Déboulonner les mythes agricoles

En guise de clin d’œil au poisson d’avril, l’équipe de la Tribune déboulonne trois mythes concernant l’agriculture canadienne.

L’accaparement des terres agricoles canadiennes

Mythe : Les sociétés de placement, et les sociétés qu’elles représentent, arrachent les terres agricoles aux producteurs.

Réalité : La Fédération canadienne de l’agriculture a récemment suggéré (vidéo en anglais seulement) que des 160 millions d’acres de terres agricoles canadiennes, moins de 500 000 acres peuvent être considérées comme des « investissements financiers ». C’est donc que les terres agricoles restent entre les mains et sous les pieds des producteurs. L’intérêt pour les terres agricoles de la part d’acheteurs non traditionnels constitue certainement une tendance nouvelle, mais les prix des terres agricoles sont principalement déterminés par des transactions entre producteurs agricoles et non entre investisseurs. La nuance à apporter est que si, pour l’essentiel, les fermes canadiennes demeurent des fermes familiales, un nombre croissant de familles se constituent en société.

Mais où sont donc passés les jeunes?

Mythe : Les personnes oeuvrant dans l’industrie agricole canadienne prennent de l’âge, et il manque une masse critique de jeunes agriculteurs pour soutenir un secteur agricole florissant. En 2011, pour la première fois, les exploitants agricoles âgés de 55 ans et plus formaient le groupe d’âge le plus important avec 48 % par rapport à 32 % en 1991.

Réalité : Le nombre de fermes diminue globalement alors que l’industrie connaît une croissance. En fait, dans les deux dernières périodes de recensement agricole, les producteurs les plus jeunes constituent une plus grande proportion de nouveaux venus que de producteurs qui quittent l’industrie. Comme on peut s’y attendre, les producteurs les plus âgés sont plus susceptibles de quitter l’industrie que d’y entrer.  Dans le contexte actuel de regroupement des exploitations agricoles, il n’est pas surprenant que les taux généraux de départ soient supérieurs aux taux généraux d’entrée. Toutefois, le constat selon lequel les jeunes producteurs qui font leurs débuts sont plus nombreux qui ceux qui quittent l’industrie laisse entrevoir des perspectives positives pour l’industrie ainsi qu’un avenir empreint d’innovation et d’esprit d’entreprise.

Le secteur canadien de la fabrication de produits alimentaires n’est pas concurrentiel

Mythe : Face à un déficit commercial de 6,8 milliards de dollars, les fabricants de produits alimentaires canadiens sont au bord du gouffre.

Réalité : Ce déficit commercial est réel et il faut y prêter attention. Mais ce n’est qu’une facette du secteur de la fabrication de produits alimentaires. D’après une étude récente de KPMG, les fabricants de produits alimentaires canadiens se comparent avantageusement à ceux d’autres pays du G7 sur le plan des coûts d’exploitation. En outre, les petites et moyennes usines qui prédominent au Canada ont fait l’objet de plus d’investissements et ont ouvert en plus grand nombre que les grandes usines de 2006 à 2014, ce qui a contribué à stimuler l’innovation aux chapitres des processus et des nouveaux produits alimentaires.  

 

Martha Roberts, spécialiste en recherche économique