Incidence des gains de productivité sur les revenus agricoles — première partie

L’ensemencement bat son plein. Si les conditions météorologiques sont favorables, nous nous attendons à des rendements records ou quasi-records au chapitre des récoltes canadiennes en raison d’une tendance à la hausse. L’agriculture affiche une vaste expérience en gains de productivité. Des innovations, comme les OGM et l’agriculture de précision, transforment l’agriculture d’aujourd’hui. Ainsi, la technique d’édition génétique CRISPR (ou « courtes répétitions palindromiques regroupées et régulièrement espacées ») pourrait bientôt avoir des répercussions positives.

Si les gains de productivité sont souhaitables pour notre société, leurs retombées économiques ne sont pas partagées par tous. Cette semaine et la semaine prochaine, nous explorerons l’incidence des gains de productivité sur les revenus agricoles et ce que font les agriculteurs pour garder une longueur d’avance.

Gains de productivité dans l’agriculture canadienne

La figure 1 montre la hausse remarquable des rendements du blé canadien. Les rendements varient d’une année à l’autre en fonction des conditions climatiques, mais maintiennent généralement une tendance à la hausse. Le rendement du blé dans les années 1920 était d’environ 15 boisseaux par acre. Comme nous enregistrons désormais autour de 50 boisseaux par acre, les terres sont plus de trois fois plus productives qu’il y a 100 ans.

Remarquez comment la croissance des rendements a commencé à accélérer au cours de la Révolution verte des années 1950 et 1960. Cette révolution, quoique tranquille et souvent oubliée, a pourtant été l’un des événements les plus transformateurs du 20e siècle.

Au cours des années 1950 et 1960, le secteur agricole a vu arriver des engrais synthétiques, des cultures hybrides et des pesticides. La mise au point et l’adoption de ces technologies ont contribué à nourrir une population en croissance rapide et à diminuer le nombre de fermes, à mesure que celles-ci adoptaient des technologies qui améliorent la productivité.

Figure 1 : Tendance à la hausse du rendement du blé canadien

Données de Statistique Canada

L’exemple du blé n’est pas unique. Les gains de productivité ont continué à grimper depuis la Révolution verte. J’ai documenté sur mon fil Twitter d’autres exemples de gains de productivité dans l’agriculture canadienne :

Rendements et revenus agricoles prévus

Statistique Canada a récemment publié des intentions d’ensemencement pour 2019. Les décisions des agriculteurs relatives à l’ensemencement sont fonction des recettes prévues par acre (rendement prévu multiplié par prix attendu). Voyons l’incidence, pour les agriculteurs, des gains de productivité sur les recettes prévues par acre.

Les gains de productivité influencent les revenus (par acre) prévus par les agriculteurs, mais pas toujours de manière positive. Partagez sur Twitter
  1. Quand les tendances de rendement sont à la hausse, les agriculteurs s’attendent à une production accrue dans des conditions de croissances normales et, par conséquent, à des recettes supérieures.
  2. Au moment de l’ensemencement, les prix de la récolte seront liés à l’offre prévue et, par conséquent, des rendements prévus.

L’effet du rendement accru sur les recettes n’est pas évident. D’une part, les gains de productivité augmentent les recettes par acre en augmentant le rendement. D’autre part, quand les rendements sont à la hausse pour tous les agriculteurs, l’offre totale augmente, ce qui exerce une pression à la baisse sur les prix.

Pour que les revenus tirés des cultures augmentent (par acre), la hausse des rendements doit être plus rapide que la baisse du prix, et la demande doit augmenter.

Ce qui s’en vient

La semaine prochaine, nous examinerons comment les consommateurs et les agriculteurs sont touchés par les gains de productivité à la ferme. Nous verrons aussi comment les agriculteurs peuvent progresser si les revenus agricoles stagnent à cause des gains de productivité.


Sébastien Pouliot
Économiste agricole supérieur

Sébastien Pouliot est économiste agricole supérieur à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2019, M. Pouliot était professeur agrégé d’économie à la Iowa State University. Il est aussi intervenu à titre d’expert dans le cadre de différends commerciaux à l’Organisation mondiale du commerce; il a notamment appuyé le Canada et le Mexique lorsque ces deux pays se sont opposés à la politique américaine d’étiquetage du pays d’origine (ÉPO) sur les produits de bœuf et de porc. M. Pouliot détient un doctorat en économie agricole et des ressources de la University of California, à Davis, et il est rédacteur en chef pour la Revue canadienne d’agroéconomie depuis 2016.