Rétrospective 2017 de l’économiste agricole en chef de FAC

Si j’avais à résumer l’année 2017, j’utiliserais l’expression « Hâtez-vous, puis attendez ».

L’année qui s’achève a été une année de fins (notamment la fin de la période sans hausse des taux d’intérêt) qui entraîneront des changements en 2018 et au cours des années qui suivent. Mais ce fut aussi une année de nouveaux débuts (pensons au rapport Barton et à la place grandissante qu’occupent les jeunes agriculteurs canadiens).

Beaucoup de choses qui ont fait les manchettes en 2017 n’ont pas eu d’effet immédiat, mais bon nombre de ces grands enjeux auront des répercussions à long terme sur l’agriculture canadienne. Maintenant que l’année tire à sa fin, permettez-moi de faire une petite rétrospective.

Janvier : Projections de l’Économie agricole – bilan de 2017

Les projections de ce mois n’ont eu aucune incidence sur l’agriculture canadienne. Toutefois, dans un souci de transparence – et peut-être pour nous vanter un peu –, nous pourrions examiner nos projections de janvier dernier au sujet des prix de l’énergie, du huard et des taux d’intérêt.

Projection exacte : Nous avions prévu que les cours du pétrole se situeraient en moyenne à 50 $ US, et que les prix de l’essence et du diesel en Alberta se situeraient en moyenne à 0,86 $ le litre et à 0,88 $ le litre respectivement. Nous avons vu juste!

Projection erronée : Nous avions prévu que le huard se situerait en moyenne à 0,75 $ US pendant toute l’année 2017; en réalité, il s’est situé en moyenne à 0,77 $ US. Nous n’avions pas prévu les deux hausses du taux directeur de la Banque du Canada. Par ailleurs, la faiblesse de l’inflation nous a amenés à croire que la Banque serait incapable de resserrer sa politique comme elle l’a fait en 2017. Nous avons eu tort!

Répercussion : Malheureusement, aucune.

Février : Le rapport Barton présente le Canada comme une puissance agroalimentaire 

Le Conseil consultatif en matière de croissance économique a annoncé que « le secteur de l’agriculture et de l’alimentation » représentait l’un des huit principaux secteurs offrant des perspectives de croissance au Canada. Quelle reconnaissance extraordinaire du travail qu’accomplit l’industrie pour faire de la fabrication de produits alimentaires un élément positif de l’économie canadienne en général! La croissance du PIB de l’industrie de la fabrication de produits alimentaires, qui a été supérieure à 5 % en 2017, a nettement dépassé celle du secteur manufacturier en général, qui a été de 3 %.

Ce rapport a eu une influence suffisante pour permettre au secteur de se tailler une place dans le budget fédéral de 2017, qui établit l’objectif d’augmenter les exportations agroalimentaires du Canada à au moins 75 milliards de dollars en 2025 par rapport à 55 milliards de dollars en 2015. Le budget prévoit des sommes importantes pour atteindre cet objectif.

Répercussion : L’avenir nous le dira, mais il y aura une incidence déterminante.

Mars : Accord économique et commercial global (AECG)

Les nouvelles importantes ont été trop nombreuses en février (alors j’en ai glissé une en douce au mois de mars).

En février, le Parlement européen a approuvé l’AECG, première étape en vue de sa mise en œuvre provisoire (qui a eu lieu en septembre). Plusieurs pays membres de l’UE ont rapidement approuvé l’entente, et le Canada leur a emboîté le pas en mai.

Cette entente s’inscrit de façon pertinente dans les efforts que déploie le Canada pour diversifier ses marchés d’exportation en dehors des États-Unis, et l’Europe est un excellent point de départ.

Depuis longtemps, l’Europe est le quatrième marché d’exportation de produits agricoles et agroalimentaires du Canada. L’AECG pourrait donner lieu à un milliard de dollars supplémentaires d’exportations annuellement pour le secteur de la viande rouge, tout en élargissant l’accès aux marchés pour les grains et les oléagineux. Les exportateurs de fromage de l’UE, pour leur part, obtiennent un accès élargi au marché canadien.

