Le système agroalimentaire du Canada est-il prêt à affronter le changement?

La Société canadienne d'agroéconomie (SCAE) a tenu récemment sa conférence annuelle sur la politique agroalimentaire à Ottawa. Le thème de la conférence, « Évoluer au même rythme que les consommateurs : Comprendre les effets d'un environnement en évolution sur les politiques », a amené les participants à adopter un point de vue différent sur le secteur agroalimentaire canadien.

Le professeur Tanjim Hossain, un éminent chercheur dans le domaine de l'économie comportementale, a prononcé le discours-programme d'ouverture. L'économie comportementale, domaine relativement nouveau et en vogue, qui examine l'incidence du comportement humain sur la prise de décisions économiques. Son propos était axé sur les mesures incitatives visant à recruter des travailleurs ou à convaincre les acheteurs de prendre certaines décisions.  Par exemple, une incitation non pécuniaire toute simple, en l'occurrence un système de reconnaissance par les pairs, a permis de modifier le comportement des travailleurs et d'accroître la productivité et la rentabilité. J'en suis venu à me demander comment d'autres stratégies similaires amélioreraient la productivité de la main-d'œuvre en agriculture primaire et dans les secteurs connexes, ce qui est indispensable étant donné que les agroentreprises et les producteurs canadiens sont confrontés à des défis grandissants en matière de main-d'œuvre. J'y reviendrai dans un billet ultérieur.

D'autres conférenciers ont parlé des débouchés qui pourraient découler de l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne (UE). Michel Post and C.D. (Kees) de Gooijer des Pays-Bas et Martin Rice du Conseil canadien du porc ont donné un aperçu des marchés de l'UE. Ils ont attiré l'attention sur la divergence entre le point de vue européen sur les produits canadiens et la façon des exportateurs canadiens d'aborder les différents marchés d'Europe (par exemple les viandes transformées destinées aux consommateurs allemands comparativement au jambon destiné aux consommateurs italiens). Il est important de comprendre cette dynamique pour accroître la visibilité de nos exportations sur les marchés de l'UE.

Enfin, le professeur Andrew Fearne, spécialiste des chaînes d'approvisionnement, a terminé la conférence en défiant le raisonnement classique au sujet de la gestion de la chaîne d'approvisionnement. Il a demandé pourquoi le Canada avait été pris de court, l'hiver dernier, par l'importante perturbation du service ferroviaire provoquée par la production abondante conjuguée aux conditions très rigoureuses. Il a affirmé qu'une chaîne d'approvisionnement efficace doit être conçue de manière à répondre aux besoins des consommateurs, et ce, même si la conjoncture est difficile. La coordination de l'offre joue un rôle déterminant dans l'atteinte de cet objectif.  

Le Canada a accompli des progrès considérables pour ce qui est d'ouvrir l'accès aux marchés à l'échelle mondiale. En examinant le secteur agroalimentaire sous un angle différent, les agroentreprises et les producteurs canadiens pourraient saisir les débouchés qui s'offrent à eux.

Craig Klemmer, économiste agricole principal