Perspectives positives sur toute l’année 2018 pour le secteur canadien de la transformation alimentaire

L’équipe de l’Économie agricole de FAC jette un regard de mi-année sur nos perspectives de janvier 2018. Au cours du mois de juillet, nous mettrons à jour nos attentes au sujet de la rentabilité dans six secteurs agricoles canadiens (cultures Est et Ouest, porcs, bovins, lait et transformation alimentaire). Nous décrirons ce qui s’est produit en 2018 jusqu’ici et ce que nous croyons que vous devriez surveiller au cours des six prochains mois.

Le secteur canadien de la transformation alimentaire s’est avéré généralement rentable au premier semestre de 2018, comme nous l’avions prévu en janvier. Son produit intérieur brut (PIB) a progressé de 4,5 % entre mai 2017 et avril 2018. Cette croissance a été plus lente que celle de l’année précédente, mais elle reste impressionnante. La croissance vigoureuse du PIB du secteur de la fabrication de produits alimentaires devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année et soutenir la rentabilité du secteur de la transformation alimentaire au deuxième semestre.

La concurrence entre plusieurs détaillants a continué de limiter l’inflation des prix des aliments au détail dans le pays au premier semestre, comme on s’y attendait. De nombreux produits alimentaires (pâtes, bœuf frais et congelé, jambon, bacon, pain et beurre, etc.) ont connu des baisses de prix, ce qui a permis de ramener à 1,0 % la montée générale des prix des aliments au détail entre mai 2017 et mai 2018.

Même si elle a contribué à accroître la demande des consommateurs, la faible inflation des prix alimentaires a également poussé les détaillants à répercuter les prix plus bas sur les transformateurs, ce qui a exercé des pressions sur les marges du secteur de la fabrication entre janvier et juin. Au premier semestre, les prix moins élevés des matières brutes comme le bétail, certaines céréales et certains oléagineux par rapport à l’année dernière ont allégé ces pressions.

Dans l’ensemble, les prix du bétail, des céréales et des oléagineux, qui devraient généralement demeurer plus faibles au deuxième semestre de 2018, vont continuer de soutenir la rentabilité du secteur de la transformation. Les tensions commerciales entre les États-Unis et ses principaux partenaires pourraient exercer des pressions à la baisse sur les prix des produits de base, tout comme l’accroissement anticipé de l’offre de bétail et de cultures sur le marché américain en 2018.

L’une des plus importantes tensions inflationnistes sur les coûts des transformateurs est sans doute le coût de la main-d’œuvre. Le marché du travail est robuste en ce moment au Canada. Le taux de chômage national s’est maintenu à 5,8 % entre février et mai, soit le taux le plus faible enregistré depuis 2007. Au début de 2018, les salaires versés par les fabricants de produits alimentaires n’avaient pas augmenté aussi rapidement que l’ensemble des salaires sur douze mois, mais leur croissance s’est accélérée depuis. Cette tendance devrait se poursuivre au deuxième semestre de 2018 en raison de la vigueur de l’économie canadienne.

On estime qu’aux États-Unis, la croissance globale du PIB a dépassé les 4 % au deuxième trimestre de 2018. Cette performance économique marquée devrait favoriser la demande de produits alimentaires canadiens et accélérer le rythme actuel des exportations canadiennes vers les États-Unis. Les exportations records des transformateurs alimentaires canadiens en 2017 n’ont chuté que de 0,7 % sur douze mois en juin, mais la croissance forte et soutenue chez nos voisins du Sud pourrait stimuler les exportations au deuxième semestre et contrebalancer le rythme plus lent enregistré au cours des six premiers mois de l’année 2018.

Les transformateurs alimentaires canadiens pourraient voir émerger de nouveaux débouchés à l’exportation au-delà du marché américain. Dans le contexte actuel de tensions commerciales, qui a donné lieu à l’imposition de tarifs douaniers sur de nombreux produits américains, les marchés étrangers seront en quête d’importations à des prix plus compétitifs en provenance de fournisseurs d’autres pays que les États-Unis. La Chine, le Mexique et l’Union européenne sont des marchés particulièrement attractifs dans l’actuel contexte commercial international.

