La Chine : un marché intéressant ou à éviter?

De nombreux observateurs considèrent la Chine comme une zone commerciale attrayante et nous partageons cet avis, si nous nous fions aux perspectives actuelles de croissance de ses marchés agroalimentaires. Cela ne veut pas dire, par contre, que l’avenir économique de ce pays ne compte aucun risque.

En fait, le produit intérieur brut de la Chine (PIB), qui reste encore impressionnant, ne brosse pas un tableau complet de l’économie chinoise.

J’entends souvent dire qu’on minimise les risques lorsqu’on dresse un bilan positif de l’économie de la Chine et qu’une crise financière en Chine (en anglais seulement) aurait d’importantes répercussions négatives sur les marchés mondiaux. La critique prend diverses formes, mais le même argument fondamental revient, à savoir :

La dette de la Chine a progressé à un rythme insoutenable afin de construire des villes, des usines et des infrastructures de transport ultramodernes. L’explosion du crédit est attribuable en partie au financement provenant du secteur bancaire parallèle, secteur qui est peu réglementé. Même les institutions financières de l’État les plus stables voient maintenant leurs portefeuilles fragilisés par des projets d’investissement hautement incertains. Un effondrement du financement parallèle risquerait de déclencher une réaction en chaîne pouvant mener à un resserrement du crédit.

Une telle situation aurait des répercussions fâcheuses sur tous les groupes économiques, y compris les consommateurs.

Un ralentissement de la croissance économique de la Chine est presque inévitable à court terme, peut-être à cause des investissements plus modestes. Et si les observateurs s’entendent pour dire qu’une hausse de la consommation est nécessaire pour remplacer les investissements qui soutenaient les taux de croissance précédents, cette consommation sera étroitement liée aux salaires des travailleurs chinois. Une diminution de la taille de la population active attribuable au vieillissement forcera les entreprises chinoises à accroître leur productivité si elles veulent demeurer concurrentielles. Une contraction de la main-d’œuvre et une hausse de la productivité ont habituellement pour effet de hausser les salaires.

Ce qu’il faut toutefois retenir, c’est que nous nous attendons à ce qu’une transition globale des investissements à la consommation soit favorable aux marchés agroalimentaires. Comme je l’ai mentionné dans un Regard économique FAC récent, nous croyons que les conditions économiques en Chine soutiendront la vigueur de la demande de produits alimentaires. Une diminution des investissements et une augmentation des salaires pourraient entraver le rythme de l’expansion économique mesurée par le PIB, mais celle-ci devrait également s’accompagner d’un accroissement des revenus des ménages.

Au final, les dépenses de consommation des ménages sont ce qui importe vraiment pour soutenir la vigueur des marchés d’exportation de produits agroalimentaires.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef