La sélection génomique au service de l’efficience alimentaire est-elle attrayante pour les éleveurs de bovins?

L’équipe de l’Économie agricole accueille l’économiste agricole-stagiaire Joe Chen. Dans ce billet, Joe présente un résumé des recherches qu’il a menées à l’Université de Guelph.

L’accroissement de la population mondiale et la hausse de la demande de viande créeront des débouchés considérables pour les éleveurs de bétail.

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L’avenir semble prometteur, mais nous savons que les marchés agricoles suivent des cycles. Ainsi, les prix des bovins pourraient diminuer par rapport à leurs sommets des dernières années, tandis que les prix des aliments pour animaux, eux, pourraient grimper. Dans les deux cas, la rentabilité diminuerait.

Si cela se produisait, les éleveurs de bétail seraient heureux d’échapper à la pression liée aux prix accrus des aliments pour animaux. Dans le secteur de l’élevage bovin, les aliments du bétail peuvent représenter jusqu’à deux tiers de l’ensemble des coûts de production. Si vous étiez propriétaire d’un parc d’engraissement et saviez que certaines races de bovins de boucherie consomment moins d’aliments que d’autres tout en gagnant le même poids (ce qu’on appelle l’efficience alimentaire), que feriez-vous?

Il est tout naturel d’applaudir l’existence de bovins ayant une meilleure efficience alimentaire tout en hésitant à améliorer votre propre troupeau. Après tout, rien n’est gratuit. Ce genre d’amélioration peut coûter cher, mais peut aussi entraîner d’importantes réductions de coûts grâce aux technologies qui évoluent rapidement.

L’efficience alimentaire n’est pas un sujet nouveau dans le secteur de l’élevage. La mesure la plus simple de l’efficience alimentaire est l’indice de consommation ou de conversion. Cet indice mesure la quantité d’aliments qu’un animal ingère pour gagner une unité de poids supplémentaire. L’indice de consommation des bovins de boucherie s’est nettement amélioré ces dernières décennies (il est passé de 10:1 dans les années 1950 à 6:1 aujourd’hui). Toutefois, malgré ces améliorations, l’indice de consommation des bovins est assez faible comparé à celui des poulets (2:1) et des porcs (3:1).

Une technologie récente contribue à améliorer l’indice de consommation des bovins de boucherie. La « sélection génomique » vise à améliorer le caractère génétique de l’efficience alimentaire. Cette technologie diffère de la modification génétique. Même si les deux reposent sur des percées dans le séquençage du génome, la sélection génomique au service de l’efficience alimentaire consiste simplement à trouver des vaches et des taureaux qui sont génétiquement supérieurs aux autres sur le plan de l’efficience alimentaire, et à les utiliser pour la reproduction. Il n’y a aucune manipulation directe du génome de l’organisme.

Il s’agit maintenant de savoir si le secteur de l’élevage bovin est prêt à adopter la sélection génomique au service de l’efficience alimentaire. La réponse dépend des attentes des éleveurs en matière de rentabilité.

Dans un contexte où les prix des aliments pour animaux diminuent, la technologie axée sur l’efficience alimentaire n’est pas aussi attrayante qu’en d’autres temps. Toutefois, le secteur canadien de l’élevage bovin pourrait bénéficier de l’adoption des dernières technologies si elles améliorent l’efficience alimentaire d’au moins 5 %. Les bénéfices pourraient se chiffrer à 83 millions de dollars, ce qui représente une économie moyenne d’environ 4,5 % sur le coût de l’alimentation.

Les marchés sont toujours le meilleur banc d’essai des nouvelles technologies; seules celles qui aideront les producteurs à prospérer seront adoptées.

Joe Chen, économiste agricole-stagiaire