Suivez le guide : coup d’œil sur la chaîne d’approvisionnement en bœuf du Canada (deuxième partie)

  • 26 févr. 2019

Notre billet de la semaine dernière se terminait à l’automne 2017 au ranch L-7 Land & Cattle de la famille Ross. Les négociations entourant l’ALENA se poursuivaient, alors que beaucoup croyaient qu’elles seraient terminées avant la fin de l’année, faisant craindre d’éventuelles menaces pour l’intégration de l’industrie. Bien que les négociations en cours auraient peu d’incidence directe sur le secteur bovin du Canada, elles accentuaient néanmoins l’incertitude sur les marchés financiers, faisant fluctuer le huard.

Le cycle de vie

Vers le début de 2017, des investissements récents dans la capacité de transformation en Amérique du Nord ont injecté des revenus tout le long de la chaîne d’approvisionnement, incitant les éleveurs à commercialiser leurs bovins plus légers. La hausse des coûts des aliments pour animaux a aussi accéléré la circulation des bovins d’un bout à l’autre de la chaîne.

Puis, le marché mondial de la viande rouge, qui était très favorable en 2017, a pris une tournure pour le moins incertaine en 2018. Les veaux de l’année 2017 étaient nés dans un marché à la hausse, mais lorsque les bovins ont été livrés à Cargill, entre octobre 2018 et janvier 2019, le secteur devait composer avec plusieurs nouveaux reculs.

La sécheresse sévissait à nouveau dans le Sud-Ouest de la Saskatchewan en 2017, ce qui a fait grimper les coûts des aliments pour animaux et compliqué les efforts pour agrandir le troupeau. La production fourragère du ranch a été réduite de moitié et Chad a vu ses coûts d’alimentation doubler. Le manque d’herbe nourricière a contraint Chad et Brian à produire moins de génisses et à réformer leur troupeau de vaches.

Le processus décisionnel des exploitants de parc d’engraissement en matière de commercialisation

Les tendances du marché influencent souvent le moment auquel les exploitants de parc d’engraissement vendent leurs bovins.

Dans la foulée de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, les prévisions en matière de croissance économique mondiale – moteur de la demande mondiale de viande – se sont détériorées. La Chine et le Mexique (en anglais seulement) ont acheté moins de porc des États-Unis en 2018; ce qui a provoqué une surabondance de l’offre sur les marchés nord-américains de la viande rouge, laquelle a exercé de la pression sur les prix. De fait, les prix du bœuf ont diminué d’une moyenne de 19,42 $ CAN/kg en 2017 à une moyenne de 19,07 $ CAN/kg en 2018.

L’impact de la volatilité des marchés sur les exploitants de parc d’engraissement

Les exploitants de parc d’engraissement doivent faire preuve de souplesse et ajuster leurs plans de commercialisation en fonction des fluctuations du marché, surtout lorsque les prix sont très volatils.

Prédilection pour le bœuf

Tandis que planait le spectre d’une contraction du marché mondial, le marché canadien mature a continué d’afficher un raffermissement de la croissance de la consommation par habitant.

Le lancement de la table ronde canadienne sur l'élevage durable du bœuf (en anglais seulement) est une des réponses du secteur bovin canadien à ce que certains considèrent comme une diminution de l’intérêt des consommateurs pour le bœuf. L’ensemble de la chaîne d’approvisionnement a réagi à l’évolution des préférences et des préoccupations des consommateurs, qui vont de la durabilité de l’environnement au bien-être animal, en mettant en œuvre plusieurs initiatives, comme le programme Verified Beef Production Plus.

Photo fournie par le ranch L-7 Land & Cattle

Les veaux nés en 2017 au ranch L-7 ont été expédiés à l’usine de Cargill située à High River entre octobre 2018 et janvier 2019. Le transformateur a aligné son propre programme de transformation du bœuf durable (en anglais seulement) sur l’initiative de l’industrie. Les Ross doivent payer pour participer à ce programme. En effet, ils assument les frais liés à la vérification de la conformité par un organisme tiers indépendant, et veillent à ce que leurs couloirs de traitement soient conformes aux exigences du programme, entre autres coûts.

Néanmoins, ce programme cadrait avec leur exploitation, selon Chad, parce qu'elle respectait déjà une grande partie de ce qui constitue aujourd’hui les normes de durabilité. Les Ross en tirent un bénéfice à court terme sous la forme d’une prime versée au ranch L-7, mais c’est l’objectif à long terme de fournir aux consommateurs le bœuf qu’ils veulent qui leur rapportera, en définitive, les dividendes les plus élevés. Disons-le simplement : les consommateurs adorent le bœuf.

Si l’on examine la tendance à long terme, la consommation de bœuf par habitant au Canada est à la baisse (Figure 1), mais les Canadiens préfèrent toujours cette viande aux options équivalentes.

Figure 1 : Les Canadiens sont friands de bœuf

Les Canadiens achètent plus de bœuf lorsque leur revenu disponible augmente ou que les prix du bœuf diminuent, comme c’est le cas depuis 2015. Toutefois, la « demande » de bœuf – ou la préférence des consommateurs pour le bœuf par rapport au porc ou à la volaille – est toujours demeurée plus forte que les tendances de consommation (ou les achats réels de bœuf). Cela signifie que si les consommateurs ont les moyens d’acheter la viande de leur choix, et si les prix des produits protéinés concurrents demeurent constants, ils achèteront plus de bœuf au fil des ans.

La « demande » de bœuf – ou la préférence des consommateurs pour le bœuf par rapport au porc ou à la volaille – est toujours demeurée plus forte que les tendances de consommation. Partagez sur Twitter

Le long de la chaîne d’approvisionnement

Les événements qui surviennent loin de chez nous ont une incidence à l’échelle locale. Comme tous les autres éleveurs de bovins canadiens, la famille Ross compose quotidiennement avec les répercussions de l’évolution des préférences alimentaires sur les marchés étrangers, des négociations commerciales et de la valeur du huard. La réaction de l’industrie aux conditions qui prévalent chez nous et à l’étranger ne cesse d’évoluer, ce qui fait que la chaîne d’approvisionnement canadienne sera capable de s’adapter et de demeurer un chef de file mondial pendant de nombreuses années.


Pour de plus amples renseignements sur le ranch L-7, l’industrie des bovins de boucherie de la Saskatchewan ou la chaîne d’approvisionnement en bœuf du Canada, consultez les sites suivants :

L-7 Land and Cattle sur Facebook
The Saskatchewan Cattlemen’s Association
The Saskatchewan Cattle Feeders Association
Bœuf canadien
Canadian Beef Checkoff Agency
Simmental Cattle 


Martha Roberts
Rédactrice économique

Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie le rendement économique et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Mme Roberts compte 20 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats à divers publics. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s située à Kingston en Ontario.

@MJaneRoberts