Valeur des terres agricoles canadiennes : les chiffres ont-ils du sens?

FAC a publié lundi son rapport annuel Valeur des terres agricoles. La valeur moyenne des terres agricoles au pays a connu une hausse de 14 % en 2014. Il s'agit d'une hausse inférieure à celle observée dans le rapport de l’an dernier, soit 22 %; mais c'est néanmoins une appréciation très importante. Les tendances liées à la valeur des terres agricoles diffèrent à la grandeur du pays. Alors que la valeur des terres agricoles en Colombie-Britannique a affiché une augmentation moyenne de 4 %, la Saskatchewan a enregistré une hausse moyenne de 19 % et l'Ontario de 12 %. 

Si l'on tient compte des augmentations importantes publiées au cours des trois dernières années, serait-il possible que les terres agricoles soient surévaluées? Le concept d'évaluation « juste » est difficile à cerner. Mais les économistes disposent de quelques outils pour orienter la réflexion sur le sujet.

Le ratio représentant le prix des terres agricoles par rapport aux recettes de cultures est l’un de ces outils. Il mesure la valeur marchande d'une terre agricole pour chaque dollar de recettes de cultures. Cependant, il n'y a pas de chiffres magiques pour ce ratio. L'optimisme entourant l'éventuelle croissance de la productivité des cultures, la pression urbaine à l'égard des terres, pour ne nommer que ces facteurs, vont donner des ratios qui sont différents d’une province à l’autre. Bien que nous n’ayons pas de certitude quant à ce que serait un ratio idéal, nous pouvons revenir en arrière pour savoir ce qu'a été ce ratio antérieurement; cela nous permet de mieux comprendre l'évaluation actuelle des terres agricoles.

Prenons les terres agricoles en Saskatchewan. Il y a eu une appréciation rapide de leur valeur au cours des dernières années. En fait, FAC a publié des hausses moyennes de 20 %, 29 % et 19 % de 2012 à 2014, respectivement. Si nous jumelons ces augmentations de prix à la vigueur des recettes de cultures, nous constatons qu'elles ne sont pas incompatibles avec les prix observés au cours des 45 dernières années. Le ratio prix-recettes de 2014 s'élève à 5,8, alors que la moyenne des ratios entre 1971 et 2014 a été de 5,4. En d'autres mots, malgré les fortes hausses de prix observées dernièrement, les données antérieures laissent entendre que les terres agricoles de la Saskatchewan ne sont pas surévaluées, si l’on tient compte de la vigueur récente des recettes de cultures.

La situation en Ontario est cependant différente. Le ratio du prix des terres agricoles par rapport aux recettes de cultures était de 19,1 en 2014, ce qui est supérieur à la moyenne de longue période de 12,4. Des résultats comme ceux-ci donnent matière à réflexion. La faiblesse actuelle des taux d'intérêt peut contribuer à expliquer l'évaluation élevée par rapport aux recettes de cultures. Un ratio prix-recettes plus élevé peut être justifié par la croissance prévue dans le domaine de l'agriculture.

Le fait de faire de grandes généralisations en se fondant sur une seule mesure financière n'est certainement pas une stratégie judicieuse. Il se peut que les évaluations du marché aient dépassé les valeurs économiques réelles dans certaines régions très précises. Dans quelques-unes des régions où les terres sont les plus dispendieuses, nous ne pouvons éliminer la possibilité que la valeur des terres agricoles ait atteint un sommet et que le marché puisse ralentir ou reculer à l'avenir, un peu comme ce qui s'est produit récemment aux États-Unis.

Les marges de profits des exploitations de céréales et d'oléagineux pourraient continuer d'être inférieures à la moyenne de cinq ans. Mais il est prévu que les taux d'intérêt demeurent bas, et la faiblesse du dollar canadien contribue à maintenir d'excellentes recettes. S'ils font une bonne planification financière et déploient des efforts pour accroître leur efficience, les producteurs de cultures devraient pouvoir envisager l'avenir avec optimisme et investir en faisant preuve d'un bon jugement en affaires.

Jean-Philippe Gervais, Économiste agricole en chef