Quelle est l’incidence de la crise financière en Europe sur l’agriculture canadienne?

Au moment d’écrire ces lignes, une entente de principe a été conclue entre le gouvernement grec et ses créanciers. L’entente exige que le Parlement grec adopte des lois au plus tard le 15 juillet 2015 et qu’il restructure son économie, c’est-à-dire qu’il élargisse l’assiette fiscale pour faire augmenter les revenus, réforme les pensions, libéralise le marché du travail et privatise des actifs. En échange, un prêt du Mécanisme européen de stabilité (le fonds d’urgence de la zone euro) viendrait soutenir le système bancaire grec et permettrait au gouvernement de rembourser une partie de ses dettes. Mais le retrait de la Grèce de l’Union monétaire européenne demeure toujours une possibilité puisque des questions continuent d’être soulevées sur la capacité de l’économie à remonter la pente. 

En plus de l’avenir de l’euro, de la santé économique de la Grèce et des économies de l’Europe, nous devons surveiller certaines choses importantes. Nous avons abondamment parlé dans ce blogue du fait que les marchés agricoles sont véritablement mondiaux. Même si la Grèce est une petite économie et un petit marché pour les exportations agroalimentaires canadiennes, la crise actuelle qui y prévaut touche l’agriculture canadienne.

La résurgence de la crise de la dette a provoqué une certaine volatilité. L’incertitude pousse les investisseurs à déplacer leurs capitaux vers des actifs financiers plus sûrs et libellés en dollars américains. Cette situation fait diminuer la valeur de l’euro par rapport à la devise américaine, ce qui vient renforcer la position de cette dernière comme monnaie de réserve mondiale. Elle fait aussi augmenter, à l’échelle mondiale, la valeur de la devise américaine par rapport à toutes les autres devises, y compris la devise canadienne. 

L’Union européenne (UE) est un chef de file mondial dans le domaine des importations et exportations agricoles et agroalimentaires avec des importations et exportations combinées de plus de 300 milliards de dollars (en 2013). Puisque la valeur de l’euro diminue, deux choses sont à prévoir : premièrement, les importations européennes seront plus chères. Deuxièmement, une fluctuation de la valeur de l’euro pourrait contribuer à améliorer la compétitivité des exportateurs européens. 

Chaque année, le Canada exporte en moyenne 2,5 milliards de dollars de produits agricoles à destination de l’Europe. Mais restreignons le champ des exportations pour nous concentrer sur les exportations de porcs. En 2014, les exportateurs canadiens ont vendu pour 390 millions de dollars en viande de porc à l’UE. Le recul de l’euro fait augmenter le prix du porc canadien pour les importateurs européens.

Mais ce n’est pas tout. Il ne faut pas oublier que la dépréciation de l’euro se produit aussi par rapport à la devise américaine – ce qui fait que les produits américains sont plus chers pour les acheteurs européens. 

En ne tenant pas compte des inquiétudes selon lesquelles le pouvoir d’achat des acheteurs européens pourrait diminuer, le principal moteur des exportations de viande canadienne vers l’Europe est la valeur relative de la devise canadienne par rapport à la devise américaine. Et, dans le cas qui nous occupe, nos exportations deviennent plus compétitives que les produits agricoles américains. En fait, sur douze mois, la valeur de l’euro a diminué de 18 % par rapport à la devise américaine comparativement à un recul de 2 % de la valeur de l’euro par rapport à la devise canadienne.

Les entreprises européennes rivalisent avec les exportateurs canadiens dans d’autres marchés d’exportation, et pas uniquement en Europe. Nous n’avons qu’à penser aux exportations de porc canadien vers le Japon – le 2marché d’exportation en importance pour les entreprises canadiennes de conditionnement du porc. L’euro a perdu de la valeur par rapport au yen depuis le début de 2015, mais la devise canadienne a, elle aussi, perdu de la valeur. Depuis le début de l’année, les exportations de porc canadien sont en baisse de 14 % par rapport à 2014. Au contraire, les exportations de porc européen semblent aller au même rythme que l’année dernière. Les Européens ont ciblé le marché japonais avec vigueur depuis que le marché russe a été fermé au porc européen au milieu de l’année 2014. C’est là un rappel que ce ne sont pas toutes les exportations qui sont dictées par la valeur des monnaies.  

À long terme, le marché de l’UE représente d’énormes possibilités pour l’agriculture canadienne grâce à l’entrée en vigueur de l’Accord économique et commercial global, puisque les exportations de céréales, d’oléagineux et de viande auront un meilleur accès à un marché d’un demi-milliard de personnes. 

À court terme, la crise de la dette en Europe va continuer de faire baisser la valeur de l’euro par rapport à la devise américaine. Il est également prévu que notre monnaie demeure sous la barre des 0,80 $ US, en raison de la plus récente baisse du taux de la Banque du Canada et de la probabilité que la Réserve fédérale américaine augmente son taux directeur avant la fin de l’année.

Le résultat essentiel est que la crise de la dette européenne aura des répercussions sur l’agriculture canadienne en raison des monnaies et que les prix du bétail et des produits de base seront avantageux pour les producteurs canadiens en raison de la hausse de la devise américaine.

Leigh Anderson, Économiste agricole principal