Une annonce a eu l’effet d’une bombe sur le marché canadien du canola la semaine dernière.
Le gouvernement chinois a avisé l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qu’il n’acceptera plus les importations de graines de canola à compter du 15 novembre si les cargaisons ne sont pas accompagnées d’un certificat attestant qu’elles sont exemptes de jambe noire, maladie qui ne représente plus une grave menace au Canada, mais qu’on trouve encore couramment dans les graines de canola.
À cette annonce, le marché du canola a tout de suite eu une réaction négative. Les prix à terme ont chuté et la base au comptant s’est élargie. La Chine a représenté le tiers du marché d’exportation du Canada pour le canola l’année dernière (2,6 millions de tonnes) et comme le programme d’exportation déjà très chargé pour la présente année commerciale est menacé, l’enjeu est très grave pour l’industrie du canola.
Le gouvernement canadien a pour sa part réagi vivement. Des experts ont vite été dépêchés à Beijing pour rencontrer des représentants du gouvernement chinois dans le but de trouver un terrain d’entente qui permettrait, souhaite‑t‑on, de maintenir les échanges de canola entre les deux pays.
« C’est une question très sérieuse, et nous travaillons de concert avec les représentants du gouvernement Chinois pour résoudre le problème pour les producteurs de canola du Canada », a déclaré le ministre de l’Agriculture, Gerry Ritz.
« Nous voulons souligner qu’il ne s’agit pas d’une question de salubrité alimentaire, mais plutôt d’une question commerciale et d’accès au marché », mentionne le porte-parole de l’ACIA, Tim O’Connor. « Nous sommes convaincus que les agriculteurs canadiens produisent le meilleur canola du monde et nous continuerons de travailler en leur nom pour résoudre la situation actuelle. »
L’attestation de l’absence de jambe noire dans le canola chargé après le 15 novembre est une exigence impossible à remplir pour les fournisseurs, qu’ils soient Canadiens, Australiens ou Européens. Il y a donc lieu de se demander à quel jeu joue la Chine.
On continue de lancer de nombreuses hypothèses sur les raisons qui ont porté la Chine à imposer des restrictions relatives à la jambe noire. Bon nombre font intervenir des enjeux économiques, mais la porte-parole du Conseil canadien du canola, Debbie Boulanger, indique que ce n’est pas la raison officielle qu’a donnée la Chine.
« Les Chinois ont fait savoir aux représentants du gouvernement que les souches de jambe noire que l’on trouve en Chine sont non virulentes, alors que celles qu’on trouve au Canada sont virulentes, ce qui risque d’avoir des répercussions sur les récoltes chinoises de colza. C’est la raison qu’on nous a donnée », rapporte Mme Boulanger.
La porte-parole indique qu’on ignore pourquoi les Chinois se préoccupent de la jambe noire.
« La jambe noire ne devrait pas représenter un risque véritable pour la production chinoise, parce que le Canada n’exporte rien d’autre que des graines de canola en Chine. Ces graines sont strictement destinées à la transformation, et non à l’ensemencement. Il semble que la Chine adopte une drôle de position en ce moment. »
Mme Boulanger affirme que le conseil recueille actuellement de l’information qui permettra de garantir aux autorités chinoises que la souche de jambe noire qu’on trouve au Canada ne s’infiltrera pas dans leur système.
Les experts canadiens qui sont en Chine en ce moment cherchent à trouver au moins une solution temporaire. L’ACIA demandera un sursis d’au moins six mois pour s’ajuster aux exigences de la Chine et pour lui fournir l’information supplémentaire pertinente.
Étant donné l’incertitude qui règne dans le marché, il paraît maintenant impossible d’établir des perspectives pour le canola.
Si la Chine n’achète pas deux millions de tonnes de canola canadien ou plus cette année, cela créera un manque à gagner astronomique dans la grille d’exportation du Canada, et il ne sera pas facile de combler ce manque par un autre acheteur. En revanche, les utilisateurs chinois de canola ont peu d’autres sources d’approvisionnement, voire aucune autre, compte tenu de ces restrictions à l’importation.
Il semble donc raisonnable de penser qu’un compromis sera échafaudé. Les affaires vont reprendre en vertu d’une forme d’entente négociée. Mais la question est de savoir quand. Et la situation est encore plus incertaine étant donné que l’automne est normalement la période d’expédition la plus occupée pendant la campagne de vente du canola. D’ailleurs, un volume et des échanges élevés sont déjà inscrits dans les livres.
Faudra-il des jours, des semaines ou bien des mois pour dénouer l’impasse? Personne ne peut répondre à cette question à l’heure actuelle.
Néanmoins, la Chine représente maintenant environ un tiers des exportations de canola du Canada. Et un délai de quelques semaines entraînerait un trou dans la demande de canola, ce qui serait un véritable problème sur le plan logistique.
Mike Jubinville de Pro Farmer Canada offre de l’information sur les marchés des produits et les stratégies de marketing. Téléphoner au 204‑654‑4290 ou se rendre à l’adresse www.pfcanada.com pour en savoir plus au sujet des services qu’il offre.