L’agriculture est une industrie complexe, diversifiée et dynamique.
Les effets potentiels des nouvelles économiques sur la rentabilité ne sont pas toujours clairs, en particulier dans un monde qui évolue aussi vite que le nôtre. Les liens sont si nombreux entre les tendances économiques et l’agriculture qu’il peut être difficile de déterminer les facteurs les plus pertinents à surveiller sur le marché d’aujourd’hui. C’est pourquoi il est toujours utile de prendre le temps de réfléchir aux facteurs économiques qui sont le plus susceptibles d’influer sur la rentabilité dans les marchés agroalimentaires canadiens.
Quels sont les cinq principaux facteurs économiques que les agroentrepreneurs devraient surveiller en 2012?
1. La croissance économique mondiale
La croissance économique mondiale figurerait assurément en tête de nombreuses listes.
La croissance des revenus et l’émergence d’une classe moyenne mieux nantie dans les pays moins avancés ont eu un effet positif sur la demande alimentaire mondiale au cours des dernières années.
Prenons le cas de la Chine. Les autorités chinoises ont révélé récemment que le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) national au dernier trimestre de 2011 a été de 8,9 %, ce qui représente une baisse par rapport à la croissance de 9,1 % enregistrée le trimestre précédent. Si cette estimation indique une décélération de la croissance des revenus en Chine, il est aussi rassurant de constater que l’inflation diminue parallèlement.
Dans le cas inverse, une croissance aux environs de 10 % accompagnée d’une forte inflation pourrait être insoutenable et risquerait en fin de compte d’avoir un impact négatif sur les marchés agroalimentaires.
La crise de la dette en Europe continue de représenter un risque considérable pour l’économie mondiale.
Cette crise influe sur les marchés agroalimentaires canadiens sur deux plans principaux : le commerce et les retombées financières. Les répercussions sur le commerce sont minimes; toutefois, une nouvelle baisse de la valeur de l’euro par rapport au dollar canadien rendrait les produits canadiens moins concurrentiels par rapport aux marchandises vendues par les entreprises européennes.
Les effets d’une véritable crise provoquée par une sortie de la Grèce de l’euro ou par la menace que d’autres pays soient en défaut de paiement de leur dette sont plus difficiles à prévoir. La Banque du Canada estime que les coûts annuels pour l’économie canadienne se chiffrent déjà à 10 milliards de dollars, soit
0,6 % de notre PIB.
2. L’évolution de l’environnement politique
Un deuxième facteur important pour les marchés agroalimentaires canadiens en 2012 est l’environnement politique.
Nous savons d’ores et déjà que l’abolition des droits exclusifs de commercialisation de la Commission canadienne du blé modifiera la façon dont les producteurs de l’Ouest canadien commercialisent leurs céréales. Le Canada participe actuellement à différentes négociations commerciales et a exprimé le désir d’élargir l’éventail des pays avec lesquels il négocie. La conclusion éventuelle d’un accord commercial avec l’Europe en 2012 ouvrirait des marchés pour les producteurs de cultures et les éleveurs de bovins, et se traduirait peut-être aussi par une augmentation des importations de produits laitiers au Canada.
Les négociations commerciales avec la Corée du Sud et au sein du Partenariat transpacifique pourraient aussi générer de nouveaux débouchés, ainsi que de nouveaux défis.
Par ailleurs, il faudra aussi suivre les discussions au sujet de la prochaine loi agricole (Farm Bill) des États-Unis parce que celle-ci a une incidence sur la solidité relative des producteurs canadiens sur le marché nord-américain. Les pressions budgétaires exercées sur le gouvernement fédéral des États-Unis obligeront peut-être les législateurs à abolir les paiements directs aux producteurs, une économie de cinq milliards de dollars par année.
