Recourir à l’impartition ou tout faire soi-même?

Lorne McClinton

Les agriculteurs canadiens sont bien connus pour leur attitude autosuffisante. Leur devise officieuse pourrait très bien être celle-ci : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même. »

Toutefois, comme le sait toute personne qui s’est éreintée à rénover sa maison, être capable d’accomplir une tâche par soi-même ne signifie pas nécessairement que l’on doive le faire. Parfois, l’impartition s’avère un choix judicieux du point de vue des affaires.

Ce qui est difficile, c’est de déterminer quel est le bon choix en fonction des circonstances.

Le coût du nouvel équipement est l’un des principaux facteurs à prendre en considération lorsqu’on décide d’effectuer un travail par soi-même ou de le confier à l’externe. Dans certaines exploitations, l’économie d’échelle est suffisante pour justifier l’achat d’une machine coûteuse, mais ce n’est pas toujours le cas. Pour le déterminer, il suffit de calculer votre superficie ou votre production par rapport au seuil de rentabilité.

« Supposons que vous prévoyez acheter une moissonneuse-batteuse de 400 000 $ », illustre Bill Brown, professeur d’économie agricole à l’Université

de la Saskatchewan. « La machine vous coûtera environ 60 000 $ par année en intérêt et en dépréciation. Le tarif du moissonnage-battage à forfait est de 24 $ l’acre, et l’utilisation d’une moissonneuse-batteuse coûte environ 9 $ l’acre en carburant, en réparations et en huile. »

La formule mathématique est la suivante :

60 000 $ ÷ (24 $ - 9 $ l’acre) = 4 000 acres.

« Ce calcul nous indique que le propriétaire d’une ferme de moins de 4 000 acres n’a pas les moyens de s’acheter une moissonneuse-batteuse de 400 000 $ », explique M. Brown. « Il vaut mieux payer 24 $ l’acre à un sous-traitant en moissonnage-battage. Par contre, le propriétaire d’une ferme de 5 000 acres a tout intérêt à acheter cette moissonneuse-batteuse. »

(On trouve les chiffres utilisés dans cet exemple dans le Farm Machinery Custom Rate and Rental Guide du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan. Tapez « Saskatchewan Custom Guide » dans Google.)

Le propriétaire d’une ferme de 5 000 acres a tout intérêt à acheter cette moissonneuse-batteuse.

Le délai d’exécution est un autre facteur crucial à prendre en considération. Un travailleur à forfait peut-il accomplir le travail aussi rapidement que vous, ou peut-il l’accomplir plus vite et encore mieux? L’année dernière, de nombreux producteurs du nord et de l’est des Prairies avaient encore une proportion de 25 p. 100 de cultures non récoltées le jour du Souvenir. Pour eux, il était aisé de justifier l’embauche du premier conducteur de moissonneuse-batteuse contractuel disponible pour les aider à achever la récolte avant que s’installe l’hiver.

« Contrairement aux agriculteurs de l’Iowa, de l’Oklahoma ou du Texas, nous n’avons pas une minute à perdre au moment de la récolte », dit M. Brown. « Cela incite les producteurs canadiens à acheter leur propre moissonneuse-batteuse. Par contre, dans ces États, même si le moissonnage-battage à forfait accuse un retard d’une ou deux semaines, les cultures seront toujours sur pied dans l’attente d’être récoltées. Ici, après un délai de deux semaines, la récolte pourrait se retrouver ensevelie sous 15 centimètres de neige. »

L’autre coût important que beaucoup ignorent est le coût de renonciation (ou coût d’option). En tant que gestionnaire de l’exploitation agricole, vous devez calculer s’il est plus rentable que vous conduisiez un tracteur ou que vous exécutiez vos tâches de gestion. Les mêmes considérations s’appliquent à vos employés. S’ils sont déjà surchargés, envisagez l’impartition. En effet, les entrepreneurs à forfait ont leur propre main-d’œuvre.

« Le principal facteur que j’examine lorsque vient le temps de décider si je devrais exécuter un travail moi-même ou embaucher un travailleur à forfait est ce qu’il en coûtera pour faire accomplir une tâche nouvelle et différente à mes employés », indique Warren Kaeding. Warren et son épouse Carla possèdent et exploitent une ferme céréalière et semencière de 6 500 acres près de Churchbridge, en Saskatchewan.

« J’examine quel serait le coût de la formation dont mes employés auraient besoin pour accomplir ce travail. Est-il plus économique de transporter le grain nous-mêmes, ou devrions-nous embaucher un transporteur contractuel? Comme nous possédons notre propre semi-remorque, la différence de coût est minime. Tout de même, nous embauchons souvent un entrepreneur pour transporter notre grain parce que nous avons besoin de nos employés pour accomplir d’autres tâches plus importantes. »

La même logique s’applique aux emplois du secteur des services. Par exemple, même si M. Kaeding possède les connaissances et les aptitudes nécessaires pour inspecter ses champs, il embauche souvent des experts-conseils en productions végétales. Il explique que si ces spécialistes sont à l’œuvre, il n’a pas à passer tout l’été au champ à inspecter ses cultures, ce qui lui permet de consacrer plus de temps à ses autres tâches de gestion.

Il est souvent plus judicieux d’embaucher des travailleurs à l’externe pour effectuer des travaux occasionnels et spécialisés que de s’en charger soi-même. Les projets de construction à la ferme constituent un bon exemple. M. Kaeding aurait pu confier à ses employés la tâche de rénover ses installations de production de semences l’automne dernier, mais il a décidé d’embaucher une équipe de professionnels qualifiés.

« J’aimais pouvoir me dire que les entrepreneurs effectuaient le travail plus vite, de façon plus efficiente et encore mieux que nos travailleurs habituels », mentionne M. Kaeding. « Plus important encore, je pouvais laisser mes hommes au champ s’acquitter d’une multitude d’autres tâches qui n’auraient pu être accomplies s’ils s’étaient chargés de rénover les installations. »

Les coûts de la formation commencent aussi à devenir un facteur décisif. D’ordinaire, tout nouvel équipement est muni d’ordinateur de bord et les logiciels ne sont pas tous conviviaux. Un employé peut avoir besoin d’une formation poussée pour être capable d’utiliser aisément les nouvelles machines.

« Je sais que nous nous dirigeons vers les applications à doses variables et la cartographie », explique M. Kaeding. « Et lorsque mes ados quitteront la ferme, je n’ai vraiment aucune idée de ce que nous allons faire. Je vais devoir consacrer une grande partie de mon temps à reconvertir mes employés. »

Comme vos ressources financières, humaines et de gestion sont limitées, vous devez établir la meilleure façon de les distribuer. Il se peut que vous retiriez plus de satisfaction personnelle à vous salir les mains et à faire le travail vous-même, mais ce n’est peut-être pas l’emploi optimal de votre temps et de votre argent.

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