La demande alimentaire mondiale a son pendant… et c’est le défi d’y répondre

La première partie de cette série traitait abondamment du potentiel de la classe moyenne mondiale (en anglais seulement) d’entraîner des gains de consommation, créant d’importantes possibilités pour des pays exportateurs comme le Canada. Toutefois, même lorsque la demande est immense, elle n’apparaît jamais sans son pendant, soit le défi d’y répondre.

Article connexe : Vous pensez que la révolution industrielle a été une transformation majeure? Ce n’est rien en comparaison de la révolution actuelle

Défi no 1 : Les prix des produits agricoles baisseront

La récente conférence de la Canada West Foundation (en anglais seulement) décrivait une demande d’aliments qui devrait s’accroître avec l’essor de la classe moyenne mondiale (en anglais seulement). Cette demande accrue suggère que les prix des produits agricoles devraient aussi augmenter.

Pourtant, selon la Banque mondiale, cela ne se produira pas.

En effet, John Baffes, de la Banque, prédit une faiblesse des prix en 2015 pour tous les principaux groupes de produits, y compris ceux liés au secteur agricole. À plus long terme, le pétrole demeurera dans une fourchette de 55 $ à 70 $ le baril.

Est-ce la nouvelle norme pour les prix des produits agricoles?

Si la Banque a raison, l’on n’est pas près de revoir les prix élevés enregistrés récemment pour les produits agricoles. Parmi les points positifs, l’agriculture à forte consommation d’énergie profitera d’une pression des prix allégée sur des intrants comme le pétrole et l’engrais.

La demande continuera de s’accroître, tout comme l’offre

Un certain nombre de facteurs ont incité la faiblesse des prix et la reprise léthargique/modérée qui ont marqué 2014 : le ralentissement économique en Chine, l’appréciation du dollar américain, les réserves abondantes, et le fait que d’autres pays ont finalement adopté une politique monétaire prévoyant les mêmes stimulus que ceux des États-Unis.

Cependant, selon M. Baffes, l’offre est la grande coupable.

Cela est principalement attribuable à la période récente de prix élevés, permettant des investissements qui ont aidé à réduire les coûts et à accroître l’exploration, l’innovation et la capacité d’atteindre de nouveaux marchés. Nous en avons un bon exemple à l’extérieur de l’agriculture : le gaz de schiste américain, qui a contribué à suralimenter les réserves mondiales, continue d’être moins coûteux à produire.  

De telles leçons dans l’efficience et la réduction des coûts ne disparaissent pas uniquement parce que le marché fait face à une période de faibles prix. L’avenir continuera d’être porteur de rendements et d’une production améliorés, exerçant une pression sur la rentabilité des producteurs.

Défi no 2 : Plus de concurrence locale dans les marchés d’exportation

Comme si cela ne suffisait pas, en plus de faire augmenter le consumérisme, la classe moyenne mondiale aide à intensifier l’offre locale.

Les plus grands changements en productivité et les améliorations des rendements agricoles ne se produiront plus dans les pays développés. L’adaptation des marchés aux nouvelles habitudes alimentaires, selon lesquelles on consomme plus d’aliments à base de protéines qu'à base de céréales et de végétaux, changera les secteurs où la production et l’infrastructure doivent aussi croître.

Et la montée des entreprises qui répondent à la demande de leur classe moyenne locale croissante entraînera une réelle concurrence pour ceux qui exportent vers ces marchés. Dans le monde actuel, 8 000 entreprises sont définies comme des conglomérats ou de grandes entreprises, mais en 2025, elles seront 15 000, dont 70 % proviendront de marchés émergents.

Et le gagnant est...

La chute des prix du pétrole est une bonne nouvelle pour ceux qui utilisent des marchandises liées à l’énergie (engrais, carburant, etc.).

En règle générale, au Canada, des prix et une demande plus faibles pour les produits agricoles signifieront un plus grand besoin de développer la valeur ajoutée. Qu’il s’agisse d’aliments pour le bétail élevé dans les marchés qui s’efforcent de subvenir à leurs besoins alimentaires, ou de marchés améliorés pour les protéines animales ou les aliments transformés, les marchés à valeur ajoutée devraient prendre une grande place dans les perspectives d’exportation du Canada.

Martha Roberts, Spécialiste, recherche économique