6,8 milliards… c’est beaucoup

« 6,8 milliards » est un très gros nombre, n’est-ce pas? Dans le domaine agroalimentaire, ce nombre représente l’énorme déficit commercial qu’accuse maintenant le Canada dans les secteurs des produits alimentaires de deuxième et de troisième transformation.

Cela dit, un chiffre n’explique pas tout. Un déficit de 6,8 milliards est peut-être énorme, mais ce chiffre ne représente pas la situation du secteur global de la fabrication de produits alimentaires.

Le secteur canadien de la transformation des aliments : une tout autre histoire
Pour de nombreuses entreprises canadiennes de transformation des aliments, il est vain d’essayer de rivaliser avec les géants de l’exportation qui fournissent une multitude de biens à de grands marchés. Les transformateurs canadiens mettent plutôt l’accent sur la segmentation et les préférences des consommateurs, desservant des marchés plus petits qui sont souvent négligés par la production de masse. La production canadienne plus modeste peut être plus flexible, s’adapter rapidement aux besoins en évolution des consommateurs, expérimenter et mettre au point des produits novateurs.

En ce sens, une balance commerciale, quelle que soit la taille, ne dit pas tout sur la rentabilité.

La rentabilité du secteur canadien de la fabrication des produits alimentaires, qui est étroitement intégré au système agricole et agroalimentaire des États-Unis, dépend de l’utilisation efficace de la main-d’œuvre et de la logistique. David Sparling a souligné les façons dont la restructuration et la consolidation des entreprises alimentaires canadiennes, entre 2006 et 2014, ont contribué à accroître la rentabilité. Au cours de cette période, ce sont les entreprises autres que multinationales qui ont effectué le plus grand nombre d’ouvertures d’usines et d’investissements.

Le secteur des produits alimentaires de deuxième transformation n’est qu’un élément de l’équation
Si l’on examine uniquement la valeur globale des échanges de produits alimentaires de deuxième transformation, on a l’impression que le secteur alimentaire obtient de piètres résultats dans l’ensemble. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue les autres catégories de transformation des aliments (transformation de la viande, des fruits et légumes, des graisses et des huiles). De fait, les échanges commerciaux du Canada dans ces secteurs ont affiché un excédent de 4,5 milliards de dollars en 2013.

Il y a certains points positifs dans le secteur alimentaire. Notamment, les industries canadiennes de la transformation ont fait preuve de résilience durant la récession, selon un rapport de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires (ICPA) publié cette année (disponible en anglais seulement). En outre, le Canada a enregistré une croissance de 30 % de ses exportations globales depuis 2009; en 2012 et en 2013, les exportations totales de produits alimentaires de deuxième transformation ont progressé plus rapidement que les importations.

Il faut aussi tenir compte de la valeur ajoutée des différents produits transformés dans la chaîne d’approvisionnement. En effet, les gains à l’exportation ne sont pas nécessairement équivalents; la valeur plus élevée des produits alimentaires signifie des profits accrus.

Quoi qu’il en soit, ce secteur est confronté à des défis importants. Principal employeur du secteur manufacturier, le secteur de la transformation des aliments doit attirer une rare main-d’œuvre qualifiée, qui est capable d’utiliser l’équipement et maîtrise la robotique. D’ailleurs, le taux d’utilisation des capacités de ce secteur (ou le pourcentage de la production effective sur la production potentielle), qui faisait l’envie des autres secteurs manufacturiers au cours de la période de 2007 à 2009, est à la baisse depuis 2011.

Un chiffre ne dit jamais tout. Une partie du grand secteur alimentaire anticipera les défis et les possibilités que réserve l’avenir. Que ferons-nous pour que les tendances favorables se maintiennent?

Martha Roberts, spécialiste en recherche économique