Bilans et états des résultats : les données financières de votre exploitation agricole qu’il vous faut connaître

Vous vous préparez pour une nouvelle année? L’équipe de l’Économie agricole de FAC veut fortifier la santé financière de votre exploitation agricole. Tout au long du mois de mars, nous publierons des billets pour vous aider à situer les données financières de votre exploitation agricole pour 2017 dans un contexte plus large. Nous allons également vous expliquer à quoi les principaux outils financiers peuvent vous servir. Consultez notre blogue chaque semaine pour suivre l’évolution de l’agriculture canadienne et apprendre comment garder une longueur d’avance.

Dans le présent billet, nous examinerons ce que 2017 nous réserve et nous établirons la différence entre l’état des résultats et le bilan de votre exploitation agricole. Ce sont des outils financiers de base importants à maîtriser puisqu’ils orientent vos décisions d’affaires.

L’économie agricole a ralenti en 2016 : qu’en sera-t-il à l’avenir?

En 2016, les prix des produits de base et des intrants agricoles se sont tous deux repliés en raison de l’accroissement plus rapide de l’offre que de la demande sur les marchés mondiaux. Ces baisses de prix et leurs incidences sur les revenus, les dépenses et la rentabilité sont mises en évidence dans le rapport Perspectives agricoles canadiennes 2017 d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), dans lequel le Ministère estime
à 59,1 milliards de dollars le total des recettes agricoles canadiennes pour 2016, soit une diminution de 1 % par rapport à celui de 2015. Les dépenses d’exploitation totales pour 2016 sont estimées à 44,2 milliards de dollars. Le secteur a réalisé un revenu net total (les revenus moins la somme des dépenses d’exploitation et de l’amortissement) de 7,7 milliards de dollars en 2016, soit 7 % de moins que celui de 8,3 milliards de dollars enregistré en 2015, qui témoignait d’une rentabilité record.

Le ministère anticipe que dans l’ensemble, les revenus du secteur agricole canadien demeureront stables en 2017, diminuant de moins de 0,5 % par rapport au niveau estimé pour 2016. Ces revenus seront attribuables à la force soutenue de la demande mondiale d’exportations canadiennes et à la faiblesse persistante du dollar canadien, qui devrait demeurer à environ 0,75 dollar américain en 2017. Le Ministère prévoit que les dépenses d’exploitation totales s’établiront à 45 milliards de dollars en 2017. Il est peu probable qu’elles augmentent trop rapidement puisque les cours du pétrole devraient rester aux environs de 50 dollars américains le baril en 2017, et ce, malgré les restrictions d’approvisionnement pour les principaux engrais.

La stabilité des recettes agricoles doublée de faibles hausses des dépenses explique un résultat net à peu près égal à celui de la moyenne sur cinq ans. Utilisé pour mesurer la rentabilité de l’industrie agricole canadienne sur 12 mois, le revenu net réalisé devrait s’établir à 6,7 milliards de dollars en 2017.

Ce que cela signifie pour vous

Dans l’ensemble, le revenu net total de l’industrie agricole canadienne devrait résister aux différentes pressions du marché tout au long de l’année 2017. Pour explorer plus à fond vos données financières, jetez un coup d’œil à nos perspectives économiques en choisissant le document correspondant à votre secteur : élevage de bétail PDF (295 KB), agroentreprise PDF (940 KB) et céréales et oléagineux PDF(898 KB).

Cette information vous aidera à mieux anticiper les changements que vous pourriez constater dans votre état des résultats pour 2017. Elle vous aidera aussi à déterminer les gains d’efficience requis pour contrebalancer la stagnation des revenus en 2017.

 

Comprendre l’état des résultats de votre entreprise agricole 

L’état des résultats est un résumé des activités commerciales qui se déroulent durant une période donnée, comme les revenus et les dépenses, et qui se soldent par un bénéfice ou une perte. Il est de nature dynamique.

Comment fonctionne l'état des résultats? 

Une éleveuse de bétail comptabilise ses ventes, les variations de la valeur des stocks et la vente d’immobilisations comme des revenus. Elle comptabilise des dépenses au comptant comme les salaires, les aliments pour animaux, les assurances et les intérêts comme des dépenses. Ses dépenses hors caisse comprennent notamment l’amortissement des immobilisations comme le bétail reproducteur.

Les gestionnaires se basent sur l’état des résultats pour évaluer leur efficience opérationnelle et apporter les changements nécessaires (réduire les coûts, par exemple). Ils examinent les gains actuels de l’entreprise et leur fluctuation par rapport à ceux des récentes années. La comparaison de votre état des résultats individuels à la rentabilité attendue pour l’ensemble de l’industrie agricole vous permet de cerner les défis que pourraient rencontrer les partenaires de votre chaîne de valeurs.

