Le mardi 12 janvier, les marchés des céréales et des oléagineux des États-Unis, qui dictent la tendance, ont été confrontés à une dure réalité.
Pendant des semaines, les indicateurs fondamentaux de l’offre ne laissaient entrevoir aucune pénurie dans les principaux marchés des produits agricoles de base, et, dans certains cas, comme le marché du blé, ils ont indiqué à maintes reprises un accroissement des stocks vers des niveaux difficiles à soutenir.
Aujourd’hui, la réalité a frappé durement les marchés et a renversé la vague positive de soutien sous-jacent (et quelque peu artificiel) fourni par la collectivité des spéculateurs dans les marchés des produits agricoles de base.
Les discussions au sujet du commerce agricole mondial cette semaine ont porté principalement sur la publication des chiffres du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), mardi, sur la production, l’offre et la demande et les stocks. Ce rapport a provoqué un brusque cycle de liquidation dans l’ensemble du secteur des céréales et des oléagineux.
Mardi, le marché du maïs aux États-Unis a entraîné le secteur à la baisse, la limite des échanges quotidiens du maïs ayant chuté de 30 cents. Pendant ce temps, le soja a aussi perdu 30 cents le boisseau et le blé, plus de 30 cents.
Le mouvement à la baisse des prix à terme du maïs par rapport à la limite inférieure bloquée est une réaction aux estimations beaucoup plus élevées que prévues de l’USDA au sujet de la production de maïs aux États-Unis.
Les négociants s’attendaient à ce que l’USDA revoie à la baisse ses estimations de la production en raison des retards persistants au chapitre de la récolte qui font en sorte qu’une proportion accrue des cultures de maïs risque d’accuser une baisse de rendement. Mais dans les faits, l’USDA a révisé ses projections à la hausse – et de beaucoup – soit 230 millions de boisseaux, ce qui établit un nouveau record de tous les temps de 13,151 milliards de boisseaux.
L’USDA n’a pas abaissé ses prévisions concernant la superficie cultivée, mais les a plutôt rehaussées d’un maigre 0,3 million d’acres. Les rendements ont aussi été révisés à la hausse, de pas moins de 2,3 boisseaux l’acre, et s’établissent à 165,2 boisseaux l’acre.
C’est renversant si l’on tient compte du fait qu’une récolte record a été produite dans des conditions pénibles cette année, des retards d’ensemencement causés par le printemps humide aux retards de récolte du maïs causés par un automne pluvieux. Ce résultat vient appuyer les progrès réalisés de nos jours grâce à l’amélioration génétique des variétés et leur résistance accrue aux conditions de croissance difficiles.
Toutefois, cette récolte abondante ne s’est traduite que par une augmentation modérée des prévisions des stocks en fin de campagne 2009-2010.
La question de l’utilisation du maïs sera aussi remise en cause. En effet, dans ce rapport, l’USDA prévoit une augmentation d’environ 150 millions de boisseaux de la consommation fourragère aux États-Unis.
Quelque chose semble clocher dans ce portrait, si l’on tient compte du fait que les stocks de maïs au 1er décembre aux États-Unis dépassaient les attentes de 270 millions de boisseaux. De plus, l’USDA n’a pas modifié ses estimations concernant les exportations de maïs des États-Unis en 2009-2010, maintenues à 2,05 milliards de boisseaux, malgré le fait que le rythme actuel des exportations est largement inférieur au rythme hebdomadaire moyen nécessaire pour atteindre ce volume cible.
Dans ce contexte, l’augmentation des stocks de maïs aux États-Unis en 2009-2010 à 1,76 milliard de boisseaux (une augmentation de 89 millions de boisseaux par rapport aux estimations publiées en décembre) n’est en soi pas importante d’un point de vue statistique. Toutefois, si l’on tient compte du fait que les prévisions concernant l’utilisation du blé sont peut-être surestimées et de la perspective d’une superficie de maïs accrue aux États-Unis en 2010, on peut s’attendre à ce que les prix suivent une tendance baissière plutôt que haussière.
Tous ces indicateurs nous signalent la possibilité que les prix continuent de fléchir dans l’immédiat. Les chiffres publiés mardi procurent une protection fondamentale propice à ce qu’un tel déclin des prix évolue.
Soja
L’USDA a aussi revu à la hausse la taille de la récolte de soja aux États-Unis dans son rapport. Cette révision n’est pas vraiment contraire aux attentes du marché, mais elle confirme qu’en 2009, les producteurs américains ont engrangé la plus abondante récolte de soja de l’histoire des États-Unis.
