Les consommateurs sont rois! (et quoi faire à cet égard…)

« Les achats alimentaires des consommateurs » étaient le sujet principal d’un événement de la conférence FoodProWest (en anglais seulement), tenue en Colombie-Britannique, où j’ai présenté récemment les perspectives économiques de FAC.

Les préférences alimentaires évoluent et les consommateurs affichent un intérêt renouvelé pour :

  • la santé et la nutrition
  • les régimes excluant certains aliments
  • un choix élargi
  • le côté pratique

Il n’y a pas meilleur moment pour les entreprises de transformation de réfléchir à la création de nouveaux produits. Ceux-ci, comme il fallait s’y attendre, abondent sur le marché canadien de l’alimentation, suivant la multiplication des penchants alimentaires des consommateurs.

Mais si la demande alimentaire est influencée par les goûts, elle est aussi fonction de la démographie et des revenus.

La démographie

Au Canada, les habitudes d’achats d’aliments évoluent sous l’influence directe de l’évolution démographique. D’abord, l’immigration demeure une importante source d’augmentation de la population au Canada. Les immigrants amènent de nouvelles exigences de consommationet contribuent aussi à accroître l’attrait des aliments qu’ils consomment dans de nouveaux segments de marché.

Le vieillissement de la population canadienne est un autre changement démographique qui influe sur la demande des consommateurs.

Statistique Canada estime qu’en janvier 2015, 16 % de la population canadienne était âgée de plus de 65 ans, et que ce groupe d’âge représentera presque un quart de la population en 2034. Le vieillissement entraîne des choix d’aliments différents, notamment une diminution de la consommation de viande et, de façon générale, de l’apport calorique.

Le revenu

Un pouvoir d’achat élevé contribue aussi à faire augmenter la demande.

Le revenu réel disponible des ménages au Canada a progressé de 6,2 % au cours du premier trimestre de 2015. Cet accroissement du revenu favorise des achats de produits alimentaires de grande valeur. De plus, l’inflation demeure extrêmement faible, ce qui fait espérer que les taux d’intérêt demeureront stables et bas pour le reste de 2015.

Étant donné que la demande intérieure devrait demeurer vigoureuse et que la classe moyenne mondiale grandissante est de plus en plus friande des régimes alimentaires occidentaux, le contexte général est propice aux investissements dans le secteur alimentaire.

L’environnement commercial est en pleine évolution

Tout cela semble très prometteur. Toutefois, des préférences alimentaires raffinées ne garantissent pas systématiquement des revenus élevés et stables.

La concurrence pour approvisionner le marché national et les marchés étrangers ne cesse de s’intensifier. Les producteurs canadiens ressentent, et continueront de ressentir, les effets d’un environnement exigeant créé, en partie, par la consolidation. Une grande entreprise de transformation du porc de la Chine a fait l’acquisition de la société américaine Smithfield et est maintenant un géant du marché des protéines animales. La fusion de Kraft et Heinz a aidé la nouvelle société à former la cinquième entreprise alimentaire en importance dans le monde.

Ce qu’il faut retenir…

Toutes ces transformations offrent aux entreprises alimentaires canadiennes l’occasion de mettre à profit les ressources, d’innover et de positionner leurs produits de manière à satisfaire aux attentes des consommateurs.

Les entreprises canadiennes de transformation jouissent d’un avantage concurrentiel en offrant des produits alimentaires de grande valeur et différenciés à des marchés de consommation avisés qui possèdent des moyens financiers. Ces marchés sont maintenant ouverts aux affaires, et ce, tant au Canada qu’à l’étranger.

Pour tirer parti des marchés créés par les changements démographiques, l’accroissement des revenus et l’évolution des exigences des consommateurs, les entreprises doivent définir clairement le marché qu’elles ciblent et déterminer les modes de commercialisation (ventes directes aux consommateurs, alliances, etc.) qu’elles utiliseront pour atteindre les consommateurs.

Elles doivent aussi comprendre que dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire, les consommateurs sont rois.

Jean-Philippe Gervais, Économiste agricole en chef