Connaissances économiques de l’industrie agricole

J’ai eu le plaisir d’assister à l’assemblée annuelle de la Société canadienne d’agroéconomie, qui s’est tenue récemment à Vancouver. C’était une expérience très stimulante que d’entendre des chercheurs de partout au Canada présenter les résultats de leurs recherches en économie sur divers enjeux.

Les sujets abordés étaient très variés et portaient sur tous les aspects de la chaîne d’approvisionnement. Commençons par ceux qui touchent le consommateur. Le professeur John Cranfield, de l’Université de Guelph, s’est demandé quels attributs des produits alimentaires, parmi les suivants, motivaient les consommateurs à payer plus cher leurs produits : le caractère local du produit (mesuré par la distance entre le lieu de production et le point d’achat), le caractère biologique et enfin, le mode de distribution (par exemple, la vente directe effectuée par le producteur). Il a conclu que le consommateur est prêt à payer beaucoup plus pour un produit certifié biologique que pour un produit local. De plus, les modes de mise en marché, en tant qu’attribut du produit mis en valeur, ne font pas partie des attributs qui permettent aux producteurs de toucher de manière significative des revenus plus élevés.

Agriculture et Agroalimentaire Canada a mené une étude sur le marché du travail agricole. Les producteurs agricoles comptent plus que jamais sur une main-d’œuvre salariée. Le travail agricole nécessite également beaucoup plus de compétences qu’avant. On estime que plus du tiers des travailleurs agricoles embauchés sont des travailleurs spécialisés (notamment des gestionnaires ou des spécialistes comme les ouvriers agricoles de l’élevage). Le monde agricole arrive bien à jumeler la formation et les compétences acquises par les étudiants aux qualifications requises dans le marché du travail. Pourtant, on a encore l’impression que l’industrie est aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre compétente. À cet égard, cette pénurie pourrait être avant tout un phénomène local compte tenu de la concentration de la production.

De nombreuses recherches économiques poussées menées au Canada soulignent la complexité grandissante du monde agricole. L’une des principales leçons de l’assemblée est le fait que l’avenir passe par la gestion du savoir. Il y aura toujours des risques associés à cette industrie, mais l’interprétation des données et les mesures prises en y tenant compte sont la clé d’une future réussite.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef