Performance et niveau d’activité de l’industrie canadienne de la fabrication de produits alimentaires : 2e partie avec David Sparling

Le texte qui suit nous est offert par David Sparling de la Ivey Business School (site Web en anglais seulement). Dans ce deuxième volet d’une série de deux articles exclusifs à FAC, le professeur Sparling parle de deux études qu’il a dirigées récemment sur la fabrication de produits alimentaires au Canada. Ces études, qui ont pour but de mieux faire connaître et comprendre l’industrie, ont été menées en collaboration avec l’Institut canadien des politiques agro-alimentaires (ICPA)*.

J’ai récemment expliqué comment l’industrie canadienne de la fabrication alimentaire avait résisté à la récession, à une hausse du dollar canadien et à une concurrence croissante. Je vais m’étendre sur la question dans le présent article en examinant comment ces pressions façonnent l’industrie. Je fournirai aussi une brève description de nos recherches sur les ouvertures et fermetures d’usines ainsi que sur les investissements.

Le visage changeant de l’industrie de la fabrication alimentaire canadienne : une analyse des fermetures et des ouvertures d’usines ainsi que des investissements

Toute fermeture d’usine de fabrication fait toujours les manchettes au Canada. Il suffit de se rappeler les récentes fermetures des usines de Heinz et de Kellogg en Ontario, qui ont provoqué des pertes d’emplois aux effets dévastateurs sur les employés et les collectivités.

Entre 2006 et 2014, le paysage de la fabrication alimentaire au Canada a connu ces changements :

·         143 usines ont fermé leurs portes, causant la perte de 23 807 emplois;

·         L’Ontario a connu la plus grande perte nette d’usines;

·         Les fermetures d’usines et les pertes d’emplois se sont principalement produites dans le secteur de la transformation secondaire;

·         Les segments des protéines animales (36 % des fermetures) et des produits laitiers (12 %, incluant les œufs et le miel) ont été les plus durement touchés;

·         En ce qui concerne les grandes entreprises, les multinationales américaines ont procédé à beaucoup plus de fermetures que d’ouvertures ou d’investissements.

Les fermetures ont atteint un sommet au plus fort de la récession en 2007 et 2008, au moment même où l’on enregistrait le plus grand nombre de pertes d’emplois. L’Ontario a subi le plus gros des contrecoups de ces fermetures avec 52 % du total national de pertes d’emplois au cours de cette période. Nous avons pu discerner certaines raisons sous-jacentes qui expliquent ces fermetures, à savoir un manque de compétitivité et la nécessité de consolider la production dans des usines plus vastes et plus modernes.  En effet, d’après nos constats, les sociétés invoquaient la nécessité d’opter pour l’automatisation, de nouveaux systèmes et de nouvelles technologies et méthodes de traitement afin de demeurer concurrentielles sur le marché mondial.

Les fermetures, dans une proportion de 90 %, ont eu lieu dans des entreprises comptant de multiples usines qui procédaient à une réorganisation à grande échelle afin d’accroître la compétitivité; ces entreprises ont fermé, en général, les usines non compétitives et ont consolidé la production afin de réduire les coûts unitaires. Les plus grandes sociétés sont responsables de la majeure partie des fermetures : les multinationales détenues par des intérêts canadiens et étrangers sont responsables de 63 % des fermetures répertoriées. Les grandes sociétés jouent par ailleurs un rôle important, car si elles ne représentent que 16 % des entreprises au Canada, elles génèrent 83 % des revenus de l’industrie.

Les multinationales étrangères étaient plus susceptibles de consolider ou de restructurer leurs activités que les multinationales canadiennes, tandis que ces dernières ont davantage eu tendance à apporter des changements à leurs installations, que ce soit au moyen de consolidations ou d’investissements. Une autre différence est ressortie dans la concentration des fermetures d’usines : les fermetures et les pertes d’emplois au sein des multinationales canadiennes étaient réparties à la grandeur du Canada, contrairement aux multinationales étrangères qui ont surtout fermé des usines en Ontario.

À quoi ressemble une industrie restructurée?

L’industrie a vécu une transition radicale. En effet, des entreprises alimentaires ont aussi ouvert des usines et ont procédé à des investissements afin de moderniser leurs installations et de stimuler l’innovation, la productivité et l’efficience. Pendant la même période :

·         63 nouvelles usines ont ouvert leurs portes;

·         67 entreprises ont annoncé des investissements majeurs;

·         les entreprises autres que multinationales ont effectué le plus grand nombre d’ouvertures d’usines et d’investissements.

Les petites et moyennes entreprises représentent 84 % des établissements, mais seulement 17 % des ventes de l’industrie. Cependant, au cours de cette période, ce sont elles qui ont été à l’avant-garde de l’innovation dans l’industrie puisqu’elles sont à l’origine de presque la moitié des occurrences d’ouvertures d’usines et d’investissements.

Les entreprises canadiennes, qui ont tout intérêt à rester ouvertes au Canada, ont généralement davantage procédé à des investissements et à des ouvertures d’usines que leurs homologues étrangers. Par rapport aux autres provinces, le Québec a vécu la plus importante transition, comptant plus d’occurrences d’activité (ouverture, fermeture d’usines, investissements, consolidation) du côté des multinationales canadiennes. Chaque année, à l’exception de 2007 et 2010, les occurrences d’ouvertures d’usines et d’investissements ont été plus nombreuses que celles de fermetures d’usines, la majorité ayant lieu au Québec.

Qu’est-ce qui nous attend?

L’industrie évolue, mais elle pourrait bénéficier de nombreuses améliorations afin de créer un environnement favorable. Parmi ces améliorations, on trouve :

·         l’appui et la facilitation du commerce;

·         les mesures incitatives pour s’installer au Canada;

·         la réduction des obstacles à la compétitivité (p. ex., les coûts d’intrants, la réglementation, etc.);

·         les stratégies de développement des ressources humaines;

·         les administrations municipales qui valorisent les débouchés grâce à une approche rapide et coordonnée.

L’industrie a persévéré, mais dans le climat économique actuel, il est nécessaire d’aller au-delà de la simple persévérance et d’assurer une croissance. Dans le prochain billet, je répondrai à quelques questions quant à la forme que pourrait prendre cette croissance.

David Sparling, Ivey Business School

*Ces deux rapports d’étude peuvent être consultés à cette adresse (en anglais seulement). L’étude sur la performance est fondée sur les codes à quatre chiffres et à six chiffres du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN) provenant de la base de données CANSIM de Statistique Canada pour les années 2004 à 2011. L’étude sur les ouvertures et les fermetures d’usine et les investissements (de 2006 à 2014) est fondée sur des données provenant de sources secondaires d’information et sur des entrevues menées avec des intervenants de l’industrie.