Fusion de Heinz et de Kraft – Qu’est-ce que cela signifie pour les transformateurs canadiens de produits alimentaires?

La récente fusion de Kraft et de Heinz, d’une valeur approximative de 40 milliards de dollars, a attiré l’attention des transformateurs de produits alimentaires de partout. Elle entraîne des répercussions à profusion dans le nouveau paysage concurrentiel de la transformation des aliments.

La nouvelle société Kraft-Heinz aura un revenu annuel combiné d’environ 28 milliards de dollars. Ce sera le troisième fabricant de produits alimentaires en importance en Amérique du Nord et le cinquième au monde. La fusion aura clairement des répercussions sur l’avenir de l’industrie canadienne de la fabrication de produits alimentaires.

Deux grandes tendances en matière de consommation alimentaire

  • Les consommateurs à faible revenu semblent moins dépenser sur des produits de marque, ce qui n’est pas surprenant si l’on considère qu’aux États-Unis, le revenu médian des ménages (ajusté pour l’inflation) était encore plus faible à la fin de 2014 qu’il l’était au début de 2007.

La fusion impose une efficience dans les installations de transformation des aliments à grande échelle

Devant de tels changements dans les habitudes des consommateurs, pourquoi les investisseurs parieraient-ils sur l’avenir de marques comme Heinz-Kraft? Est-il à prévoir que la société nouvellement formée fasse de grandes innovations et s’éloigne des aliments transformés pour s’aventurer dans des segments plus prometteurs comme les aliments naturels ou frais?

Cela serait sous-estimer la puissance des acheteurs.

La transaction est financée par 3G Capital, avec le soutien du conglomérat de Warren Buffet. C’est le même groupe-société mère qui a acheté Burger King en 2010 et en a orchestré la fusion avec Tim Hortons en 2014. Aussi,le groupe a-t-il acheté Heinz il y a deux ans.

Les propriétaires majoritaires de la nouvelle société Heinz-Kraft ont de solides antécédents en fait de réduction des coûts et de gains d’efficience. Les résultats ont vite suivi l’achat de Heinz. Ils ont réussi à augmenter les marges d’exploitation, les faisant passer de 18 à 26 % (par rapport aux ventes nettes). Pour la transaction actuelle, il est estimé que des économies d’environ 1,7 milliard de dollars par année seraient réalisées d’ici la fin de 2017.

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Tout ceci signifiera une concurrence encore plus féroce pour les segments de marché des produits transformés qui sont hautement banalisés (les pâtes, par exemple). Le grand transformateur de produits alimentaires avec des marques reconnaissables pourra exercer son emprise sur le marché et réduire ses coûts de production.

La transformation de produits à valeur élevée sera un secteur prometteur

Toutefois, les plus petits transformateurs de produits alimentaires ne seront pas laissés pour compte. Leur avenir semble plus brillant dans les segments qui offrent des produits alimentaires dont la valeur est élevée. C’est peut-être là où de nombreuses entreprises alimentaires possèdent un avantage concurrentiel naturel. En ayant une gestion allégée et en étant novatrices, les entreprises peuvent être à l’écoute des besoins des consommateurs et personnaliser leurs produits en conséquence.

Pourtant, le succès de marchés à créneaux ou de produits à valeur élevée n’est pas gagné d’avance. La concurrence à un niveau du marché trouve toujours le moyen d’imposer des gains d’efficience à toute la chaine d’approvisionnement.

Enfin, fait à noter pour les acteurs des marchés à créneaux ou de produits à valeur élevée : non seulement le marché continue de croître pour les transformateurs canadiens de produits alimentaires, mais la concurrence mondiale aussi.

 

Jean-Philippe Gervais, Économiste agricole en chef