Comment l’appréciation du huard réduit la rentabilité

Le dollar canadien a une influence décisive sur la rentabilité de l’industrie agricole (les recettes moins les coûts) depuis quelques années.    

Il est resté relativement stable pendant la première moitié de 2017, se maintenant en moyenne à 0,75 $ US. La Banque du Canada a commencé à relever son taux de financement à un jour en juillet 2017, ce qui a provoqué une hausse soutenue du huard. La seconde hausse de taux de la Banque du Canada, le 6 septembre dernier, a fait grimper le dollar canadien de 0,07 $ dans une période relativement courte, pour atteindre sa valeur actuelle de 0,82 $ US.  

Pourquoi le dollar canadien est-il important?

Un huard plus fort fait baisser le prix que les producteurs canadiens obtiennent pour leurs produits, qui sont initialement libellés en dollars américains. Il rend aussi les produits canadiens moins attrayants pour les acheteurs que les produits de leurs concurrents. En revanche, une montée du dollar canadien rend habituellement les intrants agricoles plus abordables. Mais, globalement, les marges bénéficiaires des producteurs canadiens sont inversement proportionnelles à la valeur du dollar canadien. Ainsi, les marges baissent lorsque notre devise monte. 

Quelle est l’incidence sur la rentabilité des producteurs?

Pour chaque fluctuation de 0,01 $ US de la valeur du dollar américain par rapport au dollar canadien, on estime que la rentabilité variera en moyenne :

  • de 1 $ par tête, par porc prêt à l’abattage commercialisé; 
  • de 13 $ à 16 $ par tête dans les secteurs de l’élevage-naissage et des parcs d’engraissement; 
  • de 5 $ par acre de cultures commerciales. 

Les changements sur le plan de la rentabilité mentionnés ci-dessus représentent des pertes non réalisées ou des occasions perdues dans l’hypothèse où les conditions du marché demeurent les mêmes lorsque le taux de change fluctue de 0,01 $ US. 

Une foule d’hypothèses entrent dans le calcul des chiffres indiqués ci-dessus. Quel est le coût de production moyen par secteur? Quelle est la combinaison des cultures, quels sont les rendements ou à quels poids sont commercialisés les animaux? Quelle est la stratégie de commercialisation liée à la fixation des prix entre les acheteurs et les vendeurs? Ces facteurs nous permettent toutefois d’estimer de manière approximative l’influence du huard.

Quelles seront les conséquences d’une appréciation du dollar?

Une hausse du dollar entraînera probablement un certain fléchissement de la demande de produits canadiens, mais un huard plus fort ne représente pas forcément une menace. Le dollar canadien reste inférieur à sa valeur moyenne sur cinq ans, qui est de 0,88 $ US. L’agriculture canadienne demeure concurrentielle avec un taux de change oscillant entre 0,80 et 0,85 $ US. La demande de produits agricoles est forte et les perspectives demeurent favorables.

En conclusion, gardez un œil sur le dollar canadien et sur les facteurs qui l’influencent. Ces derniers temps, ce sont les taux d’intérêt qui ont une incidence sur la valeur du dollar canadien. C’est pourquoi je conseille de suivre les commentaires et les décisions de la Banque du Canada.


Leigh Anderson
Économiste agricole principal

Leigh Anderson a commencé à travailler à FAC en 2015 en tant qu’économiste agricole principal. Sa spécialité est le suivi et l’analyse du portefeuille de FAC et de la santé de l’agroindustrie ainsi que l’évaluation des risques inhérents à ces activités. Avant d’entrer au service de FAC, il a travaillé à la direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan.
M. Anderson est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.

@AndersonLeigh3