Les marchés agricoles doivent relativiser l'importance du tumulte économique en Chine

Chronique économique FAC

Aperçu

  • Des signes clairs montrent que l'économie de la Chine est en train de ralentir. La dépréciation soudaine de 4,6 % du renminbi a été la baisse la plus forte en 20 ans.
  • La valeur de la monnaie chinoise n'est peut-être pas la donnée la plus utile pour évaluer l'état de santé des marchés agricoles.
  • La Chine est un grand importateur de soja, de porc et de poudre de lait écrémé. Elle a un poids considérable sur le marché mondial.
  • On apprenait récemment que la Chine liquidait son troupeau de vaches, ce qui est une bonne nouvelle pour les pays exportateurs comme le Canada.

Les mises à jour économiques et financières émanant de la Chine suscitent l'appréhension ces jours‑ci. En effet, des signes clairs montrent que l'économie de la Chine est en train de ralentir. Le premier signe a été la dépréciation soudaine de 4,6 % de la monnaie chinoise (le renminbi, ou RMB) par rapport au dollar américain, en août. Il s'agissait de la baisse la plus forte en 20 ans.

Logiquement, on pourrait penser qu'une monnaie plus faible ferait augmenter les prix des produits de base libellés en dollars américains, ce qui entraînerait une diminution de la demande et, ultimement, une baisse des prix pour les producteurs agricoles canadiens.

« La valeur de la monnaie chinoise ne devrait pas être la principale préoccupation des producteurs agricoles et des agroentrepreneurs. Après tout, la dépréciation de l'euro et du yen japonais a été beaucoup plus marquée et prolongée, et l'Europe et le Japon sont des marchés importants pour l'agriculture canadienne. »

Cependant, la valeur de la monnaie chinoise est‑elle la donnée la plus utile pour évaluer l'état de santé des marchés agricoles? Et le produit intérieur brut (PIB)? Et sinon, quelles sont les autres options?

La Chine importe 64 % de tout le soja commercialisé dans le monde. Elle importe aussi 10 % de tout le porc et 13 % de toute la poudre de lait écrémé. Ce pays a donc un poids considérable sur le marché mondial.

Le ralentissement économique doit être mis en contexte

Officiellement, l'économie chinoise a progressé à un rythme annuel de 7 % au cours de la première moitié de 2015. Les statistiques publiées par la Chine ont toujours suscité un certain scepticisme; malgré tout, le taux de croissance actuel semble correspondre à la cible du gouvernement.

Certains signes indiquent qu'un ralentissement important se produira à mesure que l'économie se distancera du modèle axé sur les investissements, entre autres dans la construction et le développement des infrastructures. L'ironie en ce qui a trait à la dépréciation de la monnaie chinoise est que les exportations nettes n'ont pas beaucoup contribué à la croissance économique ces dernières années, du moins pas autant que les investissements. Ces derniers ont représenté, en moyenne, plus de 50 % de la croissance du PIB de la Chine au cours de la  dernière décennie.

La diminution des investissements affaiblit la demande de matériaux et de produits de base. Toutefois, elle influe principalement sur la demande de matières premières, et pas nécessairement sur la demande de produits alimentaires et agricoles. Sauf si les consommateurs commencent à ressentir les effets du ralentissement.

Le marché du travail demeure vigoureux, du moins, selon les chiffres officiels. Le chômage demeure bas. En juillet, le revenu des consommateurs s'est accru de 11 % par rapport à juillet 2014. Des pressions à la hausse continuent de s'exercer sur les salaires en raison du déclin de la population active (c'est‑à‑dire les travailleurs âgés de 15 à 59 ans). Malgré tout, la population totale de la Chine augmente. Ce facteur, conjugué à l'accroissement des revenus, stimule la demande alimentaire.

La demande de produits agricoles demeure élevée

Dans son dernier rapport sur la situation de l'offre et de la demande mondiales, le département de l'Agriculture des États‑Unis (USDA) a révisé à la hausse ses projections concernant les importations chinoises de soja pour l'année commerciale 2015‑2016.

La demande sous‑jacente d'oléagineux semble vigoureuse. La liquidation du troupeau de vaches se poursuit en Chine : les statistiques les plus récentes indiquent un déclin de 15 % sur douze mois. Cela suscite un optimisme pour le marché du porc et a un effet positif pour les pays exportateurs comme le Canada.

Le Conseil international des céréales a laissé entendre récemment (en anglais seulement) que des changements aux politiques sont à prévoir sur le marché de grains de la Chine. La réduction du soutien des prix du maïs en Chine déclencherait peut‑être un raffermissement de la demande de maïs. D'ailleurs, les importations chinoises de maïs ont augmenté pour un quatrième mois consécutif en juin.

La restructuration de l'économie chinoise devrait entraîner une intensification de la volatilité

L'économie chinoise n'est pas dénuée de risques. Les plus grandes menaces pour la stabilité de l'économie de la Chine sont le niveau d'endettement et les pressions déflationnistes actuelles. Lorsque les prix diminuent dans l'ensemble de l'économie, les niveaux d'endettement ne s'ajustent pas proportionnellement, ce qui peut entraîner des perturbations majeures qui auraient de lourdes conséquences.

La valeur de la monnaie chinoise ne devrait pas être la principale préoccupation des producteurs agricoles et des agroentrepreneurs. Après tout, la dépréciation de l'euro et du yen japonais a été beaucoup plus marquée et prolongée, et l'Europe et le Japon sont des marchés importants pour l'agriculture canadienne.

Les indicateurs de base du marché comme la vigueur de la demande et les stocks disponibles devraient demeurer au centre des préoccupations. L'économie chinoise continuera à ralentir et la monnaie de la Chine poursuivra sans doute sa descente par rapport au dollar américain. Ce serait d'ailleurs une évolution positive en général pour les marchés agricoles en ce sens que les forces économiques de la Chine finiraient par s'équilibrer. Cependant, la route risque d'être cahoteuse, alors nous ferions bien de nous préparer à affronter une certaine volatilité.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef

Saviez-vous que nous offrons des événements d'apprentissage sur ce genre de sujets partout au Canada? Trouvez un événement près de chez vous.