Les prix du canola demeurent vigoureux malgré la demande réduite d’oléagineux

La forte demande d’oléagineux a fait grimper les recettes agricoles de 4,9 milliards de dollars à 9,3 milliards de dollars entre 2009 et 2018, ce qui représente une hausse de 82 %. Toutefois, la situation est différente en 2019.

Les réserves abondantes de canola, la diminution de la demande mondiale d’oléagineux qui est principalement attribuable à la propagation du virus de la peste porcine africaine (PPA) en Chine et les problèmes d’accès aux marchés ont affaibli le marché du canola. Malgré ces difficultés, les prix du canola demeurent vigoureux. Les fluctuations potentielles de la demande et de l’offre de canola soulignent la nécessité pour les producteurs d’élaborer un solide plan de gestion du risque et de le réexaminer régulièrement.

La production de canola s’est accrue de près de 60 % en dix ans

La demande élevée a incité les producteurs à semer davantage de canola. Au cours des dix dernières années, la superficie ensemencée en canola par les producteurs canadiens a progressé de 38 %. En 2018, les agriculteurs canadiens ont fracassé un record en produisant 21,3 millions de tonnes métriques de canola, soit seulement 3,7 millions de tonnes métriques de moins que la première culture au Canada, le blé (sauf le blé dur).

L’accroissement de la production de canola a été stimulé par la demande intérieure et la demande d’exportation. En 2018, le Canada a exporté 10,8 millions de tonnes métriques de semences de canola, soit 90 % de plus qu’en 2009. Le plus grand marché d’exportation demeure la Chine, qui représente plus de 40 % des exportations totales, soit 4,8 millions de tonnes métriques. Une augmentation considérable de la capacité de trituration du canola au Canada s’est traduite par un accroissement de 124 % de l’utilisation intérieure de canola, qui s’est chiffrée à 9,3 millions de tonnes métriques en 2018, soit 43 % de la production.

La diminution de la demande mondiale d’oléagineux a fait baisser les prix

Le marché du canola a fléchi récemment en raison des stocks abondants conjugués à la diminution de la demande mondiale et aux restrictions à l’accès aux marchés. En Saskatchewan, les prix moyens du canola ont diminué de 14 % par rapport au sommet de 513 $ la tonne métrique atteint en mai 2017 pour s’établir à 438 $ la tonne métrique durant la troisième semaine de mars. Les prix du canola ont chuté d’encore 9 % après que la Chine a révoqué le permis d’exportation d’un deuxième exportateur canadien.

La demande mondiale d’oléagineux dépend en partie de la demande d’aliments pour animaux. Le USDA estime que le virus de la PPA fera diminuer la production porcine de la Chine de 13 %; si l’on tient aussi compte des restrictions à l’accès aux marchés, on pourrait s’attendre à une chute de 40 % (en anglais seulement) des importations de canola au cours de la campagne agricole 2018‑2019. D’autres estimations laissent entrevoir une diminution de 35 % (en anglais seulement) des stocks de porc de la Chine.

Le secteur national de la trituration du canola devrait continuer de tourner à plein régime ou presque. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) prévoit que le volume de trituration demeurera à 9,3 millions de tonnes métriques en 2019, et ce, malgré l’accroissement des approvisionnements mondiaux sur les marchés de l’huile, des semences et du tourteau.

La demande prévue de canola s’annonce plus faible

En plus des préoccupations relatives à l’offre, les conditions sèches qui prévalent dans les provinces des Prairies soulèvent des inquiétudes quant à la production de canola en 2019. Parallèlement, les conditions humides enregistrées dans l’Est du Canada et aux États‑Unis suscitent des préoccupations concernant la production de soya. La perspective d’un resserrement de l’offre permet au marché du canola d’offrir une bonne résistance à la diminution de la demande.

La relation entre les ratios stocks‑utilisation et les prix moyens annuels (Figure 1) indique que les prix actuels du canola devraient être inférieurs de 20 $ à 30 $ par tonne métrique compte tenu des projections d’AAC concernant les stocks et les prix pour 2019‑2020. Le prix moyen prévu est bas, mais les préoccupations liées aux conditions météorologiques continuent de soutenir les prix.

Figure 1. Les prix du canola traduisent une diminution de la demande et des préoccupations possibles concernant l’offre

Les perspectives à long terme de l’industrie canadienne du canola demeurent excellentes malgré les vents contraires à court terme. L’équilibre entre la forte utilisation intérieure et les exportations de canola est un avantage considérable si l’on compare à d’autres produits de base du Canada. La commercialisation de la récolte de 2019 risque toutefois d’être ardue si les conditions météorologiques ou la demande font fluctuer les prix, d’où la nécessité absolue d’adopter une bonne stratégie de commercialisation et de gestion du risque. Surveillez l’état d’avancement de l’ensemencement au Canada et aux États‑Unis, les conditions climatiques ainsi que les changements liés aux possibilités d’exportation.


Craig Klemmer
Économiste agricole principal

Craig Klemmer a commencé sa carrière à FAC en 2009 en tant qu’économiste agricole. Il se spécialise dans la surveillance et l’analyse de l’environnement macroéconomique, la modélisation de l’état de santé de l’industrie et la prestation d’analyses des risques liés à l’industrie. Avant son arrivée à FAC, il a travaillé à la Direction de l’élevage du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan. M. Klemmer est titulaire d’une maîtrise en agroéconomie de l’Université de la Saskatchewan.

@CraigKlemmer