Le marché de l’orge brassicole est en émoi ces derniers temps en raison des rumeurs selon lesquelles les prix offerts pour la nouvelle récolte de 2011 atteignent environ 5,75 $ le boisseau. Plutôt réjouissant! Un producteur m’a posé une question à ce sujet, et m’a demandé si l’on pouvait s’attendre à une véritable amélioration du rendement qui, jusqu’ici, a été assez décevant dans le cas de l’orge brassicole de l’année commerciale actuelle.
Récolte de la campagne précédente
En bref, il n’apparaît malheureusement pas très probable que nous assistions à une amélioration appréciable des perspectives de prix immédiates de la récolte précédente. Même si l’on estime que les prix se situent à la limite supérieure des perspectives de rendement de l’orge brassicole offertes par la Commission canadienne du blé (CCB), les producteurs les considèrent tout de même décevants étant donné que les rendements de l’orge fourragère cette année comblent rapidement l’écart de prix.
Les Perspectives de rendement (PDR) de novembre pour l’orge brassicole à deux rangs sont établies à 253 $ la tonne (en baisse de 7 $ par rapport aux PDR d’octobre), ce qui représente maintenant seulement 20 $ de plus que les PRD de l’orge fourragère au Compte A (232 $/t). Il s’agit d’une nette différence avec les chiffres que rapportent mes collègues australiens, qui me signalent que l’orge brassicole se vend chez eux 100 $/t de plus que l’orge fourragère.
Effets pervers
La Commission canadienne du blé (CCB), comme elle le fait pratiquement toutes les années, a signé des contrats portant sur la vente d’une quantité considérable d’orge brassicole à des entreprises de maltage nationales plus tôt pendant l’année, et bien sûr à des prix inférieurs à ceux qui sont pratiqués aujourd’hui sur les marchés étrangers.
En outre, comme nous le savons, étant donné l’influence de dame nature, les producteurs des Prairies ont produit beaucoup moins d’orge brassicole cette année. Si, d’ordinaire, on pouvait s’attendre à ce qu’une récolte moins abondante d’orge brassicole se traduise par des prix plus élevés, ce n’est pas ce qui s’est produit dans ce cas‑ci. Il en est ainsi parce qu’on connaissait déjà très bien les facteurs qui ont limité le volume d’orge à obtenir la qualité fourragère lors de ces premières ventes. Cela signifie que la CCB n’a plus qu’une très petite quantité d’orge à vendre aux prix marchands élevés du moment, et pas suffisamment pour entraîner une amélioration remarquable des PDR. Telle est la triste réalité.
Si vous avez une réserve d’orge brassicole de bonne qualité et que vous n’avez pas pris d’engagement, il est judicieux, du point de vue économique, de l’entreposer pour la campagne 2011‑2012 maintenant qu’on annonce un programme offrant 5,75 $ le boisseau pour l’orge à deux rangs en vue d’une livraison pendant la période de septembre à décembre 2011.
Nouvelle récolte
D’accord, un prix de 5,75 $ le boisseau est offert pour une quantité limitée et à certains endroits. L’industrie brassicole reconnaît maintenant qu’elle sera laissée pour compte dans la lutte aux acres pour la campagne 2011 qui approche, à moins que quelque chose ne soit fait. Les producteurs sont de moins en moins incités à cultiver de l’orge. Cette tendance est très bien illustrée par les estimations de Statistique Canada, qui chiffre à seulement 7,6 millions de tonnes la production totale d’orge canadienne en 2010, soit nettement moins que les attentes du marché. Il se pourrait bien que ce soit la plus maigre récolte de l’histoire récente.
La situation de l’industrie brassicole devient vraiment de plus en plus alarmante étant donné les problèmes de récolte auxquels est confrontée l’Australie depuis les deux à trois dernières semaines. L’Australie est normalement un important producteur‑exportateur d’orge brassicole, mais pas cette année.
Bien sûr, ces prix supérieurs offerts au début de la nouvelle campagne exercent un fort attrait pour toute production d’orge brassicole de qualité de 2010 qui n’est pas « attribuée », même si certains prennent le temps d’y réfléchir au moment d’envisager de signer les contrats pour la production de la nouvelle récolte de 2011.
Un prix de 5,75 $ le boisseau est certes beaucoup plus élevé que ce qui est offert en ce moment pour la récolte précédente, mais, comparativement à d’autres cultures, 5,75 $ le boisseau pour l’orge brassicole n’est rien de plus qu’acceptable. Par exemple, un type de blé tendre blanc affiche un potentiel de 5,50 $ le boisseau pour la prochaine campagne. Du point de vue du rendement brut par acre, l’orge brassicole ne constitue donc pas un choix automatique, surtout en l’absence d’une disposition en cas de catastrophe naturelle malgré le risque de production accru d’être déclassée au rang d’orge fourragère pour une raison ou pour une autre.
Il semble donc que l’on reconnaisse certains des problèmes au chapitre de l’offre d’orge brassicole qui expliquent la hausse limitée des prix offerts par l’industrie brassicole. Mais je ne crois pas qu’il y ait lieu pour vous de sauter tout de suite sur l’occasion si elle se présente. Il est possible que d’autres programmes, qui offriront à tout le moins les mêmes prix, et dont certains, espérons-le, comprendront une clause en cas de catastrophe naturelle, soient mis en place.
Si vous avez confiance en votre capacité d’obtenir la qualité brassicole l’année prochaine, bien sûr, c’est un excellent débouché à saisir. Mais il ne faudrait pas se sentir pressé de signer des contrats à ce prix.
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