Des pièces de carrosserie d'automobile fabriquées à partir de paille de blé. Du papier à cigarettes issu du lin. Des pots à fleurs faits de fécule de pomme de terre. Des textiles issus du chanvre.
Ce sont tous des bioproduits, c'est-à-dire des biens industriels fabriqués à partir de fibres végétales.
Partout sur la planète, des entreprises commencent à utiliser des biomatériaux, dont des fibres issues de l'agriculture, pour produire des biens d'usage quotidien.
Cette innovation s'inscrit dans une tendance embryonnaire mais croissante des fabricants à remplacer les matériaux composites à base de pétrole, comme les plastiques et la fibre de verre, par des biofibres renouvelables dans le but de réduire leur empreinte carbone.
Et les producteurs agricoles du Manitoba sont bien placés pour leur fournir les fibres dont elles ont besoin, affirme Doug Chorney, président de Keystone Agricultural Producers (KAP), l'association agricole générale de la province.
Les récoltes du Manitoba génèrent 4,7 millions de tonnes de paille chaque année, et on a besoin de moins de la moitié de ce volume pour l'alimentation du bétail et l'amélioration du sol, a déclaré M. Chorney lors d'une récente conférence internationale sur les biofibres, tenue à Winnipeg.
L'incinération des résidus de cultures est étroitement réglementée au Manitoba. Il reste donc vraisemblablement d'importants volumes de paille pouvant servir à des utilisations secondaires, comme l'approvisionnement du marché des biofibres en plein essor, fait valoir M. Chorney, producteur de céréales et d'oléagineux.
Les exportations sont vitales pour l'industrie agricole et agroalimentaire du Manitoba, qui génère 9,5 % du produit intérieur brut de la province. M. Chorney estime que les biofibres pourraient représenter un apport précieux.
« Il est clair que nous n'accaparerons pas de nouveaux marchés, donc nous devons optimiser ceux que nous avons déjà. »
Le Manitoba est en mesure de produire des biofibres agricoles, notamment à partir du lin et du chanvre, parce que son climat et ses sols se prêtent bien à la production de ces cultures, dit Jeff Kraynyk, directeur de l'Office de
l'agri-énergie du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Initiatives rurales du Manitoba.
« L'avenir s'annonce très prometteur », lance-t-il.
Le gouvernement du Manitoba promeut activement l'industrie des bioproduits. Il s'est fixé comme objectif que ce secteur génère des revenus annuels de deux milliards de dollars d'ici 2020, dont 80 % proviendront de collectivités rurales et du Nord.
Le Composites Innovation Centre de Winnipeg, une société regroupant des intervenants du gouvernement et de l'industrie qui met au point des matériaux composites pour des fabricants, soutient cet effort.
À l'heure actuelle, le Manitoba compte 43 entreprises qui mènent des activités de recherche et développement sur les bioproduits ou qui produisent des bioproduits.
Les projets de la province sur les bioproduits ont connu plus ou moins de succès dans le passé. Notamment, une grande usine de fabrication de panneaux de fibre de paille à l'ouest de Winnipeg a fait faillite il y a dix ans. Un projet semblable qui devait se dérouler dans le sud-ouest du Manitoba n'a jamais vu le jour.
Toutefois, M. Chorney soutient que les projets sur les biofibres peuvent être couronnés de succès si l'on utilise des technologies éprouvées, s'ils sont concurrentiels, et si les ventes sont destinées à des marchés établis.



