Est-ce que la faiblesse du huard peut nous protéger contre une chute des prix des produits de base?

Je prévois des prix agricoles légèrement moins élevés en 2016 puisque les stocks mondiaux des produits de base sont en croissance ou déjà excédentaires. Il n'est donc pas surprenant que cette situation ait suscité des préoccupations au sujet de la rentabilité, préoccupations qu'ont d'ailleurs exprimées de nombreuses personnes qui ont participé à des événements de Perspectives agricoles FAC 2016.

J'ai mentionné auparavant que l'un des facteurs économiques les plus importants pour l'agriculture canadienne cette année sera la réduction potentielle des profits à laquelle devront faire face les producteurs.

Les prévisions agricoles du département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) jusqu'en 2025 (en anglais seulement) de la semaine dernière ont confirmé une réduction des prix des produits de base en 2016. Malgré une éventuelle baisse de prix cette année, les producteurs du Canada demeureront rentables, en partie, au moins, grâce à la valeur du dollar canadien. Celui‑ci soutiendra, bien qu'à des degrés divers, tous les secteurs.

  • Les tendances liées au profit dans le secteur de l'élevage seront stables ou légèrement à la baisse comparativement aux sommets inégalés déjà atteints;
  • Les tendances liées au profit dans le secteur des grains et des oléagineux vont varier selon les produits de base.

 

Les profits dans le secteur bovin vont diminuer mais demeureront élevés

En 2016, on s'attend à une réduction des marges dans le secteur bovin – on se rappelle toutefois la rentabilité record du secteur au cours des dernières années. Selon les marchés à terme, la rentabilité des parcs d’engraissement représentera un défi au cours du premier semestre, mais s'accroîtra à mesure que le ratio bovins d'engraissement‑bovins finis se rapprochera de sa moyenne antérieure. Je m'attends à ce que les entreprises d'élevage‑naissage demeurent rentables en 2016, même si elles le seront moins que l'année dernière. Le cours du dollar canadien aidera dans ce cas.

Le secteur du porc fera des profits en 2016

Les profits dans le secteur du porc devraient également être positifs, particulièrement pour les exploitations qui bénéficient d’économies d'échelle ou qui gèrent des frais d'exploitation inférieurs à la moyenne de l'industrie. L'abrogation récente de l'étiquetage du pays d'origine (en anglais seulement) et la faible valeur du huard seront de bon augure pour les exportations du Canada vers les États‑Unis. Ces deux facteurs contribueront aussi à diminuer l'effet de l'expansion des troupeaux aux États‑Unis en 2015.

Les profits relatifs au canola, au blé, au maïs et au soya seront différents

Il y a trois mois, les perspectives liées aux grains et oléagineux n'étaient pas aussi bonnes qu'elles le sont présentement. Le prix du canola a, quant à lui, remonté en raison de l'incidence positive du dollar. Les exportations ont été vigoureuses, et la réduction des stocks a contribué à maintenir les prix. Les stocks disponibles de blé au sein du marché mondial sont élevés, et on s'attend par conséquent à ce que les prix de 2016 soient inférieurs à ceux de 2015. Cela pourrait faire diminuer les marges par rapport à leur moyenne antérieure.

Il est prévu, inversement, que les marges de profit pour le maïs et le soya seront inférieures à leur moyenne quinquennale. Puisque les stocks mondiaux de ces deux produits de base sont élevés et qu’il y a une demande de maïs moins forte pour la production de biocarburant au moment où les prix du pétrole continuent de chuter, les prix aux États‑Unis demeureront inférieurs à leur moyenne quinquennale. La faiblesse du dollar canadien fera en sorte que les niveaux de base demeureront élevés et empêchera les prix de chuter au Canada à un niveau où les profits pourraient devenir négatifs.

Gérer les coûts pour continuer de réaliser des profits

Puisque je crois fermement aux marchés à terme, je m'en tiens au message que j'ai véhiculé à l'occasion des événements Perspectives agricoles FAC 2016 et à ma prévision de marges de profit « stables » ou « légèrement à la baisse » en 2016. La faible valeur du dollar canadien protège les marges de profit même si elle fait augmenter le prix de certains intrants agricoles. Les compétences en gestion agricole demeurent essentielles à la réussite d'une exploitation.