Les tensions commerciales venues des États-Unis pourraient favoriser l’émergence de nouveaux débouchés à l’exportation en dehors de l’Amérique du Nord pour les transformateurs alimentaires canadiens.

Les taux d’intérêt augmentent lentement alors que le huard oscille autour de 0,78 $ US

Les forces du marché mondial ont largement contribué à la compétitivité et à la rentabilité des secteurs agricoles canadiens en 2018 jusqu’ici, de même que plusieurs facteurs macroéconomiques – et bien que nos prévisions en janvier n’aient pas toutes été exactes, elles ont aidé à expliquer ces tendances.

Notre prévision en janvier d’un huard à 0,78 $ US était exacte jusqu’à la mi-juin (voir l’illustration). Mais l’économie canadienne est dépendante de la vigueur des secteurs d’exportation. Les tensions commerciales, qui exercent actuellement une pression à la baisse sur le dollar canadien, pourraient faire baisser le huard sous la moyenne de 0,78 $ prévue pour 2018.

Sources : Banque du Canada, Bloomberg

Nous avons toutefois sous-estimé la vigueur de l’économie mondiale et la robustesse de la demande mondiale de pétrole qui en a découlé : malgré la hausse de la production pétrolière aux États-Unis, le prix du pétrole brut de la West Texas Intermediate (WTI) s’est établi en moyenne à environ 65 $ US, soit beaucoup plus que notre projection initiale de 55 $ US.

La Banque du Canada a révisé ses projections relatives à la croissance économique du Canada pour 2018 depuis nos perspectives de janvier. La Banque prévoit un taux de croissance plus lent, mais que l’économie fonctionnera presque à plein régime cette année. Les pressions inflationnistes persisteront, soit plus élevées que notre prévision de 2,0 %, ce qui correspond à la cible médiane de la Banque.

Nous avons aussi anticipé de façon précise les taux à court terme plus élevés aux États-Unis et au Canada qui ont fait augmenter les rendements des obligations. Le taux moyen de 5 ans fixe sur les hypothèques a grimpé de 35 points de base au cours des six premiers mois de 2018, conformément à notre prévision d’une progression annuelle d’environ 75 points de base.

Après des hausses du taux de financement à un jour en janvier et juillet (de 25 pdb chaque), les marchés financiers s’attendent à ce que la Banque du Canada l’augmente une fois de plus avant la fin de 2018. Nous croyons toutefois qu’un environnement commercial mondial incertain conjugué à une conjoncture périlleuse pourrait nuire à la capacité de la Banque du Canada de hausser une fois de plus le taux directeur.

Facteurs à surveiller

  • La capacité en déclin du huard à s’apprécier dans les six derniers mois de l’année. Un dollar plus faible peut aider à contrebalancer la pression à la baisse sur les marges des transformateurs. Le moment pourrait s’avérer particulièrement opportun cette année compte tenu des tensions commerciales avec les États-Unis qui créent un climat d’incertitude.
  • La vigueur continue de l’économie américaine.
  • Un environnement commercial mondial incertain jusqu’à la fin de 2018 :
    • Les discussions dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivront (sans date de fin déterminée).
    • La pleine ratification de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) est en cours.
    • La mise en œuvre complète de l’Accord économique et commercial global (AECG) est conditionnelle à sa ratification par les membres de l’UE.
Martha Roberts
Spécialiste en recherche économique

Martha Roberts est une spécialiste en recherche qui étudie le rendement économique et les facteurs de réussite pour les producteurs agricoles et les agroentreprises. Mme Roberts compte 20 années d’expérience dans la réalisation de recherches qualitatives et quantitatives et la communication des résultats à divers publics. Elle est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université Queen’s située à Kingston en Ontario.

@MJaneRoberts

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