La dette agricole canadienne a augmenté de 7,3 % en 2016 : voici pourquoi ce n’est pas un problème

La dette agricole en cours totale du Canada a continué d’augmenter en 2016, pour atteindre 96 milliards de dollars le 31 décembre. Cela représente une augmentation de 7,3 % par rapport aux niveaux de la dette agricole canadienne observés en 2015, selon Statistique Canada.

Le crédit, qui est la principale source de capitaux de l’agriculture, est essentiel à l’exploitation ou à la croissance d’une entreprise agricole, mais il est aussi financièrement risqué. En dépit du risque accru pour le secteur qui accompagne une hausse de l’endettement, un certain nombre de facteurs viennent atténuer ce risque. Ceux-ci ont aidé à préserver la santé financière de l’agriculture canadienne.

Les coûts d’emprunt sont demeurés faibles

Si la dette a augmenté, les coûts d’emprunt des entreprises — c’est-à-dire les taux d’intérêt — n’ont cessé de diminuer en 2016, ce qui explique en grande partie pourquoi les producteurs ont conservé leur capacité à rembourser leurs dettes, car le revenu agricole global, qui est à la base de la capacité de remboursement de la dette, n’a pas vraiment augmenté en 2016. Les recettes des cultures n’ont enregistré que de modestes gains et les recettes du bétail ont diminué. En 2016, les dépenses d’exploitation agricole ont baissé de 1 % en moyenne. Une légère hausse des revenus et une baisse des dépenses se sont traduites par une augmentation estimée à 4,6 % du revenu monétaire net.

Un solide bilan est également important. En 2016, la valeur des terres agricoles a grimpé en moyenne de 7,9 % partout au pays. La valeur globale de l’actif agricole (qui comprend les bâtiments, les quotas, l’équipement, etc.) a probablement crû plus lentement que la valeur des terres agricoles. La croissance de la dette, combinée à une augmentation plus lente de la valeur de l’actif agricole fera grimper le ratio d’endettement global du secteur, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle. Un faible ratio vous donne la souplesse nécessaire pour prolonger la période de remboursement d’une dette existante en cas de baisse de revenus ou pour emprunter plus d’argent si une occasion se présente.   

Or, comme nous l’avons mentionné dans la série de billets que nous avons publiés en mars sur la santé financière, le ratio d’endettement des fermes canadiennes demeure favorable comparativement aux moyennes historiques. De plus, Agriculture et Agroalimentaire Canada s’attend à ce que le Canada enregistre le quatrième revenu monétaire net le plus élevé de son histoire en 2017.

Comment pouvez-vous protéger votre santé financière?

Testez différents scénarios afin d’évaluer votre situation financière. Attendez-vous à une hausse des taux d’intérêt, quoiqu’à un rythme lent, en particulier si l’économie canadienne se raffermit et si les taux d’intérêt continuent de grimper aux États-Unis. Ceci exercera une pression sur la capacité de remboursement de la dette, car si nous prévoyons que le revenu agricole demeurera vigoureux, il n’augmentera probablement pas au même rythme que celui des dix dernières années. Avec une croissance plus faible des revenus, les fonds de roulementseront aussi sous pression, et c’est votre première ligne de défense lors d’un resserrement des marges.

Au cours des deux prochaines semaines, nous fournirons nos projections de revenus pour différents secteurs dans ce blogue. Les perspectives de l’agriculture canadienne demeurent favorables. C’est le moment idéal de revoir votre planification financière pour assurer votre succès aujourd’hui et dans l’avenir. 


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais