Comment les perspectives contrastées de l'agriculture au Canada et aux États-Unis vous touchent-elles?

Le département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) a fait part de certaines difficultés à soutenir les producteurs américains touchés par l'un des pires ralentissements de l'industrie agricole en plus d'une décennie. Pourtant, les perspectives demeurent positives pour les producteurs canadiens : les recettes monétaires agricoles devraient demeurer assez stables en 2016 et l'agriculture canadienne affiche un excellent bilan.

Étant donné l'intégration étroite des marchés agricoles des États‑Unis et du Canada, comment expliquer ce contraste? Et représente‑t‑il un risque pour les producteurs canadiens?

La faiblesse du taux de change CAD/USD favorise le Canada, mais nuit aux États‑Unis

Le taux de change CAD/USD est actuellement inférieur de 19 % à la moyenne des cinq dernières années. Cette dépréciation fait automatiquement gonfler les prix que les producteurs canadiens reçoivent pour de nombreux produits de base dont les prix sont fixés sur les marchés des États‑Unis, et qui sont ensuite convertis à un taux de change plus favorable.

Par ailleurs, un dollar américain plus fort va habituellement de pair avec  des prix des produits de base plus faibles; en effet, il réduit le pouvoir d'achat des acheteurs sur les marchés internationaux et fait diminuer la demande. Or, la demande de certains produits de base est demeurée étonnamment persistante au cours des 12 derniers mois : les prix du maïs sont demeurés stables et les prix du soja ont même augmenté. Lorsque les prix chutent aux États‑Unis (p. ex., les prix des bovins et du blé), un dollar canadien plus faible offre une certaine protection.

Répercussions des conditions météorologiques

Les conditions météorologiques ont constitué une menace particulière pour l'industrie agricole des États‑Unis. Au Canada, sauf les conditions sèches qui ont nui à une partie de la production des Prairies en 2015, la production agricole canadienne demeure constante; certaines années, elle a même dépassé de beaucoup les cibles annuelles récentes. Toutefois, aux États Unis, cinq années de sécheresse intense ont porté atteinte à la production agricole de la Californie, faisant diminuer les revenus des producteurs.

En 2015, les pertes associées à la sécheresse subies par les producteurs laitiers et les éleveurs de la Californie se sont chiffrées à environ 350 millions de dollars US (soit 2,8 % des revenus) (en anglais seulement). Ces pertes ont été accentuées par la conjoncture mondiale. Juste avant le début de 2015, les cours mondiaux des produits laitiers ont reculé de plus de 30 %. Cette baisse a frappé les États‑Unis, le plus important pays exportateur de produits laitiers, bien plus durement qu'elle n'a touché les producteurs canadiens.

Le Canada semble avoir saisi certaines occasions découlant de cette situation : entre 2006 et 2012, les exportations canadiennes de légumes destinés à la consommation humaine ont augmenté à un rythme annuel moyen de 7,3 %, tandis qu'entre 2012 et 2015, elles se sont accrues à un rythme annuel moyen de 25,9 %.

Les recettes d'exportation canadiennes sont en voie d'augmenter

Parallèlement, la demande internationale de cultures agricoles s'accroît, ce qui offre un avantage incontestable au Canada. En effet, ce dernier est le plus important exportateur de légumineuses et de graines de canola, et en 2015, il a ravi aux États‑Unis le titre de premier exportateur de blé, en partie grâce à l'écart entre le dollar canadien et le dollar américain. Les exportations de légumineuses, en particulier, affichent une croissance impressionnante.

Les coûts des intrants, un autre avantage pour le Canada

De la même façon qu'un huard plus faible fait augmenter les prix que reçoivent les producteurs canadiens, il peut aussi faire augmenter le prix des intrants agricoles qu'ils achètent. Cependant, les intrants utilisés dans les fermes canadiennes ne sont pas tous libellés en dollars américains. Selon Statistique Canada, les prix des intrants agricoles [au Canada] ont reculé de 2,1 % au premier trimestre de 2016. Par comparaison, aux États‑Unis, ils ont augmenté en moyenne de 0,8 % au cours de la même période.

Que pouvez-vous tirer de la situation?

Les perspectives de l'agriculture canadienne demeurent positives au regard de la conjoncture aux États‑Unis. Toutefois, on ne peut jamais prévoir avec certitude l'orientation que prendra le dollar canadien ou les événements météorologiques. De bonnes stratégies de gestion du risque sont indispensables pour affronter un environnement économique qui pourrait être instable au cours des prochains mois.