AgriSuccès
Demandez à un expert - La boule de cristal
Dr. Gordon Surgeoner
Professeur d’agriculture et observateur des tendances, M. Gordon Surgeoner estime que l’industrie est porteuse de potentiel.
Quelles grandes tendances actuelles en matière de consommation alimentaire pourraient être considérées comme des facteurs qui changent les règles du jeu en agriculture?
Essentiellement, je pense qu’il y a deux dimensions démographiques qui changent la donne. La première est l’accent mis sur la santé dans le contexte d’une population vieillissante et obèse. Les problèmes d’obésité se traduisent par une hausse du nombre de cas de diabète de type 2 et, pour y remédier, on fabrique des produits alimentaires contenant moins de sel et plus de fibres, offrant une valeur nutritive accrue et contenant des antioxydants. Je soupçonne que la vitamine D sera demain ce que représentent les omégas aujourd’hui en raison de l’abondance d’information médicale sur le rôle qu’elle joue dans la diminution des risques de cancer, entre autres propriétés. L’autre facteur de changement est la démographie canadienne. La croissance de notre population est en grande partie attribuable à l’immigration en provenance de pays d’Asie du Sud-Est comme les Philippines, l’Inde, la Chine, Hong Kong et l’Indonésie, où les préférences alimentaires sont très différentes. Ces immigrants s’adapteront lentement aux saveurs canadiennes, mais il leur faudra du temps. De leur côté, les Canadiens s’adaptent aux saveurs asiatiques en mangeant dans des restaurants où l’on sert des mets thaï, cambodgiens et vietnamiens.
Selon vous, comment l’agriculture réagit-elle à ces tendances?
En Ontario, on élève des troupeaux de buffles d’Asie aux fins de la production d’un fromage de spécialité destiné à notre marché originaire de l’Asie du Sud-Est. Même si ce fromage a une teneur très élevée en matières grasses, c’est un produit de prédilection de ce segment de la population. La chèvre et le lapin constituent aussi des marchés de la viande en croissance rapide. Par ailleurs, Loblaws tient compte de la tendance des consommateurs en offrant sa gamme de produits « Menu bleu », qui conjugue bon goût, teneur réduite en sel et en calories, et meilleur gras. Nous assisterons à la transformation du profil de produits comme l’huile de palme, l’huile de maïs et l’huile de soja, qui tendra davantage vers le profil de l’huile de canola. Un segment de marché en expansion est celui de la génération du baby-boom. Ces personnes arrivent à la retraite bien nanties et sont prêtes à débourser davantage pour des produits sains, savoureux et pratiques, mais désirent des portions réduites.
Quelles tendances entrevoyez-vous en agriculture?
À mon avis, il y a deux moyens de prendre de l’essor : viser les marchés extérieurs dans le secteur de l’alimentation, ou produire des produits de substitution appelés à remplacer les combustibles fossiles dans notre société.
Les consommateurs choisissent souvent des aliments au détriment d’autres aliments. Par exemple, l’accroissement de la part de marché du porc se fera au détriment de celle des autres viandes. La population canadienne s’accroît au rythme de un pour cent par année, croissance principalement attribuable à l’immigration en provenance d’Asie. Force est de constater que la demande se transforme. Nos futurs clients seront originaires de pays où le repas traditionnel n’est pas composé de rosbif, de purée de pommes de terre et de petits pois. Ils utilisent des coupes de viande différentes. Nous devons donc aborder ces marchés de l’alimentation de manière novatrice. Le blé constitue un bon exemple. Quelles variétés de blé se prêtent mieux à la fabrication de pain naan indien qu’à la fabrication de notre pain blanc?
À l’échelle mondiale, certains segments de marché surpassent l’ensemble du marché canadien sur le plan des débouchés commerciaux. Dans ce contexte, il sera important d’établir des relations. Je crois que nos marchés en expansion doivent être axés sur les exportations, mais il existe des populations ethniques en Amérique du Nord, notamment à Chicago, à New York et à Los Angeles, que nous pourrions nourrir. Nous devons toutefois aller faire de la prospection et cultiver les denrées que désirent ces consommateurs, pas celles qui répondent à nos besoins.
Nous devons envisager d’autres produits que les aliments pour les humains et les aliments pour animaux, notamment l’énergie et les composants, comme des pièces d’automobile. Une véritable révolution s’opère en agriculture.
Quel est le prochain facteur qui modifiera les règles du jeu en agriculture?
À mon avis, le prochain facteur ne sera pas de nature alimentaire. Nous sommes capables de produire des produits qui réduiront notre dépendance aux combustibles fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre. Ces secteurs présentent un énorme potentiel de croissance tout en étant « verts ».
Or, c’est bien d’être écologique, mais la fonctionnalité, l’offre et le prix demeurent indispensables. Calculez les coûts de l’huile pour moteurs et dites-moi si nous ne pourrions pas faire mieux. Nous le pouvons.
M. Gordon Surgeoner est président de Ontario Agri-Food Technologies, un organisme sans but lucratif composé de membres issus d’associations agricoles, du milieu universitaire, de l’industrie et des gouvernements. Les activités de cet organisme visent à garantir l’accès des producteurs ontariens aux dernières technologies pour leur permettre de soutenir la concurrence mondiale et de développer de nouveaux débouchés.
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