Quelles mesures remplaceront ces paiements, le cas échéant? La mise en place d’un programme de compensation des pertes, couvrant les pertes de revenus de l’ordre de 5 ou 10 %, pourrait être considérée comme favorable d’un point de vue budgétaire étant donné les perspectives reluisantes en ce qui a trait aux recettes des productions végétales à court terme. Toutefois, les paiements pourraient devenir considérables à la suite d’un repli des marchés, ce qui procurerait à nouveau une forme d’avantage aux producteurs américains.
Le gouvernement des États-Unis choisira peut-être aussi de réviser sa politique d’étiquetage du pays d’origine durant les discussions au sujet du prochain
Farm Bill.
Enfin, les politiques environnementales, les initiatives en matière de salubrité alimentaire et les règlements régissant l’étiquetage, notamment, sont d’autres facteurs politiques susceptibles d’influer considérablement sur la rentabilité en 2012.
3. Les perspectives de production
Les perspectives de production dans les principales régions de production agricole constituent un autre facteur important.
Les craintes liées à la sécheresse dans certaines parties de l’Amérique du Sud entraînent des préoccupations en ce qui a trait aux cultures de maïs et de soja. Les stocks de blé existants sont actuellement au deuxième rang des stocks les plus élevés de l’histoire, de sorte que les inquiétudes liées aux conditions météorologiques offrent un moins grand soutien aux prix du blé.
Les conditions météorologiques ont aussi une incidence sur le secteur de l’élevage. La sécheresse qui a sévi au Texas a entraîné la mise à la réforme d’un nombre prodigieux d’animaux et aura sans aucun doute un impact négatif sur les stocks de bovins pour les années à venir. Ce facteur procurera un soutien aux prix du bœuf en Amérique du Nord parce que cela retardera toute expansion possible du cheptel américain.
4. Le dollar canadien
Un quatrième facteur influant sur la rentabilité est la valeur du dollar canadien. Comme la moitié de la production agroalimentaire du Canada est exportée, un dollar vigoureux nuit à la compétitivité des entreprises canadiennes.
Étant donné que le Canada produit et exporte un grand nombre de ressources naturelles et de produits de base, la valeur de notre dollar est généralement liée aux prix de ces marchandises, en particulier le pétrole. Compte tenu du niveau actuel des prix du pétrole, le rapport historique entre la valeur de notre monnaie et le prix du pétrole donne à penser que le huard devrait se situer légèrement au-dessus de la parité avec le dollar américain. Cependant, l’incertitude qui règne actuellement dans l’économie mondiale exerce une légère pression baissière sur la valeur du dollar canadien, qui devrait par conséquent fluctuer autour de la parité dans un avenir proche.
5. Les prix des intrants agricoles
Enfin, les prix des intrants agricoles complètent notre liste des cinq principaux facteurs économiques à surveiller en 2012.
L’indice des prix des entrées dans l’agriculture de Statistique Canada a grimpé de presque 10 % au cours de la dernière année. Vu les perspectives de croissance des revenus et la demande alimentaire accrue, les éléments de coût de la production agricole comme les engrais, les terres et l’énergie demeureront élevés en 2012.
La demande d’engrais devrait s’accroître étant donné la nécessité d’augmenter les rendements et la production à l’échelle mondiale. Les prix élevés de l’énergie sont soutenus par la croissance économique, et sont aussi le résultat d’agitations imprévisibles au Moyen-Orient. Les taux d’intérêt devraient demeurer inchangés pour la plus grande partie de 2012. La faiblesse soutenue des taux, conjuguée aux recettes substantielles des productions végétales, apporte un soutien aux prix élevés des terres agricoles.
Pour conclure, mentionnons que le degré d’optimisme est élevé dans le secteur agricole canadien. Toutefois, les conditions météorologiques et les conditions économiques imprévisibles font qu’il est difficile pour les agroentrepreneurs d’établir des plans d’affaires arrêtés pour toute une année. La compréhension des facteurs économiques est une façon de vous aider à planifier plus stratégiquement dans un marché économique qui est incertain, mais qui contient de nombreux débouchés. Au cours de l’année qui vient, nous nous engageons à revenir sur ces questions et à surveiller d’autres tendances qui peuvent influer sur votre résultat net.