Malgré les pluies diluviennes isolées qui ont gâché des barbecues estivaux et des mariages en plein air, les agriculteurs de l'Ontario ont continué de semer à un rythme rapide toute la fin de la semaine dernière et au début de cette semaine.
Les comtés d'Essex et de Kent, dans l'extrême sud-ouest, où le sol a été saturé pendant une grande partie de mai, ont été épargnés par les grosses tempêtes de pluie. Le spécialiste des cultures céréalières du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario (MAAARO), Peter Johnson, prévoit que s'il n'y a pas d'autres événements météorologiques, les producteurs de cette région de culture intensive du maïs et du soja rattraperont bientôt le retard qu'accusent leurs semis.
On continuait toutefois de signaler que le sol était très lourd. « On avait l'impression de faire rouler des pamplemousses lorsqu'on travaillait la terre, a illustré un cultivateur de la région », dit-il.
Il en va tout autrement dans la région de Golden Horseshoe, près de Toronto, et dans la région de Grand River, qui ont été touchées de plein fouet par des tempêtes en fin de semaine dernière, et par de fortes grêles, des pluies abondantes et des vents violents mardi.
« Des acres ne seront pas ensemencés dans cette région », prévoit M. Johnson.
À l'échelle de la province, les conditions humides entraînent la prise de mesures de précaution par les experts en maladie. Albert Tenuta, pathologiste spécialiste des grandes cultures au MAAARO, recommande vivement aux cultivateurs de se prémunir contre deux problèmes en particulier.
Le premier est l'infection par le pythium et le phytophthora, familièrement appelés champignons aquatiques. Les spores infectieuses nagent dans la pellicule d'eau entre les particules du sol jusqu'à ce qu'elles trouvent et infectent l'apex des racines de nombreuses cultures, principalement le maïs et le soja en Ontario.
Il se forme des spores uniquement lorsque le sol est très humide ou submergé. Une fois le sol saturé, il faut seulement de trois à quatre heures pour que les spores commencent à se former, indique M. Tenuta. Les fongicides commerciaux conçus pour le traitement des semences sont habituellement efficaces contre les champignons d'eau. Toutefois, dit M. Tenuta, « les conditions défavorables qui sévissent dans certains champs depuis le début des semailles ont atteint leurs limites ».
Le deuxième problème est la moucheture d'origine physiologique dans le blé. M. Tenuta compare ce phénomène à la brûlure des feuilles par les rayons ultraviolets du soleil. Il indique que les conditions nuageuses et pluvieuses prolongées, conjuguées à la période de vif ensoleillement qui a suivi récemment, sont propices à l'apparition de la moucheture d'origine physiologique. Et, compte tenu de la variabilité de l'ensemencement, la moucheture pourrait apparaître à des endroits inhabituels comme le milieu et le bas du couvert végétal, au lieu d'affecter uniquement les feuilles supérieures.
M. Tenuta conseille vivement aux producteurs de procéder à un dépistage soutenu.
« Rappelez-vous que plus les stress sont nombreux, qu'ils soient d'origine environnementale ou le résultat d'une maladie de la plante, plus il est probable que leur effet combiné ait une incidence sur le développement et le rendement », conclut-il.



