AgriSuccès
Jeunes agriculteurs - Votre entreprise agricole est plus solide avec le soutien d’un conjoint.
Mark Cardwell
Quand Martin Boutin et Mélanie Chaîné se sont rencontrés, ils ont vu des feux d’artifice – littéralement. C’était à l’été 1997 et tous les deux assistaient à un festival de feux d’artifice en banlieue de Québec.
« Un véritable coup de foudre », se rappelle Martin Boutin, alors un agronome professionnel et producteur de porc âgé de 27 ans. En fait, il venait tout juste d’acheter la ferme familiale de 200 hectares dans la région de Bellechasse, près de la capitale provinciale. « Dès que j’ai aperçu Mélanie, j’ai su qu’elle était la fille avec qui je voulais passer le reste de ma vie. »
Le sentiment s’est révélé réciproque. En quelques semaines, ils se sont fiancés et ont amorcé la construction d’une maison sur la ferme de Martin, juste à côté de la maison de sa mère. « C’était comme dans un conte de fées », confie Mélanie, qui était alors âgée de 21 ans. « Martin était mon prince charmant, et il l’est toujours. »
Mélanie s’est facilement adaptée à la vie à la campagne. Originaire de la ville voisine de Lévis où elle gérait alors son propre salon, et elle a été impressionnée par l’entreprise de Martin lors de sa première visite, laquelle représentait ses premiers pas sur une ferme. « J’ai vraiment aimé les paysages, les sons et l’espace et le contact direct avec les animaux », se rappelle t elle. « Je me souviens d’avoir pensé “c’est beau l’agriculture”. »
Ils se sont mariés l’été suivant et ont peu après vu naître le premier de leurs quatre enfants. Déjà à cette époque, Mélanie participait à l’entreprise de sa nouvelle famille et ajoutait des touches urbaines à la propriété.
Elle a mis sur pied un salon de beauté à la maison et a planté une quantité impressionnante de fleurs et d’arbres dans la cour, créant des espaces pour se détendre et profiter du cadre rural.
« Je pense qu’il est très important de prendre le temps de profiter de la campagne », remarque Mélanie. « Je crois que les agriculteurs l’oublient parfois parce qu’ils travaillent toujours dans leur propriété ou près de celle-ci. »
Après avoir suivi un programme en gestion agricole de deux ans dans un collège avoisinant, Mélanie a pris en charge la pouponnière où Martin élève des lots de 2 000 porcelets, ce qui lui permet de concentrer ses efforts sur ses 4 000 porcs. « J’ai appris l’agriculture de A à Z », blague t elle. « Mais je devais le faire parce que je voulais être la partenaire de Martin. »
Mélanie a utilisé sa bourse de 20 000 $ attribuée par le collège pour acheter une part de la ferme. « Cela a donné une valeur à tout le travail qu’elle avait accompli et qu’elle poursuivait », confie Martin. « Elle est ainsi devenue ma partenaire dans tous les aspects de ma vie. »
Constituée en société sous le nom de Ferme Marnie (www.ferme-marnie.com), la ferme est reconnue pour son développement durable et son bon voisinage. Ses propriétaires postent notamment des cartes d’épandage à leurs voisins chaque printemps pour les aviser du moment où Martin effectuera l’épandage de lisier de porc dans ses champs. « C’est pour leur permettre de planifier et d’éviter, par exemple, d’étendre des vêtements sur la corde à linge toute la journée », explique Mélanie. « De plus, nous demandons aux gens de nous appeler s’ils ont une fête d’anniversaire d’enfant ou une activité prévue à l’extérieur lors de cette journée et nous changeons nos dates. »
Le couple a également installé des haies brise-vent et brise-odeurs ainsi que des toits sur les fosses à fumier.
« Je ne serais jamais parvenu à tout réaliser sans l’aide de Mélanie », confie Martin.
Pour Diane Parent, le couple illustre à merveille la façon dont un heureux mariage entre un agriculteur et une conjointe non agricultrice peut tourner à l’avantage de l’entreprise agricole.
Professeure et chercheuse en agriculture à l’Université Laval, madame Parent mène des études sur les jeunes agriculteurs et les défis techniques, financiers et sociaux auxquels ils font face. Dans une importante étude sur les jeunes agriculteurs, madame Parent a découvert qu’un des facteurs de réussite les plus importants pour les jeunes entreprises était l’appui (ou le manque d’appui) de la part du conjoint non agriculteur ou de la conjointe non agricultrice.
« Le mariage représente un facteur réel et déterminant dans la qualité de vie affective des personnes et c’est particulièrement vrai pour une ferme, où la vie tourne autour des activités agricoles qui y sont pratiquées », explique madame Parent.
Le couple illustre à merveille la façon dont un heureux mariage entre un agriculteur et une conjointe non agricultrice peut tourner à l’avantage de l’entreprise agricole.
S’il n’existe aucune donnée sur le nombre d’agriculteurs qui sont mariés à des personnes qui ne pratiquent pas l’agriculture, madame Parent croit toutefois que la tendance est vraisemblablement à la hausse. Une des raisons est le déclin du nombre d’agriculteurs dans l’ensemble du Canada, ce qui oblige les jeunes producteurs à chercher ailleurs. La professionnalisation de l’industrie signifie également qu’un bon nombre de jeunes agriculteurs risquent de rencontrer une conjointe non agricultrice au collège ou à l’université.
Selon Martin Boutin, le truc est de trouver le ou la bonne partenaire, puis d’encourager et de récompenser les efforts qu’il ou elle déploie pour s’adapter à la vie à la ferme.
« Je crois qu’il est essentiel de vendre rapidement une partie de l’entreprise à votre conjointe, et la même chose s’applique pour les parents et leurs enfants », explique-t-il. « J’ai vu trop de personnes garder leurs parts dans la ferme familiale même après avoir cessé de travailler et que leurs petits enfants sont presque assez vieux pour prendre la relève. Ça ne fait que saper le moral et mettre de la pression sur des couples qui aspirent à bâtir leur propre vie. »
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