À l'issue de réunions d'urgence tenues la semaine dernière dans la vallée de l'Okanagan, en Colombie-Britannique, les arboriculteurs fruitiers en sont venus à la conclusion que la gestion de l'offre est peut-être le seul moyen de permettre au secteur des fruits de verger de survivre à l'effondrement des prix.
Ces réunions ont été organisées à la suite de la réception des premières avances de la Okanagan Tree Fruit Co-operative pour la récolte de pommes de la dernière campagne, et après constatation que les rendements ont été encore moins élevés que ceux de la campagne précédente.
Selon le président de la B.C. Fruit Growers Association, M. Joe Sardinha, ces réunions ont été « chargées d'émotion ».
« Les producteurs ont proposé une orientation claire. Ils nous ont demandé de faire savoir au gouvernement que les arboriculteurs fruitiers ont besoin de la même chose que les producteurs soumis à la gestion de l'offre, soit un système de commercialisation ordonnée. C'est la seule façon de garantir la survie de ce secteur », rapporte-t-il.
Les producteurs veulent aussi tenir des réunions avec le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial pour obtenir leur appui dans la recherche de solutions à court terme et à long terme à ce problème.
À court terme, M. Sardinha indique que les producteurs ont besoin d'un paiement d'urgence pour pouvoir continuer de s'occuper de leurs vergers malgré l'effondrement des prix. À long terme, un système de gestion de l'offre est nécessaire.
« Nos rendements sont ceux des années 1970, alors que nous payons les coûts de 2010, résume-t-il. Ça me désole. Je suis frustré, anxieux, déçu et en colère. »
Jim Elliot, producteur et président de la coopérative, n'a jamais prévu que les prix des pommes descendraient aussi bas qu'ils l’ont fait cette année.
« Ils sont largement inférieurs au seuil de rentabilité, admet-il. La marge de profit est déjà mince dans le secteur des fruits de verger. Si les prix baissent de 10 p. 100, nos marges peuvent reculer de 50 p. 100. La valeur de ma récolte couvre à peine le coût de la main-d'œuvre que j'embauche, et je produis 1 300 caisses-cellules de pommes. Ça ne compte même pas la main-d'œuvre que je fournis et que fournit ma famille à la ferme. »
Même si les vergers de l'Okanagan figurent parmi les plus modernes au monde, il n'y a tout simplement aucune stabilité dans les marchés, souligne-t-il.
Les producteurs doivent continuer de tailler, de pulvériser, d'élaguer, d'arroser et de cueillir, même s'il n'y a pas de marché pour ces fruits. Sinon, explique-t-il, ils perdent la totalité de leur investissement dans leurs nouveaux arbres. Ces soins d'entretien sont coûteux, et les producteurs n'ont pas les moyens de les payer lorsqu'ils tirent un revenu insuffisant de la récolte précédente. De plus, note M. Elliot, c'est la deuxième année consécutive où les rendements sont faibles.
On attribue la faiblesse des prix au dollar canadien vigoureux, qui nuit aux exportations. En outre, une offre excédentaire mondiale de pommes, notamment dans l'État de Washington, fait fléchir les prix au Canada. L'année dernière, la récolte de pommes de l'État de Washington s'est établie à 102 millions de boîtes, contre 3,2 millions en Colombie-Britannique.
Selon M. Sardinha, les règles du jeu ne sont pas équitables. Les producteurs américains bénéficient de subventions dans le cadre d'un programme fédéral d'encouragement des exportations, de coûts de productions moins élevés, et d'autres programmes gouvernementaux axés sur les fruits locaux, comme le programme de nutrition à l'école (School Nutrition Program), un programme inspiré de la méthode des coupons alimentaires et une politique d'approvisionnement local à 100 p. 100.




