Quelque 500 experts en sciences végétales canadiennes se sont réunis à Halifax cette semaine à l'occasion de la Plant Canada Conference.
Les sociétés canadiennes d'agronomie, de recherche horticole, de phytophysiologie, de phytopathologie, de malherbologie, et l'Association botanique du Canada se sont réunies pour discuter de l'adaptation des végétaux aux changements environnementaux. Les sociétés ont tenu des réunions conjointes et ont effectué des visites de la Nouvelle-Écosse, mais ont aussi tenu leurs propres réunions pour discuter de nouveaux projets de recherche et de découvertes récentes dans certains domaines de recherche.
David Phillips, climatologiste principal à Environnement Canada, et Paul Bullock du Département des sciences du sol à l'Université du Manitoba, ont prononcé des discours thèmes à l'intention de l'assemblée, mentionnant tous deux que le changement climatique et les changements des régimes météorologiques ont un impact sur les cultures canadiennes.
M. Phillips a souligné que les événements météorologiques extrêmes, comme les tempêtes de verglas, la pluie, le vent et la neige, se produisent plus souvent qu'avant, et qualifie les récents événements météorologiques d'« atroces, meurtriers et catastrophiques, d'une ampleur épidémique qui touche toute la planète ».
Par ailleurs, note‑t‑il, les saisons sont de plus en plus imprévisibles. Par exemple, certaines parties de la Saskatchewan qui étaient accablées par la sécheresse l'année dernière se trouvent inondées cette année. Les acériculteurs, poursuit M. Phillips, entamaient leur saison au début de la coulée de la sève, le premier jour du printemps. Au fil des ans, la saison a tellement changé que 80 % des producteurs ont maintenant terminé avant même l'arrivée du printemps.
D'après les prévisions des modèles météorologiques, indique-t-il, les saisons continueront de changer et la variabilité des conditions météorologiques ira en augmentant. Il en résultera des saisons de croissance plus longues et des conditions encore plus extrêmes.
M. Phillips encourage donc les phytologues à poursuivre leurs recherches « afin d'optimiser les semences » pour pouvoir composer avec les changements prévus des conditions météorologiques.
M. Bullock a, quant à lui, soupesé les avantages et les inconvénients du changement climatique pour les cultures canadiennes. D'un côté, les pertes de rendement, l'aridité accrue, des sécheresses plus graves ou plus fréquentes, la tolérance des variétés à un plus grand nombre de ravageurs et la mauvaise distribution des précipitations sont certaines des préoccupations que les chercheurs attribuent au changement climatique. En revanche, le changement climatique pourrait avoir des répercussions positives comme un plus grand nombre de degrés-jours de croissance, la stimulation des rendements par le dioxyde de carbone, l'expansion vers le nord des régions cultivables, une plus grande efficience d'utilisation d'eau, un enracinement plus profond et des sols plus chauds.
Le changement climatique devrait aussi avoir un impact sur les mauvaises herbes, note-t-il.
« En règle générale, les plantes nuisibles poussent pendant l'hiver », mentionne M. Bullock. Il note que les mesures de désherbage actuelles ne seront peut-être plus efficaces. Par exemple, l'efficacité du glyphosate diminue lorsque le dioxyde de carbone augmente, ce qui est l'un des effets du changement climatique. « C’est un peu préoccupant. »
Les précipitations, ajoute-t-il, sont de plus en plus difficiles à prévoir.
« C'est dans ce domaine que nous avons les plus grandes lacunes en matière de prévisions », confie M. Bullock. Toutefois, note-t-il, de nombreuses études indiquent que « les périodes de temps sec pourraient être de plus en plus longues entre les périodes de précipitations, qui seront moins fréquentes, mais plus intenses ».
« Ce n'est pas de bon augure, parce qu'une mauvaise répartition des précipitations est généralement défavorable pour les rendements des cultures. »
Dans l'ensemble, dit M. Bullock, les avantages et les inconvénients du changement climatique sur les cultures canadiennes sont presque en symétrie.
« Nous pouvons assurément nous attendre à des effets positifs, mais aussi à des effets négatifs. L'avenir nous le dira bien », conclut-il.



