Tour d’horizon et perspectives du secteur canadien du porc

Baisse de la production de porc au Canada

Les troupeaux canadiens de truies et de porcs sont en régression depuis les 10 dernières années. En 2014, le Canada a produit environ 25 millions de porcs. Ce résultat était légèrement inférieur à la production de 2013, et était inférieur d’environ 6 % à la moyenne quinquennale.

À la fin de 2014, le troupeau de truies affichait une légère hausse par rapport à l’année précédente, ce qui s’expliquait principalement par les marges bénéficiaires plus avantageuses que celles de 2013. Les prix dans ce secteur ont atteint des records en juillet 2014 en raison de la faiblesse des stocks attribuable au virus de la diarrhée épidémique porcine (DEP) aux États-Unis.

Le rapport de mars du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) sur le secteur porcin indique que les stocks de porcs ont augmenté de 7 % et que le troupeau reproducteur s’est accru de 2 % sur douze mois. Les prix des porcs ont chuté de façon marquée sous l’effet de l’accroissement récent des stocks. Dans ce contexte, les porcs canadiens exportés au sud de la frontière risquent de subir plus de pression que l’an dernier, et les prix devraient se stabiliser au cours des prochains mois.

Quels changements les nouveaux codes de pratique entraîneront-ils sur le plan de la rentabilité?

La production industrielle de porcs est confrontée aux préoccupations croissantes des consommateurs à l’égard du bien-être des animaux d’élevage. Les grands détaillants internationaux partagent ces préoccupations et beaucoup ont annoncé de nouvelles lignes directrices à l’intention des fournisseurs de porc. 

Ces préoccupations ont conduit à l’élaboration du Code de pratiques pour le soin et la manipulation des porcs (2014) au Canada. Ce code oblige les éleveurs à doter les nouvelles porcheries de systèmes de logement en groupe, ce qui représente un coût estimatif de 2 500 $ à 3 000 $ par truie, ou à réaménager les porcheries existantes d’ici 2024. Les coûts du réaménagement dépendront de la taille des exploitations, mais selon certaines estimations de l’industrie, il en coûtera environ 700 $ par truie pour remplacer les enclos individuels par des systèmes de logement en groupe pour un troupeau normal de 1 200 truies.

Si certaines études indiquent que les consommateurs sont prêts à payer le coût lié au renforcement du bien-être des animaux, il est trop tôt pour évaluer l’incidence que cela aura sur la rentabilité. Les grandes exploitations seront mieux placées que les petits éleveurs et les producteurs indépendants pour absorber les coûts supplémentaires. Et on prévoit que ce ne sera pas le dernier changement aux codes; en effet, c’est un changement distinct apporté au Code de pratiques dans les années 1980 qui a entraîné le passage du logement en groupe aux enclos individuels.

L’accroissement de la consommation et des exportations mondiales crée des débouchés

Le Canada exporte plus de porcs vivants que tout autre pays et devrait être le sixième producteur en importance au monde en 2015. Nous sommes aussi un important fournisseur de viande de porc sur le marché mondial.

La consommation mondiale de porc devrait continuer de croître à un rythme de 11 % entre 2014 et 2023. Cette hausse sera en grande partie attribuable aux économies émergentes comme la Chine, le Vietnam et le Brésil. La consommation et les importations de porc aux États-Unis devraient croître respectivement de 13 % et 12 % au cours des 10 prochaines années. Comme il est de plus en plus probable que les consommateurs et certains pays refusent d’acheter du porc issu de systèmes qui utilisent des antibiotiques ou des méthodes controversées au chapitre du bien-être animal, les éleveurs canadiens devront peut-être envisager différentes options.

Le secteur canadien du porc doit évaluer les risques d’être devancé par d’autres exportateurs internationaux. L’adaptation aux nouvelles réalités entraînera des coûts pour les producteurs, mais la perte de parts de marché dans ce marché mondial en pleine croissance les désavantagerait également. Les marchés ne sont pas tous égaux : certains sont instables mais offrent des prix élevés, alors que d’autres sont stables mais offrent des marges de profit plus étroites.

Pour profiter des débouchés et prospérer malgré la concurrence mondiale, le secteur canadien doit absolument prévoir les défis qui l’attendent et déployer des efforts acharnés pour apporter des solutions.

Joe Chen, Économiste agricole-stagiaire