Vous voulez prendre de l’expansion? L’état des résultats révélera si votre résultat net augmente au même rythme que votre production. Un état de résultats qui présente un bénéfice net est avantageux lorsque vous discutez de stratégie future avec vos principaux intervenants et vos conseillers financiers.

 

La valeur globale des actifs et l’endettement devraient augmenter en 2017

Les terres constituent habituellement la majorité des actifs agricoles. C’était vrai en 2015 (voir notre rapport Valeur des terres agricoles), lorsqu’elles représentaient les deux tiers de la valeur des actifs agricoles au Canada. Notre analyse laisse entendre que la valeur des terres et des bâtiments agricoles s’est appréciée d’environ 4 % en 2016, poursuivant sa tendance à la hausse des années précédentes, mais à un rythme moins soutenu. La valeur devrait encore progresser de 1 % à 3 % en 2017. Les recettes agricoles, encore une fois supérieures à la moyenne sur cinq ans, devraient entraîner ces hausses de la valeur des terres.

La progression anticipée de cette valeur des actifs agricoles en 2016 et en 2017 explique pourquoi dans son rapport de septembre 2016, FAC a augmenté légèrement ses projections de la dette agricole pour les deux années. Les données qui seront bientôt connues devraient confirmer que l’encours de la dette agricole a augmenté d’environ 7 % en 2016, et devrait augmenter encore de 3 % à 5 % en 2017.

La dette a probablement augmenté plus rapidement que la valeur des actifs en 2016, ce qu’on devrait aussi constater en 2017. Toutefois, la valeur nette (les capitaux propres, c.-à-d. l’actif moins le passif) de l’ensemble de l’industrie agricole canadienne devrait continuer d’augmenter. Le Ministère estime cette augmentation à 4 % aussi bien pour 2016 que 2017. C’est habituellement une bonne nouvelle parce qu’elle témoigne de la résilience et de l’optimisme de l’industrie. Les capitaux propres du secteur agricole canadien ont poursuivi leur croissance en dépit du fléchissement des prix des produits de base, grâce notamment à l’effet modérateur du huard sur les revenus globaux.

J’ajouterais cependant un bémol : la baisse du revenu net total prévue dans l’industrie agricole canadienne en 2017, doublée de la croissance des capitaux propres pour l’ensemble de l’industrie, laisse entrevoir un recul du taux de rendement des capitaux propres en 2017. Il n’y a pas nécessairement lieu de s’inquiéter puisque le contexte actuel de faibles taux d’intérêt est un bon palliatif, mais il faudra certainement surveiller la situation de près.

Pourquoi? Parce qu’un emprunt d’argent implique un risque financier. Une entreprise doit bénéficier d’un taux de rendement des capitaux propres supérieur au taux d’intérêt qu’elle paie sur sa dette.

 

Comprendre le bilan de votre exploitation agricole 

Le bilan d’une entreprise recense son actif (ce qu’elle possède), son passif (ce qu’elle doit) et les capitaux propres de ses propriétaires (la valeur de ses investissements). C’est un instantané des détails de la santé financière d’une entreprise à un moment fixe.

Comment fonctionne un bilan?

L’actif d’une exploitation comprend :

  • L’actif à court terme : l’argent liquide, les produits ou services prépayés (p. ex. taxes, impôts, loyer), les comptes débiteurs (argent qui lui est dû) et les stocks (marchandises destinées à la vente ou biens utilisés pour produire les marchandises) disponibles pour conversion en argent liquide au cours d’un cycle d’exploitation régulier (habituellement 1 an);
  • Les immobilisations corporelles : les ressources nécessaires pour exécuter les activités commerciales à long terme, comme les bâtiments, les terres et l’équipement.

Le passif d’une exploitation comprend : 

  • Le passif à court terme : les sommes utilisées pour l’achat à crédit des stocks, des fournitures et de l’équipement et qui devront être remboursées au cours du prochain cycle d’exploitation;
  • Le passif à long terme : l’hypothèque et les prêts à long terme obtenus auprès d’institutions financières.

Les capitaux propres (ou valeur nette) des propriétaires correspondent à la valeur de leurs investissements dans l’entreprise.

 

Les gestionnaires se basent sur le bilan et l’état des résultats pour évaluer les quatre composantes du rendement financier :

  1. La rentabilité (mesure la capacité de l’entreprise à générer un rendement sur les capitaux propres)
  2. La liquidité (mesure la capacité de l’entreprise à respecter ses obligations financières à court terme)
  3. La solvabilité (mesure la capacité de l’entreprise à rembourser sa dette à long terme)
  4. L’efficience (mesure la compétitivité d’une entreprise)

Suivez-nous au cours des prochaines semaines, alors que nous expliquerons plus en détail ces outils de planification financière. Ils aideront votre entreprise à demeurer rentable même dans les périodes difficiles.

Écoutez Jean-Philippe Gervais expliquer comment le bilan et l’état des résultats de votre exploitation contribuent à votre réussite financière.