La demande de bœuf au Canada est-elle toujours solide?

La demande de bœuf au Canada est-elle toujours solide?

Les Canadiens consomment beaucoup moins de bœuf qu’avant; en 2013, la consommation annuelle par personne était inférieure de près de 22 livres à celle du début des années 1980. Toutefois, cela ne signifie pas que les Canadiens n’aiment plus autant le bœuf. La consommation réelle et ce que les économistes appellent la « demande » sont deux notions différentes. Déroutant, vous dites? Alors peut-être vaut-il la peine d’examiner les différences parce que, dans les faits, la demande de bœuf est vigoureuse ces dernières années.

La demande désigne la volonté des consommateurs de payer un prix déterminé pour le bœuf en fonction de leurs goûts, de leurs préférences et de leur revenu. La demande de bœuf n’est pas influencée par l’offre de bœuf. L’offre de bœuf dépend des coûts des aliments pour animaux, des stocks, des échanges commerciaux, etc. La combinaison de l’offre et de la demande est ce qui détermine le prix. La consommation est le résultat final, concret, que l’on observe sur le marché.

Pour illustrer la différence entre demande et consommation, supposons que vous vous rendez à la boucherie pour acheter un bifteck pour souper. Dans son comptoir, votre boucher n’a plus de bifteck, alors vous achetez des côtelettes de porc. Votre consommation de bœuf a diminué, mais votre demande de bœuf demeure solide. Dans le même ordre d’idée, la diminution de la consommation de bœuf des Canadiens résulte peut-être d’une baisse du revenu ou de la chute du prix d’une viande concurrente; elle n’indique pas nécessairement un changement négatif de leurs préférences pour le bœuf.

La question qui se pose est la suivante : Si les Canadiens consomment moins de bœuf, cela signifie-t-il que la demande de bœuf des Canadiens a réellement changé?

Il n’est pas facile de répondre à cette question parce que nous devons comprendre diverses influences sur le marché. Notre équipe a élaboré un « indice de la demande » en s’appuyant sur des travaux menés à l’Université du Missouri (cliquez ici) (en anglais seulement) – le site est en anglais seulement. Cet indice vise à mesurer la vigueur de la demande de bœuf en tenant compte de l’évolution des prix du bœuf et d’autres viandes (poulet et porc), ainsi que des revenus des consommateurs. Par conséquent, l’indice illustre la demande de bœuf des consommateurs canadiens compte tenu des prix et du revenu, et non leur consommation influencée par les forces du marché.

Nous continuons de peaufiner la méthodologie et rendrons compte de nos conclusions ultérieurement. Toutefois, nos résultats préliminaires sont révélateurs. Si l’on tient compte des fluctuations de prix dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, on constate que la demande de bœuf au Canada diffère de la tendance habituelle telle qu’exprimée uniquement par la consommation.


En fait, la demande de bœuf a augmenté légèrement tandis que la consommation par habitant diminuait à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Par la suite, la demande et la consommation ont fléchi jusqu’en 2011. En 2012, la demande tendait de nouveau à la hausse alors que la consommation par habitant diminuait. La vigueur récente de la demande indique une préférence confirmée pour le bœuf. Il sera intéressant d’examiner les données de 2014 lorsqu’elles seront disponibles. En effet, les sommets inégalés des prix des bovins en 2014 ont entraîné une hausse de près de 11 % des prix de détail du bœuf.

Même si la diminution de la consommation de bœuf par habitant laisse croire à une perception négative à l’égard du bœuf, les préférences des Canadiens pour cette viande semblent bien ancrées, et cela apportera un soutien à l’industrie du bœuf au Canada. Un défi à relever consistera à préserver le solide intérêt des consommateurs malgré les prix élevés du bœuf en 2015.

Desmond Sobool, économiste agricole principal

Graph:

Consumption index   Indice de la consommation
Beef demand index  Indice de la demande de bœuf
Index 1995 = 100  Indice 1995 = 100