Votre argent -L’agriculture à temps plein ou à temps partiel?

Lorne McClinton

Selon un vieux dicton, on ne peut jamais avoir trop d’argent. En revanche, il est tout à fait possible de ne pas en avoir assez. Le seuil de faible revenu (SFR) de Statistique Canada, qui constitue la méthode la plus courante d’estimation de la pauvreté au Canada, établit le seuil national de pauvreté après impôt au Canada rural pour une famille de quatre à 22 206 $ (11 745 $ pour une personne seule).

Si votre ferme ne vous permet pas de retirer un bénéfice équivalent à ce montant, l’un des membres de votre ménage doit gagner un revenu d’appoint pour maintenir la famille au-dessus du seuil de pauvreté.

D’ailleurs, le nombre d’agriculteurs canadiens qui ont un revenu non agricole ne cesse d’augmenter. Dans le Recensement de l’agriculture de 2006, près de la moitié (48 p. 100) des 327 055 fermes de recensement ont déclaré un revenu non agricole. Cela est peu surprenant étant donné que le même recensement indique que

44,2 p. 100 des fermes n’enregistrent pas de ventes brutes suffisantes pour couvrir leurs charges d’exploitations totales.

Si de nombreuses exploitations sont des exemples de réussite financière, les producteurs choisissent souvent l’agriculture pour des raisons culturelles et non économiques. Si un deuxième emploi représente la seule façon de rendre la ferme viable, c’est un prix qu’ils sont prêts à payer. Cet aspect fait de l’agriculture un secteur à part. Par exemple, beaucoup d’agriculteurs ontariens ont longtemps travaillé 40 heures par semaine dans une usine d’automobiles pour pouvoir s’adonner à l’agriculture la fin de semaine; l’inverse serait très peu probable.

Quoi qu’il en soit, il est important que vous rédigiez un plan d’affaires qui vous aidera à établir et à atteindre vos buts, remarque Harris Ivens, qui enseigne la planification d’entreprise agricole à de nouveaux agriculteurs biologiques au Everdale Environmental Learning Centre, à Hillsburgh, en Ontario.

« Tous les partenaires de l’exploitation agricole devraient s’asseoir, examiner l’ensemble de la situation et discuter le plus tôt possible du rôle qu’ils veulent que la ferme joue dans leur vie », conseille M. Ivens. « Discutez de vos buts et de l’équilibre travail-loisirs que vous recherchez. Demandez aux autres s’ils veulent que l’exploitation soit une entreprise à temps plein ou à temps partiel et décidez quels seront vos principes directeurs. »

Une fois que vous avez répondu à ces questions essentielles et que vous avez établi vos objectifs fondamentaux, M. Ivens indique qu’il vous faut ensuite élaborer votre plan pour les atteindre. Si vous voulez tirer votre subsistance uniquement de l’agriculture, comment pouvez-vous vous y prendre? Devez-vous atteindre une certaine échelle, ou la transformation à valeur ajoutée s’avère-t-elle une meilleure option? Quels sont les risques?

Si vous prévoyez demeurer un agriculteur à temps partiel, rappelez-vous que chaque journée n’est composée que d’un nombre fixe d’heures. Vous ne pouvez pas travailler des semaines de 90 heures indéfiniment sans y perdre au change.

Votre argent - Nombre croissant de petites fermes

Le Recensement de l’agriculture des États-Unis indique que le nombre de petites fermes est en croissance rapide chez nos voisins du Sud. Même si le recensement canadien n’indique pas cette tendance, l’éditeur du magazine Small Farm Canada souligne que le même phénomène s’observe chez nous. Tom Henry croit que la différence réside

peut-être dans la façon dont les deux pays définissent ce qu’est une petite ferme.

« Aux États-Unis, les exploitations dont les ventes brutes ne dépassent pas 250 000 $ sont considérées comme des petites fermes », explique M. Henry. « Au Canada, le seuil est de 50 000 $. Je vois de nombreuses fermes qui commencent à être très prospères ici aussi. Certaines enregistrent maintenant des ventes dans la fourchette de 250 000 $, et se classent ainsi dans ce qui était considéré autrefois comme la catégorie des fermes familiales de taille assez importante. »

Les petites fermes représentent la moitié des fermes au Canada. M. Henry indique que le sondage réalisé sur la diffusion de son magazine révèle que la majorité d’entre elles sont regroupées dans un rayon d’une heure d’un centre économique. Cela s’explique par le fait que les terres à proximité des villes sont souvent divisées en petites parcelles, de même que par le fait que les producteurs (ou leurs associés) doivent faire la navette entre le travail et la maison.

« Si on pousse cette observation un peu plus loin, on constate qu’en même temps que les travailleurs de la génération du baby-boom prennent leur retraite, il y a toute une nouvelle jeune génération qui est vraiment désireuse de prendre part au mouvement en faveur des aliments locaux », précise M. Henry, qui exerce aussi l’agriculture sur l’île de Vancouver. « Beaucoup de jeunes des villes louent, prennent à bail, empruntent ou achètent des terres agricoles et démarrent leur petite entreprise. »

Le Recensement de l’agriculture de 2006 indique que dans 60 p. 100 des fermes de recensement dont le chiffre d’affaires brut était inférieur à 10 000 $, les producteurs occupaient un emploi d’appoint. Par comparaison, cette proportion était du quart dans les exploitations dont le chiffre d’affaires dépassait 250 000 $.

La distance compte

La question des déplacements quotidiens n’est pas uniquement une préoccupation des agriculteurs à temps partiel. Elle représente aussi un coût important dans les régions peu densément peuplées. En général, les producteurs de ces régions doivent parcourir de longues distances pour à peu près tout.

Imaginez par exemple un voyage de 100 kilomètres aller-retour pour se procurer des pièces chez le concessionnaire de matériel agricole le plus proche. Si vous conduisez une camionnette récente et que vous tenez compte de tous les coûts, y compris ceux de la dépréciation et de l’entretien, votre déplacement vous coûtera, à lui seul, environ 40 $ avant même d’avoir acheté un écrou ou un boulon. Et ce, sans compter le salaire qui vous revient ou que vous devez verser à un employé pour faire le trajet.

On constate vraiment les répercussions de la distance lorsqu’on examine le coût du déplacement du matériel agricole vers des champs éloignés. Le coût total pour un propriétaire de moissonneuse-batteuse de classe 7 ou supérieure (main-d’œuvre non comprise) est d’environ 280 $ par heure de battage, ou 4,66 $ la minute. Si l’on attribue la moitié de cette valeur à chaque heure de fonctionnement, on constate qu’il en coûte un peu moins de 7 $ par 1,6 kilomètre (1 mille) pour transporter la moissonneuse-batteuse.

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