Répercussion : Un milliard de dollars.

Avril : Nouveau ralentissement de la croissance de la valeur des terres agricoles en 2016

La valeur des terres agricoles canadiennes a à nouveau augmenté en 2016, mais le taux de croissance par rapport à l’année précédente a diminué pour la troisième année consécutive.

Les hausses de la valeur des terres agricoles sont habituellement stimulées par des recettes monétaires agricoles vigoureuses combinées à de faibles taux d’intérêt : en 2016, les recettes des cultures au Canada ont progressé de 3,1 % tandis que les taux d’intérêt ont poursuivi leur tendance baissière. Les recettes des cultures risquent de diminuer légèrement en 2017. Cette baisse, conjuguée aux hausses de taux d’intérêt enregistrées en 2017, risque de freiner davantage la croissance de la valeur des terres agricoles.

Répercussion : Les hausses plus modestes entraîneront une harmonisation de la valeur des terres et du revenu agricole, ce qui contribuera à la stabilité du marché.

Mai : Le dernier Recensement de l’agriculture indique une diminution du nombre de fermes et une hausse du nombre de jeunes exploitants

Le nombre total de fermes au Canada a diminué entre 2011 et 2016, mais plus lentement qu’à chacune des quatre dernières périodes de cinq ans. Les exploitants agricoles vieillissent, mais, en 2016, les jeunes producteurs représentaient une part de la population agricole supérieure à celle qu’ils occupaient en 2011. La technologie et les économies d’échelle ont entraîné la fusion de fermes, mais les nouvelles préférences alimentaires des consommateurs se traduisent par l’apparition d’un nombre accru de petites fermes qui s’attachent à fournir des produits alimentaires à valeur ajoutée.

Répercussion : Trois mots : débouché, débouché, débouché.

Juin : Les prix de détail des aliments affichent une faible inflation

Tout au long de l’année 2017, il a été intéressant de suivre l’évolution des prix de détail des aliments. En effet, les prix de détail de nombreux produits alimentaires ont diminué au cours des douze derniers mois. C’est le cas, notamment, de la viande fraîche et de la viande congelée (-0,8 %), des produits laitiers (-0,8 %) et des fruits frais (-0,4 %). Comparativement au taux d’inflation annuel général, qui s’est établi à 1,4 %, les prix des aliments achetés dans les épiceries n’ont grimpé que de 0,6 %. La baisse des prix a assurément contribué à stimuler l’appétit des consommateurs pour les produits alimentaires canadiens.

Répercussion : Même chose qu’en mai.

Juillet : Première hausse de taux d’intérêt au Canada depuis 2010

La Banque du Canada a haussé ton taux directeur deux fois en 2017, soit le 12 juillet et le 6 septembre. L’économie canadienne a affiché une solide performance au cours des six premiers mois de l’année; en effet, au cours des deux premiers trimestres, les taux de croissance annualisés du PIB se sont établis à 0,91 % et à 1,05 % respectivement, ce qui donne à penser que la baisse des cours du pétrole amorcée en 2015 et la diminution de l’investissement des entreprises qui en a résulté sont essentiellement derrière nous.

Répercussion : Une conjoncture où les taux d’intérêt sont à la hausse exige une attention accrue à la gestion du risque financier.

Août : Début de la renégociation de l’ALENA

Il s’agit sans doute de la nouvelle économique la plus importante de 2017.

Le gouvernement des États-Unis a entrepris des discussions visant à modifier les dispositions de l’ALENA, laissant entendre que les États-Unis pourraient même se retirer de l’accord si les signataires n’arrivaient pas à un compromis. Les États-Unis sont depuis longtemps le plus important partenaire commercial du Canada; en 2016, 31 % de nos exportations de produits agricoles (23 % de nos exportations de cultures agricoles et 86 % de nos exportations d’animaux ont été acheminées au sud de la frontière. Les États-Unis sont aussi une destination importante pour les boissons et les produits alimentaires canadiens; ils ont représenté 74 % de l’ensemble de ces exportations en 2016. Toutefois, étant donné que ce dossier n’est toujours pas clos, nous devrons attendre avant de rédiger le dernier chapitre de cette saga.

