L’intérêt des cycles en agriculture

L’intérêt des cycles en agriculture

Aperçu

  • La baisse des prix des céréales fourragères est déterminante dans l’amélioration de la rentabilité des exploitations d’élevage à l’échelle du pays.
  • La réduction des marges encourage aussi l’innovation et l’efficience. Chacun cherche des façons de réduire les coûts ou de nouvelles sources de revenus.
  • Les nouvelles technologies, les politiques agricoles, les différends commerciaux et même les conflits politiques peuvent entraîner des variations de l’offre et de la demande.
  • Selon les cycles financiers historiques, les taux d’intérêt ne demeureront pas toujours aussi bas et les prix des terres ne seront pas toujours aussi vigoureux.

Pour des raisons évidentes, les producteurs de céréales trouvent décourageant de voir chuter les prix des céréales par rapport aux niveaux de l’an dernier, mais, selon un grand analyste de marchés et observateur de l’industrie, la phase descendante du cycle du marché des grains a de nombreuses répercussions positives.

La baisse des prix peut améliorer la rentabilité

John DePutter de DePutter Publishing souligne que la baisse des prix des céréales fourragères est déterminante dans l’amélioration de la rentabilité des exploitations d’élevage à l’échelle du pays.

« L’industrie de l’élevage est un client important des producteurs de céréales, indique M. DePutter, à London, en Ontario. Ces deux secteurs doivent être florissants, et celui de l’élevage, en particulier l’élevage bovin, connaît enfin de très bons rendements. »

Les cycles créent des possibilités. C’est là que réside l’intérêt de l’agriculture.

Selon M. DePutter, cette situation apporte aussi son lot de retombées positives pour le secteur céréalier. Si les prix des céréales et des oléagineux étaient toujours élevés et avantageux, qu’ils ne cessaient d’atteindre de nouveaux sommets, qu’en serait-il des prix des terres et des taux de location au comptant? Comment la relève pourrait-elle se lancer en affaires?

La réduction des marges encourage aussi l’innovation et l’efficience. Chacun cherche des façons de réduire les coûts ou de nouvelles sources de revenus. Il en résulte souvent une amélioration des compétences en marketing. À titre d’exemple, mentionnons le soja à identité préservée destiné au marché de l’alimentation humaine. Un nombre croissant de producteurs s’intéressent à des cultures qui peuvent rapporter un prix plus élevé lorsque les rendements se resserrent.

De nombreux analystes parlent d’un nouveau paradigme dans le secteur céréalier, soit la demande mondiale qui va excéder la production alimentaire. Même s’il continue d’envisager l’avenir de l’agriculture d’un œil très optimiste, M. DePutter croit aussi que les débouchés sont peut-être grossièrement exagérés.

« L’incapacité des producteurs de répondre à la demande d’une population croissante est un mythe. Bien entendu, la production et les prix seront très variables, mais en présence d’incitatifs, les producteurs sont capables de produire en quantité largement suffisante. » Lorsque des gens qui n’ont aucun lien avec l’agriculture commencent à vanter celle-ci comme le meilleur secteur dans lequel il faut investir, c’est sans doute signe que le marché a atteint un sommet, ajoute-t-il.

Variations de l’offre et de la demande

Par ailleurs, les fluctuations des prix des produits agricoles sont attribuables à de nombreux facteurs, selon Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef à FAC. Les nouvelles technologies, les politiques agricoles, les différends commerciaux et même les conflits politiques peuvent entraîner des variations de l’offre et de la demande.

« Compte tenu de ces influences, on peut difficilement s’attendre à des cycles réguliers, en particulier sur les marchés des céréales et des oléagineux », note M. Gervais. Les marchés ont tendance à évoluer rapidement de nos jours, ou bien ils traversent de longues périodes de prix forts ou de prix faibles. « Il est crucial d’être prêt à affronter diverses situations. »

Il existe un rapport évident entre la faiblesse actuelle des taux d’intérêt et la hausse de la valeur des terres. Selon les cycles financiers historiques, les taux d’intérêt ne demeureront pas toujours aussi bas et les prix des terres ne seront pas toujours aussi vigoureux.

« Les cycles créent des possibilités, résume M. DePutter. C’est là que réside l’intérêt de l’agriculture. »

Alors, même si personne ne s’attend à ce que les producteurs de céréales se réjouissent de la baisse des prix, il ne faut pas perdre de vue les perspectives plus générales.

Version modifiée d’un article de Kevin Hursh