, ce qui aura pour effet de réduire les stocks de fin de campagne comparativement à ceux de 2017-2018. La production américaine totale d’oléagineux en 2018-2019 devrait diminuer par rapport à 2017‑2018, bien que les prévisions relatives à la production de canola soient plus élevées.

Les prix du canola ont chuté plus que prévu dans la première moitié de l’année, parallèlement à la chute des prix du soya. La baisse des prix du canola a toutefois été plus mesurée, ce qui nous a amenés à prévoir un prix moyen de 11,30 $ CA le boisseau pour le reste de l’année. Statistique Canada estime que les producteurs canadiens ensemenceront un niveau record de 22,8 millions d’acres de canola en 2017, et seulement 1 % moins d’acres en 2018. Cette diminution devrait réduire le ratio stocks-utilisation et probablement soutenir les prix du canola.  

Légumineuses

Les tarifs de l’Inde sur les pois et les lentilles du Canada ont entraîné des baisses projetées sur douze mois des acres ensemencées : 12 % pour les pois secs et 14,5 % pour les lentilles. Malgré la chute prévue de la production, les stocks de fin de campagne devraient augmenter par rapport à ceux de l’année commerciale de 2017-2018 en raison de la lente progression des exportations. Selon les projections, le prix des lentilles rouges devrait s’établir, en moyenne, à 9,80 $ CA et celui des pois verts à 8,90 $ CA pour l’année.

Blé

La production de blé aux États-Unis devrait croître de 5 % en 2018, mais on prévoit que les stocks de fin de campagne de 2018-2019 atteindront leur plus bas niveau en quatre ans. Les stocks mondiaux de fin de campagne devraient aussi diminuer légèrement cette année en raison d’un retour de la production à des niveaux normaux en Russie et de la vigueur continue de la demande.

Par conséquent, les prix devraient augmenter lentement à un prix supérieur à celui de 2014‑2015 pour la première fois. Compte tenu de la possibilité de meilleurs prix et des options rentables limitées sur les marchés des légumineuses, Statistique Canada s’attend à ce que les agriculteurs canadiens augmentent les superficies ensemencées de blé de 10,4 % en 2018. On prévoit que les marges pour le blé de printemps seront légèrement négatives, en moyenne, pendant le reste de l’année, mais les producteurs qui sont en mesure d’obtenir des rendements supérieurs à la moyenne pourraient obtenir des marges positives.

Les forces du marché mondial ont largement contribué à la compétitivité et à la rentabilité des secteurs agricoles canadiens jusqu’ici en 2018, de même que plusieurs facteurs macroéconomiques – et bien que nos prévisions en janvier n’aient pas toutes été exactes, elles ont aidé à expliquer ces tendances.

Les taux d’intérêt augmentent lentement alors que le huard oscille autour de 0,78 $ US

Notre prévision en janvier d’un huard à 0,78 $ US était exacte jusqu’à la mi-juin (voir l’illustration). Mais l’économie canadienne est dépendante de la vigueur des secteurs d’exportation. Les tensions commerciales, qui exercent actuellement une pression à la baisse sur le dollar canadien, pourraient faire baisser le huard sous la moyenne de 0,78 $ prévue pour 2018.

Prévisions de janvier de l’Économie agricole de FAC pour 2018…

Sources : Banque du Canada, Bloomberg

Nous avons toutefois sous-estimé la vigueur de l’économie mondiale et la robustesse de la demande mondiale de pétrole qui en a découlé : malgré la hausse de la production pétrolière aux États-Unis, le prix du pétrole brut de la West Texas Intermediate (WTI) s’est établi en moyenne à environ 65 $ US, soit beaucoup plus que notre projection initiale de 55 $ US.

La Banque du Canada a révisé ses projections relatives à la croissance économique du Canada pour 2018 depuis nos perspectives de janvier. La Banque prévoit un taux de croissance plus lent, mais que l’économie fonctionnera presque à plein régime cette année. Les pressions inflationnistes persisteront, soit modestement plus élevées que notre prévision de 2,0 %, ce qui correspond à la cible médiane de la Banque.

Nous avons aussi anticipé de façon précise les taux à court terme plus élevés aux États-Unis et au Canada qui ont fait augmenter les rendements des obligations. Le taux moyen de 5 ans fixe sur les hypothèques a grimpé de 35 points de base au cours des six premiers mois de 2018, conformément à notre prévision d’une progression annuelle de 75 points de base.

Après une hausse du taux de financement à un jour en janvier (de 25 pdb), les marchés financiers laissent prévoir une nouvelle hausse de taux en juillet, conformément à notre prévision d’au moins deux hausses de taux et d’une augmentation de 50 à 75 points de base en 2018. 

Facteurs à surveiller

  • La capacité en déclin du huard à s’apprécier dans les six derniers mois de l’année. Un huard plus faible peut aider à contrebalancer la pression à la baisse sur les prix des produits de base. Le moment pourrait s’avérer particulièrement opportun cette année, compte tenu des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis qui créent un climat d’incertitude et font baisser les prix.
  • Hausses additionnelles des taux d’intérêt en 2018 (peu probable avant le dernier trimestre de 2018, à supposer qu’elles se produisent)
  • Un environnement commercial mondial incertain jusqu’à la fin de 2018 :
    • Les discussions dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivront (sans date de fin déterminée)
    • La pleine ratification de L’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) est en cours
    • La mise en œuvre complète de l’Accord économique et commercial global (AECG) est conditionnelle à la ratification par les membres de l’UE
  • Rendements des récoltes 2018 aux États-Unis pour le blé, soya et maïs
  • Acres ensemencés de soya et de maïs au Brésil en réaction à la volatilité des prix et aux perturbations commerciales
  • Les prix des engrais et du carburant, qui devraient se stabiliser après un resserrement des marges agricoles lorsqu’ils ont grimpé de 5,4 % (en moyenne) et de 14 %, respectivement, dans les cinq premiers mois de 2018
  • Solidité du revenu agricole canadien dans la deuxième moitié de l’année. Cette solidité aidera grandement à déterminer les valeurs des terres agricoles au Canada, qui devraient s’apprécier légèrement en 2018. Elles ont augmenté de 8,4 % en 2017, surpassant la croissance des revenus agricoles, mais les prix volatils des cultures et les taux élevés auront vraisemblablement pour effet d’atténuer les hausses futures de la valeur des terres agricoles. 

Martha Roberts
Spécialiste en recherche économique

Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie le rendement économique et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Mme Roberts compte 20 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats à divers publics. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s située à Kingston en Ontario.

@MJaneRoberts


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