Au moment d'écrire ces lignes, mercredi matin, Statistique Canada venait de publier son deuxième rapport de la saison sur les superficies ensemencées au Canada, fondé sur les résultats d'un sondage mené auprès de 25 200 producteurs pendant la période comprise entre le 25 mai et le 3 juin.
Bien sûr, depuis la tenue du sondage, des changements importants aux résultats généraux en matière d'ensemencement ont été constatés dans une grande portion de l'Ouest canadien et ne sont pas entièrement pris en considération dans ce rapport. Ce rapport expose donc les résultats que nous aurions pu obtenir si les cultivateurs avaient semé toutes les cultures conformément à leurs intentions. Bien entendu, cela ne s'est pas produit cette année.
C'est une situation très inhabituelle, pour ne pas dire sans précédent, à constater le nombre d'acres perdus dans les Prairies cette année. Le rapport ne tient pas compte non plus de ce facteur. Donc, comme il s'agit d'une première estimation très approximative, je pars des chiffres de Statistique Canada et tiens pour acquis qu'à l'heure actuelle, seulement 80 p. 100 de ces cultures ont été semées.
Au sujet du canola, Statistique Canada rapporte que durant la période de son enquête, il y a presque un mois, les producteurs avaient l'intention d'ensemencer une superficie record de 17,7 millions d'acres. Nous savons tous aujourd'hui qu'ils sont loin d'avoir atteint cette cible.
La superficie actuelle est inconnue de tous, on se contente d'émettre des hypothèses. Toutefois, à supposer que la superficie ensemencée représente 80 p. 100 de la superficie projetée, on obtient 14,16 millions d'acres. Si la superficie ensemencée représente 75 p. 100 de la superficie projetée, on obtient 13,27 millions d'acres.
Outre le nombre d'acres ensemencés cette année, la question du potentiel de rendement sera constamment remise en question pendant la période de croissance. Dans un nombre effarant d'acres, le sol est saturé d'eau, et le potentiel de rendement est en nette diminution à l'heure actuelle.
Dans les marchés, il en a résulté au cours des deux dernières semaines une forte avancée des prix à terme du canola et de l'avoine, et même des offres au comptant pour le lin et les graines à canaris.
Dans le marché au comptant, les prix du canola ont atteint jusqu'à 9,50 $ le boisseau dans le Sud de l'Alberta, et se sont établis plus près de 9 $ à 9,25 $ le boisseau à de nombreux endroits en Saskatchewan et au Manitoba. Les contrats à terme de canola à échéance la plus proche, soit juillet et novembre, frôlent de nouveau une importante zone de résistance graphique générale, notamment le contrat de novembre qui s'établit dans la zone de 427 $ à 432 $ la tonne.
Le mouvement haussier du marché du canola semble s'essouffler, les prix à terme de novembre tendant à frôler de nouveau cette zone de résistance - ce qui demeure le principal frein susceptible d'interrompre ce mouvement. La tendance graphique actuelle pourrait indiquer un signal haussier étant donné les gains récents accumulés dans le marché du canola, mais le rendement observé jusqu'ici cette semaine semble étrangement insuffisant.
Si l'on examine le graphique hebdomadaire des prix du canola, qui offre un autre point de vue technique, on obtient des perspectives à plus long terme. Le triangle descendant dans lequel les prix étaient confinés a effectué une rupture en hausse, ce qui indique la possibilité que les prix s'établissent près de la région de 440 $ à 450 $ la tonne.
Cependant, comme nous nous intéressons au canola, nous devons suivre de près les développements sur le graphique du soja du Chicago Board of Trade pour avoir des indices au sujet des tendances du marché des oléagineux en général. Les producteurs des Prairies sont devenus franchement optimistes à l'égard du canola à la lumière des conditions qui prévalent chez nous. Mais soyez bien conscients du fait que si les problèmes qui touchent les Prairies justifient certainement une remontée des prix à terme et une amélioration de la base au comptant, les écarts de prix grandissants entre l'huile de canola et d'autres huiles à base d'oléagineux et huiles végétales concurrentes contribuent grandement à faire diminuer la demande dans l'immédiat.
En outre, sans gains ultérieurs dans le complexe de soja qui est encore plus dominant, il sera de plus en plus difficile pour notre marché du canola d'accumuler continuellement des gains de façon indépendante.
La tendance dominante sur les graphiques des prix du soja demeure un resserrement qui apparaît sous la forme d'un triangle. La ligne de tendance principale sur le graphique hebdomadaire du soja à partir des creux de 2006 se situe juste en dessous des prix actuels, près de 9,50 $US le boisseau. Nous devons nous méfier de voir la ligne de tendance franchir ce seuil en baisse du point de vue des prix de clôture. Si cela se produit, la prochaine zone de soutien à entrer en jeu sera la région de 9 $. À l'inverse, la marque de 10 $ est la clé d'un élan haussier.
Pour l'heure, cependant, il semble que les prix à terme et les prix au comptant du canola ont encore la possibilité et la capacité de remonter, en particulier si la zone immédiate de résistance graphique est franchie. Cependant, ce n'était pas encore arrivé au moment de rédiger cette analyse, mais nous y étions presque.
Les gains enregistrés dans le marché ont été réjouissants pour les producteurs qui ont des produits de la récolte 2010 à vendre, mais ont sûrement déçu ceux qui n'ont pas pu mettre leurs cultures en terre ou effectuer leurs autres travaux en raison des conditions propices au stress qui nuisent au rendement et à la qualité.
Mike Jubinville de Pro Farmer Canada offre de l'information sur les marchés des produits et les stratégies de marketing. Téléphoner au 204-654-4290 ou se rendre à l'adresse http://www.pfcanada.com pour en savoir plus au sujet des services qu'il offre.