Ne misez pas sur les taux de change pour réussir

Selon la croyance traditionnelle, une devise de valeur moindre est bonne pour les exportations canadiennes. Notre plus récent rapport, Tour du monde des échanges commerciaux de 2015 montre cependant que ce n’est pas toujours vrai.

Quelle est l’importance de la devise?

En théorie, plus notre dollar perd de la valeur, plus les acheteurs se procurent des exportations canadiennes parce qu’elles deviennent moins chères que des produits similaires offerts par d’autres exportateurs. C’est ce qui devrait se passer – et c’est qui se passe – rapidement sur le marché américain, où les exportateurs canadiens ont une position concurrentielle solide, fondée sur des relations de long terme avec les acheteurs des États-Unis.

Toutefois, dans les autres marchés d’exportation, il faut parfois plus de temps pour que les taux de change influent sur les exportations canadiennes, parce que les flux des échanges commerciaux n’y sont pas aussi bien établis. Bien que les acheteurs européens soient plus disposés à acheter des exportations canadiennes lorsque le huard chute, il faudra attendre plus longtemps pour qu’ils s’approvisionnent régulièrement auprès de fournisseurs canadiens et qu’ils signent des contrats.

En outre, même si le dollar canadien faiblit par rapport à la devise d’un importateur, il demeure peut-être plus fort que les devises d’autres pays exportateurs. Par conséquent, les exportations canadiennes ne s’intensifient pas toujours malgré un dollar plus faible.

Considérez la variété des répercussions sur les différents groupes de marchandises

Les exportations de diverses marchandises sont touchées différemment par les variations du taux de change.

Le Canada est un exportateur important de plusieurs marchandises comme le bétail, les oléagineux et les légumineuses. Les répercussions des variations du dollar sont différentes d’un groupe de marchandises à l’autre, parce que chacun a ses propres caractéristiques commerciales. Par exemple, les exportations de bétail se font uniquement vers le marché américain, alors un seul taux de change (CAD/USD) aura des répercussions sur les valeurs des échanges commerciaux canadiens.

Cependant, les autres exportations sont destinées à plusieurs marchés, chacun étant unique. Soixante-et-onze pour cent des produits alimentaires fabriqués au Canada sont exportés aux États-Unis où, à nouveau, les taux de change sont importants pour les valeurs des échanges commerciaux.

Nos exportations agroalimentaires au Japon et au Mexique sont aussi touchées par les variations des taux de change – il faut uniquement plus longtemps pour que les effets se fassent sentir.

D’autres importants marchés d’exportations de produits alimentaires canadiens (l’Europe et la Chine) ne sont pas aussi sensibles au taux de change, mais pour des raisons différentes. La croissance du revenu constatée en Chine est beaucoup plus importante pour la hausse de leurs importations de produits alimentaires exportés du Canada, alors que la demande dans les marchés européens pour des produits de qualité supérieure est moins dictée par les prix.

Les exportations de cultures sont différentes des exportations de bétail ou d’aliments. Nous avons considéré la catégorie globale de cultures, une catégorie de produit hautement diversifiée qui inclut les fruits et les légumes, les oléagineux et les céréales. En raison de la grande variété de marchandises incluse dans la catégorie « cultures », nos exportations sont acheminées à des marchés d’exportations encore plus diversifiés, et seulement 25 % sont destinées aux États-Unis.

L’absence de concentration du marché semble jouer un rôle déterminant dans la sensibilité des importations par chaque marché de cultures canadiennes aux variations du taux de change, surtout au fil du temps.

Sur le plan des affaires, il est bon de comprendre les interactions complexes entre les taux de change sous-jacents, mais uniquement comme une composante dans le cadre d’une stratégie globale. La productivité, l’innovation et de solides relations commerciales contribueront davantage à la prospérité à long terme du Canada en tant qu’exportateur agricole que la valeur de sa devise.


Martha Roberts, spécialiste en recherche économique

Pour en savoir davantage sur les moteurs des exportations canadiennes, regardez la vidéo Taux de change et exportations canadiennes : quel impact? et restez à l’affût de mon prochain billet de blogue concernant la vidéo Marchés émergents et exportations canadiennes : quel impact?