Répercussion : Hâtez-vous, puis attendez.

Septembre : Léger rebondissement du huard

En septembre, le dollar canadien s’est établi à 0,82 $ US, soit son niveau le plus élevé en 2017. La remontée du huard a commencé en mai, période où le dollar canadien s’échangeait à 0,72 $ US. Il a grimpé de façon régulière à mesure que les taux d’intérêt au Canada ont augmenté. Le huard ne s’est pas apprécié suffisamment pour causer des problèmes en 2017, mais il n’en demeure pas moins que les marges bénéficiaires des producteurs dans de nombreux secteurs agricoles sont avantagées par un huard faible et désavantagées par un huard vigoureux.

Répercussion : Un raffermissement du huard pourrait compromettre la rentabilité en 2018.

Octobre : L’économie des États-Unis tourne à plein régime; la Fed réduit la taille de son bilan 

En octobre 2017, la Réserve fédérale des États-Unis (la Fed) a renversé sa politique d’assouplissement quantitatif, ce qui réduira graduellement la taille de son bilan estimé à 4,5 billions de dollars américains d’actifs; il s’agit d’un des derniers vestiges de la crise financière de 2008 aux États-Unis. En 2008, la Fed avait mis en place des mesures de stimulation monétaire et accéléré la reprise économique en abaissant les taux d’intérêt grâce à une politique d’assouplissement quantitatif.

Si cette décision risque d’entraîner une hausse des taux d’intérêt à long terme aux États-Unis, la croissance de 3 % affichée par l’économie américaine indique que celle-ci est en mesure de surmonter ce défi.

Répercussion : La vigueur observée aux États-Unis est bénéfique pour les exportations canadiennes.

Novembre : L’Inde impose un droit de 50 % sur les exportations canadiennes de pois jaunes

Le droit imposé par l’Inde visait à soutenir les prix intérieurs après une récolte abondante en 2016‑2017 et en prévision d’une récolte tout aussi abondante en 2017‑2018. Le marché a très mal réagi à cette mesure : les prix des pois canadiens et d’autres légumineuses ont chuté. Puis en décembre, le gouvernement indien a imposé un droit sur les lentilles et les pois chiches. Même si la demande à long terme de protéines végétales demeure extrêmement vigoureuse, la superficie consacrée aux légumineuses au Canada en 2018 devrait diminuer. Les marchés des aliments destinés au bétail canadien pourraient aussi s’en ressentir en 2018.

Répercussion : Impact considérable sur les secteurs des cultures et de l’élevage.

Décembre : Le bitcoin atteint un sommet!

Bon, d’accord, je ne pense pas qu’il s’agisse vraiment d’une des tendances les plus importantes de 2017. Je suis plutôt de ceux qui considèrent le bitcoin comme un instrument spéculatif et non comme une monnaie fiable.

Le fait est qu’une monnaie doit être stable. Les négociants n’utiliseront jamais une monnaie instable comme instrument d’échange. Ainsi, même si la technologie sur laquelle reposent les cryptomonnaies est solide et prometteuse, la recherche d’une monnaie à la fois différente et fiable se poursuit.

Répercussion : Aucune. Mais il est amusant d’y réfléchir.

Êtes-vous curieux de savoir quelles grandes tendances économiques influeront sur l’économie canadienne en 2018? Nous en présenterons cinq à partir du 2 janvier. Avez-vous une idée de ce que nous entrevoyons pour l’année qui vient? Pour le savoir, ne manquez pas de consulter notre palmarès. Et non, le Bitcoin n’en fera pas partie.


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais