Performance et niveau d’activité de l’industrie canadienne de la fabrication de produits alimentaires : 1re partie avec David Sparling

Le texte qui suit nous est offert par David Sparling de la Ivey Business School (site Web en anglais seulement). Dans ce premier volet d’une série de deux articles exclusifs à FAC, le professeur Sparling parle de deux études qu’il a dirigées récemment sur la fabrication de produits alimentaires au Canada. Ces études, qui ont pour but de mieux faire connaître et comprendre l’industrie, ont été menées en collaboration avec l’Institut canadien des politiques agro-alimentaires (ICPA)*.

La performance de l’industrie canadienne de la fabrication de produits alimentaires

Le secteur canadien de la fabrication de produits alimentaires a résisté à la récession de 2008, alors que d’autres secteurs manufacturiers éprouvaient des difficultés. L’industrie manufacturière a bien résisté malgré des défis qui l’ont touché à divers degrés. Par exemple, la hausse du dollar canadien et des coûts de l’énergie se sont répercutés sur l’ensemble des secteurs de la fabrication, tandis que l’accroissement de la concentration et de la concurrence dans le commerce au détail et la hausse des prix des produits agricoles ont touché particulièrement le secteur alimentaire. Il n’est pas surprenant que le secteur de la fabrication de produits alimentaires résiste mieux aux récessions que les autres secteurs puisque nous avons tous besoin de nous alimenter. Si ce facteur a contribué à protéger le secteur alimentaire pendant une période très difficile, un certain nombre d’indicateurs montrent que des pressions s’exercent néanmoins sur cette industrie.

Toutefois, on peut se demander si la résistance du secteur suffira à soutenir son essor dans une industrie alimentaire mondiale de plus en plus complexe. Pour combler le déficit commercial croissant du Canada dans le secteur des produits alimentaires transformés, il faudra adopter des stratégies à l’échelle de l’industrie et des politiques gouvernementales.

Le secteur de la fabrication de produits alimentaires performe mieux que les autres secteurs manufacturiers

Parmi les cinq premières industries manufacturières du Canada, seule l’industrie alimentaire a affiché une croissance réelle de sa production de 2004 à 2011 (les données les plus récentes et disponibles pour l’analyse datent de cette période). Durant cette même période, elle a été à l’origine de la création de 3 500 emplois, devenant ainsi le plus important employeur parmi les secteurs manufacturiers au Canada.

Les revenus, les marges brutes et les bénéfices nets ont tous progressé à un rythme qui indique que l’industrie alimentaire dans son ensemble contrôle ses dépenses et augmente ses revenus plus rapidement que l’inflation générale, qui s’est établie à 14 % pendant la période visée. De 2001 à 2012, les investissements réels dans l’équipement ont plus que doublé (en dollars de 2007).

Une répartition de l’industrie par sous-secteurs montre que ceux des produits laitiers et des céréales et oléagineux figurent parmi les sous-secteurs ayant connu les plus fortes progressions de l’emploi. Sur le plan de la répartition par régions, le Québec a fait belle figure grâce à une augmentation de 31 % des revenus tirés de la fabrication de produits alimentaires et à une augmentation générale de l’emploi au cours de cette période.

L’industrie de la fabrication de produits alimentaires n’est pas à l’abri des défis

Les échanges commerciaux de produits alimentaires sont essentiels à la santé et à la viabilité à long terme de l’industrie canadienne de la fabrication de produits alimentaires, mais la balance commerciale du Canada dans le secteur des produits alimentaires continue de se détériorer. La hausse du dollar a rendu les importations plus compétitives; ces importations ont d’ailleurs connu une croissance marquée pendant la période visée par l’étude, et cette croissance se poursuit. Le coût des intrants continue également de progresser, et l’accroissement de la consolidation et de la concurrence dans le commerce au détail a fait en sorte qu’il est difficile de refiler la hausse des prix aux clients.

Ces pressions se sont répercutées dans les données. Bien que l’industrie dans l’ensemble ait enregistré des gains au chapitre de la création d’emplois, certains sous-secteurs ont fait du surplace, et d’autres, comme les secteurs de la viande et de la volaille et des fruits de mer, ont en fait enregistré des pertes d’emplois. De plus, les gains en matière d’emploi ont été réalisés dans des emplois non liés à la fabrication. L’intensification de l’automatisation a permis de réduire les coûts de main-d’œuvre, mais l’industrie a beaucoup de difficulté à trouver des travailleurs qui possèdent les compétences requises pour faire fonctionner le matériel de production plus complexe nécessaire à l’augmentation de la productivité.

Les difficultés constatées dans l’industrie de la fabrication de produits alimentaires ont également eu une incidence directe sur les fournisseurs en amont; en dollars constants, l’industrie a investi dans les matières premières 4,5 milliards de dollars de moins en 2011 qu’en 2004.

L’importance de surveiller et de soutenir l’industrie

L’industrie canadienne de la fabrication de produits alimentaires est de toute évidence résistante, mais il reste à savoir si elle est en mesure de soutenir sa croissance. Cette étude souligne la nécessité de surveiller et de soutenir cette industrie qui contribue grandement à l’emploi au pays et au PIB du Canada. Il est vrai que les consommateurs doivent toujours s’alimenter, même pendant une récession, mais ils peuvent choisir de délaisser les produits canadiens. Nous devons donc réfléchir aux moyens d’aider le consommateur à choisir des produits canadiens – en offrant des produits innovateurs, de grande qualité et à des prix concurrentiels. Les échanges commerciaux doivent devenir une priorité.

Selon nous, les résultats suggèrent deux avenues stratégiques possibles :

1.       Élaborer des accords commerciaux et des cadres de politiques et de règlements qui favorisent l’exportation;

2.       Aider l’industrie au moyen de programmes qui favorisent l’investissement dans les nouvelles technologies et l’adoption de processus plus efficaces afin d’aider les entreprises à devenir plus concurrentielles sur le plan des coûts.

Notre premier rapport, The Performance of Canada’s Food Manufacturing Industry, que nous venons de décrire, expose en détail de quelles façons cette industrie a continué de croître malgré d’importants défis. Dans le deuxième volet de cette série, je présenterai un aperçu du deuxième rapport, The changing face of food manufacturing in Canada: An analysis of plant closings, openings and investments, qui porte sur la façon dont l’industrie se restructure pour soutenir la concurrence mondiale.

David Sparling, Ivey Business School

*Les deux rapports d’étude peuvent être consultés à cette adresse (en anglais seulement). L’étude sur la performance est fondée sur les codes à quatre chiffres et à six chiffres du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN) provenant de la base de données CANSIM de Statistique Canada pour les années 2004 à 2011. L’étude sur les ouvertures et les fermetures d’usine et les investissements (de 2006 à 2014) est fondée sur des données provenant de sources secondaires d’information et sur des entrevues menées avec des intervenants de l’industrie.