Les marchés agricoles affichent des résultats contradictoires très intéressants ces derniers temps. En effet, tandis que les oléagineux (canola et soja) suivent une tendance à la hausse, les céréales (maïs, blé et avoine) semblent stagner.
La pression exercée sur les prix à terme du maïs et du blé ces derniers jours a résulté principalement des attentes entourant la publication des résultats du forum sur les perspectives du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA Outlook Forum), prévue à la fin de la semaine.
On prévoit que le forum donnera lieu à des projections pessimistes en ce qui a trait à l’offre et à la superficie pour ces marchés. L’attente concernant la publication des résultats du forum a entraîné des échanges dispersés plus tôt cette semaine - achats de soja/vente de maïs et achats de soja/vente de blé. La présente analyse a été rédigée avant la sortie des chiffres du forum de l’USDA, donc nous verrons si cette situation s’est dissipée.
Depuis des semaines, le bruit court sur le marché que le ton du forum sur les perspectives de l’USDA pourrait être plutôt pessimiste étant donné l’accroissement prévu des stocks finaux de maïs pour 2012-2013, qui devraient atteindre entre 1,5 et 1,6 milliard de boisseaux, tandis que les stocks de blé aux États-Unis à la fin de la campagne 2012-2013 devraient atteindre près de
900 millions de boisseaux. Les stocks finaux de soja aux États-Unis pour 2012-2013 seront restreints compte tenu de la demande inégalée enregistrée durant la période d’août à janvier.
Réflexions sur les oléagineux
Les prix à terme du canola à Winnipeg effectuent une remontée impressionnante depuis le début de février. Ils ont gagné 35 $ la tonne au cours de cette période. De la même façon, les prix à terme du soja à Chicago ont progressé de 69 cents le boisseau. Au moment de la rédaction, ces deux marchés se situent à leurs plus hauts niveaux depuis octobre.
La tendance du marché du canola demeure à la hausse à l’heure actuelle, mais, du point de vue technique, les graphiques indiquent une situation de surachat au Canada, à mon humble avis.
Les offres au comptant dans les Prairies augmentent depuis les deux dernières semaines, sous l’effet de la cadence record de la trituration au pays, de la demande d’exportation vigoureuse et des achats fondés sur les graphiques sur le marché à terme du canola. Toutefois, les perceptions selon lesquelles le canola est peut-être en situation de surachat, du moins, à court terme, conjuguées à l’incertitude liée à la conjoncture macroéconomique mondiale, risquent d’atténuer le potentiel de hausse des prix à partir de maintenant.
Dans le Sud du Manitoba, grâce à la solide demande des États-Unis, les producteurs continuent de jouir de certaines des meilleures occasions de vente au comptant dans l’Ouest canadien. D’ordinaire, les meilleures offres se trouvent en Alberta, cette province étant plus proche des ports de la côte ouest.
Les offres au comptant actuelles pour le canola atteignent jusqu’à 12,95 $ le boisseau au Manitoba, 12,75 $ en Alberta et 12,80 $ en Saskatchewan. Il s’agit de hausses de l’ordre de 86 cents à 1,01 $ par rapport à il y a un mois.
Par ailleurs, les offres pour le canola de la nouvelle récolte s’établissent à pas moins de 11,48 $ le boisseau au Manitoba, à 11,66 $ en Alberta et à 11,53 $ en Saskatchewan, soit des gains de 58 à 73 cents par rapport.
Certains facteurs pourraient nuire au potentiel de prix à long terme, dont les perceptions selon lesquelles les prix au comptant actuels du canola reflètent peut-être une situation de surachat et qu’une correction s’impose. La révision à la hausse des estimations concernant les semis du printemps, que je chiffre actuellement entre 19 et 20 millions d’acres, pourrait aussi exercer une pression sur les prix. En outre, la récolte imminente du soja en Amérique du Sud (même si elle est réduite) arrivera bientôt sur le marché. Et l’incertitude qui règne sur les marchés financiers mondiaux pourrait aussi limiter la croissance des prix offerts pour le canola.
Mais le marché bénéficie tout de même d’un soutien. D’après le bulletin allemand Oil World, les stocks mondiaux de canola/colza au cours de la prochaine année seront restreints. Ainsi, malgré les estimations indiquant une superficie potentiellement inégalée de canola au Canada en 2012, les prix offerts pour le canola devraient demeurer bien soutenus, du moins jusqu’à ce que les semis de la campagne 2012 soient effectués et à supposer qu’ils connaissent un bon départ. En raison des conditions arides qui touchent en ce moment une grande partie de la région des Prairies, les acheteurs et les utilisateurs de canola demeurent sans doute nerveux.
Pour le moment, le marché du canola demeure vigoureux grâce au soutien que lui procure son propre secteur de la trituration et des exportations qui est très solide et stable. En fait, l’activité nationale de trituration a augmenté en février. Les détenteurs de positions longues sur le marché ont pris des positions spéculatives pendant cette phase de croissance.
Je ne sais pas avec certitude où se trouve le point culminant de cette hausse à l’heure actuelle, et j’admets que cette tendance a surpassé mes attentes. J’ai toutefois l’impression que des signes nous mettent en garde contre une situation de surachat, mais, je le répète, rien n’indique encore clairement qu’un sommet a été atteint.
Néanmoins, je pense que cette remontée est l’occasion pour les producteurs d’augmenter progressivement les ventes au comptant d’oléagineux de la récolte précédente et de commencer à fixer les prix de la nouvelle récolte. Je préfère toujours intensifier les ventes au comptant dans le contexte d’une remontée des marchés, tandis que les prix sont avantageux, plutôt que de me démener dans un marché en chute libre. Je continue de vouloir bloquer le prix au comptant d’une partie de la récolte précédente à 12,50 $ le boisseau ou mieux.
Mike Jubinville de Pro Farmer Canada offre de l’information sur les marchés des produits et les stratégies de marketing. Téléphoner au 204-654-4290 ou se rendre à l’adresse http://www.pfcanada.com pour en savoir plus au sujet des services qu’il offre.