Les estimations de la demande ont été rehaussées, comme prévu, pour tenir compte de la croissance de l’activité de trituration et des exportations. Les stocks en fin de campagne ont été réduits à 245 millions de boisseaux (en baisse de 10 millions), ce qui, du point de vue statistique, ne fait aucune différence.
Néanmoins, le marché à terme du soja à Chicago s’est contracté, atteignant un creux inégalé en deux mois sous l’effet des perspectives de production pessimistes de l’USDA. Les détenteurs de fonds spéculatifs ont été des vendeurs énergiques à l’échelle du complexe de soja.
La production record aux États-Unis, la révision à la hausse des prévisions concernant la récolte en Amérique du Sud et la menace d’une demande d’exportation réduite de la Chine ont été des facteurs baissiers responsables du déclin des prix.
La faiblesse qui découle de la contraction des prix à terme du maïs en deçà de la limite des échanges quotidiens s’ajoute à l’attitude défensive, en ce sens qu’elle décourage les acheteurs d’agir pendant que la tendance est à la baisse.
La demande dans le complexe mondial des oléagineux demeure forte, ce qui ne donne pas une grande marge de manœuvre en cas de menace pour la récolte en 2010. Cependant, aucune culture n’est menacée à l’heure actuelle.
Dans l’ensemble, les prix évolueront selon une tendance latérale en 2010, jusqu’à ce que de nouveaux facteurs fondamentaux entrent en jeu. Les dernières données baissières et les graphiques négatifs donnent à penser que le récent sommet de 10,70 $ le boisseau aux contrats à terme du soja à échéance rapprochée est assez élevé. Mais pour l’instant, la tendance actuelle indique une fluctuation baissière vers la tranche inférieure des 9 $ le boisseau.
Blé
Il ne faut pas non plus passer sous silence les marchés du blé aux États-Unis, qui ont aussi été entraînés à la baisse sous l’effet de la chute des prix à terme du maïs, ainsi que des données pessimistes sur le blé publiées par l’USDA.
Les données de l’USDA n’étaient pas encourageantes pour le blé, le département ayant relevé ses estimations des stocks en fin de campagne aux États-Unis et dans le monde, et revu à la baisse ses prévisions concernant les exportations de blé des États-Unis. La demande d’exportation a fléchi en raison de la forte concurrence extérieure dans ce secteur, et parce que les prix du blé des États-Unis sont considérés comme trop élevés.
Il est vrai que les ensemencements de blé d’hiver aux États-Unis ont été inférieurs aux attentes, mais l’abondance des stocks mondiaux procure une bonne protection contre ce déclin. Cela a atténué l’effet haussier des estimations relatives aux ensemencements.
Dans le rapport sur les ensemencements de blé d’hiver, les négociants s’attendent dans une vaste proportion à une réduction marquée de la superficie de blé d’hiver. Cependant, la régression de la superficie consacrée aux variétés d’hiver aux États-Unis (blé roux de printemps et blé de force roux) est plus importante que prévu – elle a diminué à 37,1 millions d’acres, alors que le marché s’attendait à 40,9 millions et que la superficie de la dernière campagne était de 43,3 millions d’acres.
Toutefois, malgré la réduction de la superficie, l’offre de blé aux États-Unis demeure vraiment excessive. Les stocks de blé en fin de campagne 2009-2010 aux États-Unis ont été relevés de 76 millions de boisseaux et s’établissent à 976 millions de boisseaux – ce qui correspond à un ratio stocks-utilisation contraignant de 49 p. 100.
Sur la scène mondiale, les stocks mondiaux de blé ont bondi à 195,6 millions de tonnes, en hausse de 4,7 millions de tonnes par rapport aux estimations du mois dernier. Il s’agit d’un bond impressionnant de 32 millions de tonnes par rapport à 2008-2009, et, si la tendance se maintient, les volumes de blé s’amplifieront à chaque rapport de l’USDA. Les stocks mondiaux approchent des volumes surabondants atteints il y a dix ans, où ils se situaient entre 200 et 205 millions de tonnes.
Mike Jubinville de Pro Farmer Canada offre de l’information sur les marchés des produits et les stratégies de marketing. Téléphoner au 204 654 4290 ou se rendre à l’adresse http://www.pfcanada.com pour en savoir plus au sujet des services qu’il offre.